Scandale des sous-marins : Gantz demande l’ouverture d’une commission d’enquête
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Scandale des sous-marins : Gantz demande l’ouverture d’une commission d’enquête

Les médias pensent que Netanyahu aurait empoché 16 millions de shekels sur la transaction ; le Likud accuse Gantz d'avoir perdu son sens critique

Le général à la retraite de l'armée israélienne Benny Gantz, l'un des dirigeants de l'alliance politique Kakhol lavan, s'adresse aux membres de la communauté druze d'Israël dans la ville de Daliyat al-Karmel dans le nord d'Israël, le 7 mars 2019. (JACK GUEZ / AFP)
Le général à la retraite de l'armée israélienne Benny Gantz, l'un des dirigeants de l'alliance politique Kakhol lavan, s'adresse aux membres de la communauté druze d'Israël dans la ville de Daliyat al-Karmel dans le nord d'Israël, le 7 mars 2019. (JACK GUEZ / AFP)

Le chef du parti Kakhol lavan, Benny Gantz, a demandé dimanche à une commission d’Etat d’enquêter sur l’affaire dite des sous-marins, après que de nouvelles accusations contre le Premier ministre ont semblé indiquer qu’il aurait gagné des millions de shekels dans ce contrat. Il a qualifié cette affaire de « plus grosse affaire de corruption liée à la sécurité de l’histoire de l’Etat d’Israël ».

Il fait ici référence à l’Affaire 3 000, qui implique plusieurs proches associés de Netanyahu, mais pas le Premier ministre lui-même. Ils sont suspectés d’avoir reçu des fonds illicites dans le cas d’une grande affaire de corruption dans l’achat de sous-marins auprès d’un constructeur allemand, ThyssenKrupp.

Durant un évènement de campagne dimanche à Haïfa, Gantz a déclaré que les informations selon lesquelles Netanyahu aurait gagné 16 millions de shekels sur cette affaire étaient « inimaginables et difficiles à comprendre ».

« J’espère que c’est faux », a souligné Gantz, tout en précisant que le Premier ministre risquait déjà une inculpation sous réserve d’une audition dans trois affaires de corruption et qui est « soupçonné de ne penser qu’à lui, avant la sécurité d’Israël ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec des membres de la Marine israélienne pendant la cérémonie d’accueil du sous-marin INS Tanin au port de Haïfa, le 23 septembre 2014. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

« Cela semble déraisonnable et j’espère que c’est faux, mais j’appelle à la création d’une commission d’Etat pour enquêter sur la plus grosse affaire de corruption liée à la sécurité de l’histoire de l’Etat d’Israël », a-t-il dit.

« Ce n’est plus possible que Netanyahu ne s’inquiète que de Netanyahu, et à ma grande tristesse, il semble réellement qu’il ait perdu ses moyens. »

Un sous-marin israélien Dolphin sur le chantier naval de Kiel, en Allemagne. (Crédit : AP/Philipp Guelland)

Le Likud a réagi aux propos de Gantz qu’il a qualifié de « gênants ».

« Alors qu’un soldat a été assassiné aujourd’hui, (Yair) Lapid et Gantz tentent de ressusciter de force le scandale des sous-marins, alors qu’il a déjà été établi que le Premier ministre n’y était aucunement lié », indique le communiqué, ajoutant que Netanyahu n’avait jamais « gagné un shekel dans cette affaire ».

Le communiqué ajoute que le dirigeant de Kakhol lavan a complètement « perdu son esprit critique ».

L’enquête, qui porte sur l’achat de sous-marins et de navires de combat au constructeur naval allemand Thyssenkrupp, pour 2 milliards de dollars, a déjà donné lieu à des recommandations policières d’inculpation pour corruption pour l’avocat et cousin de Netanyahu David Shimron, son ancien directeur de bureau David Sharan, son ancien conseiller à la sécurité nationale Avriel Bar-Yosef, l’ancien chef de la marine Eliezer Marom et l’ancien ministre Eliezer Sandberg. Le chef du gouvernement a été interrogé en tant que témoin dans cette affaire, mais n’est pas considéré comme un suspect.

Shimron représentait le fabricant naval allemand Thyssenkrupp dans la vente, il est soupçonné d’avoir usé de son influence sur le Premier ministre en échange d’une forte commission. La police pense qu’il aurait encouragé la signature d’un contrat de 6 milliards de dollars pour l’achat de sous-marins pour la marine israélienne et d’autres engins destinés à protéger les champs de gaz naturel offshore du pays.

De gauche à droite : Les leaders de Kakhol Lavan, Moshe Yaalon, Benny Gantz , Yair Lapid et Gabi Ashkenazi posent pour une photo après l’annonce de leur nouvelle alliance électorale à Tel Aviv, le 21 février 2019 (Crédit : Jack Guez/AFP)

Le rôle de Netanyahu dans cette décision, et son insistance sur le fait que ThyssenKrupp soit exempté de participer à l’appel d’offres du ministère de la Défense, a éveillé des soupçons de conflits d’intérêts. Une partie de l’accord que Shimron aurait encouragé porte sur la construction d’un chantier naval lucratif en Israël, où la société effectuerait la maintenance des nouveaux appareils.

