Yitzhak Rabin raconte sa propre autobiographie cinématographique posthume
Rechercher

Yitzhak Rabin raconte sa propre autobiographie cinématographique posthume

Las d’entendre les analystes disséquer l’assassinat de l’ancien Premier ministre, le réalisateur Erez Laufer lui permet de s’exprimer dans « Rabin d’après lui »

JTA – « Rabin d’après lui », qui débute dès vendredi à New York, Los Angeles et dans le Sud de la Floride, est plus qu’un simple hommage à celui qui fut par deux fois Premier ministre de l’Etat d’Israël, tragiquement abattu en 1995. La bien nommée autobiographie cinématographique, utilisant des images d’archives remontant à l’enfance de l’Homme d’Etat, est entièrement narrée par Ytzhak Rabin lui-même.

Le réalisateur Erez Laufer, 53 ans, a décidé de la qualifier comme telle car, comme il l’a confié à JTA, « J’en ai eu marre d’entendre les gens l’analyser, parler de lui, que ça soit des admirateurs ou non. Pour moi, le message de ce film est que vous pouvez tuer quelqu’un, mais sa voix, son message lui survivra. »

Laufer, pour la petite histoire, est pleinement dans le camp des pro-Rabin.

Interviewé via FaceTime depuis sa résidence de Tel Aviv – ironiquement située à quelques encablures de la place nommée en l’honneur du défunt Premier ministre – Laufer explique qu’il a grandi tout près du Lycée Agricole Kadoorie, la fameuse institution du Nord d’Israël où Rabin fut diplômé.

« J’ai toujours eu, c’est très dur pour moi de trouver le mot juste – il s’arrête alors pour réfléchir à la traduction adéquate en anglais (ndlr l’interview ayant été réalisée en anglais) – une fascination ou (été un) fervent supporter politique de sa vision, » nous a indiqué Laufer.

Du début à la fin, le film n’a pris qu’un an pour être réalisé, car Laufer souhaitait le projeter en Israël, en novembre 2015, à l’occasion du 20e anniversaire de l’assassinat de Rabin.

Le cinéaste Erez Laufer a toujours eu une fascination pour le Premier ministre Yitzhak Rabin. (Crédit : autorisation de Laufer)
Le cinéaste Erez Laufer a toujours eu une fascination pour le Premier ministre Yitzhak Rabin. (Crédit : autorisation de Laufer)

Ce fut très rapide, mais la qualité n’en a pas souffert. Le film dépeint pleinement les deux faces clefs du portrait de Rabin – le féroce guerrier et l’Homme de paix qui s’est battu pour une solution à deux Etats.

Rabin est né à Jérusalem en 1922. Son père, venu en Israël depuis l’Ukraine en passant par les Etats-Unis, est mort quand il était jeune. Il reçut une éducation stricte de sa mère, Rose, venant de Biélorussie, cheffe de file du