Le montant de 16 millions de shekels évoqué par Kakhol lavan fait référence à la somme que Netanyahu aurait empochée en vendant des parts dans une société qui fournit des matériaux à ThyssenKrupp.

Selon un reportage diffusé par la Treizième chaîne la semaine dernière, le bureau du procureur enquêterait sur la vente des parts à un autre cousin de Netanyahu, le milliardaire américain Nathan Milikowsky, après que le bureau du contrôleur d’Etat a récemment découvert que le Premier ministre n’avait pas révélé ses holdings dans GrafTech, un fabricant américain d’électrodes en graphite, utilisées dans la fabrication d’acier et autres métaux.

L’accusation formulée par Kakhol lavan, principal rival du Likud de Netanyahu aux élections d’avril, survient alors que Gantz fait les gros titres pour le piratage de son téléphone.

La Douzième chaîne de la télévision israélienne avait annoncé jeudi soir que le téléphone de Benny Gantz avait été piraté par les services de renseignements iraniens, parvenant à accéder au téléphone et à son contenu. Un second reportage samedi soir affirmait qu’aucune information sécuritaire sensible n’était stockée sur le téléphone de Gantz au moment du piratage, mais semblait indiquer que l’incident était « gênant » pour lui.

En réaction à ce reportage, le numéro 2 de Kakhol lavan Yair Lapid a déclaré que le piratage de téléphone était une tentative de détourner l’attention des révélations sur l’Affaire 3 000.

« C’est le coup que fait Netanyahu, au lendemain d’une fuite sur l’affaire des sous-marins », a déclaré Lapid à la Treizième chaîne. « Il s’avère qu’il a reçu 16 millions de shekels pour les transactions que lui et son cousin ont conclues avec ThyssenKrupp… et tout d’un coup, le lendemain, une histoire folle sur les Iraniens et des coups de fil apparaît. »

Photo prise le 1 décembre 2012, au siège du géant allemand de l’industrie ThyssenKrupp AG à Essen, en Allemagne. (Crédit : AFP PHOTO/PATRIK STOLLARZ)

L’appel de Gantz à l’ouverture d’une commission d’enquête fait suite à d’autres allégations avancées par Khakhol lavan. Le parti accuse en effet le Premier ministre d’avoir été financièrement gagnant dans cette transaction avec ThyssenKrupp.

La vente de ces parts a été révélée le mois dernier quand Netanyahu a demandé la permission à la commission des permis du contrôleur d’Etat d’autoriser Milikowsky à financer ses frais juridiques dans les trois autres affaires de corruption dans lesquelles il est impliqué. Jugeant qu’il était déplacé qu’un riche bienfaiteur paye sa défense dans une affaire concernant la réception de sommes d’argent de la part de bienfaiteurs fortunés, la commission lui avait également ordonné de rendre les 300 000 dollars qu’il avait déjà reçus de Milikowsky.

Mais selon la Treizième chaîne, alors que la commission examinait Milikowsky, elle a remarqué que Netanyahu avait demandé à la commission en 2009 la permission de contracter un prêt auprès de son cousin pour payer ses obligations fiscales à la suite des profits générés par ses parts dans GrafTech. Le prêt était censé être remboursé par les parts de Netanyahu dans l’entreprise.

« Tout ça n’est que fake news », a déclaré un porte-parole de Netanyahu la semaine dernière. « En 2010, après avoir été élu Premier ministre, il a vendu ses parts dans la société à son cousin avec l’accord des autorités, et depuis 10 ans, le Premier ministre n’est aucunement lié à la société, et ne connaît pas ses liens avec ThyssenKrupp. »

Le mois dernier, le procureur général Avichai Mandelblit a annoncé son intention d’inculper Netanyahu pour fraude et abus de confiance dans trois affaires distinctes, les affaires 1 000, 2 000 et 3 000. Dans cette dernière, il est également accusé de corruption. Le Premier ministre nie toute malversation et affirme qu’il s’agit d’une chasse aux sorcières politique impliquant la gauche, les médias et la police, qui cherchent à l’évincer et font pression sur un procureur général faible qui partage leurs intentions.

Si aucun Premier ministre israélien en poste n’a jamais été aussi proche d’une inculpation auparavant, Netanyahu n’est pour le moment pas obligé de démissionner. Les inculpations sous soumises à une audience, au cours de laquelle Netanyahu peut se défendre avant que les poursuites ne soient officiellement lancées. Ce processus aura lieu après les élections et avant fin juillet, selon le ministère de la Justice.

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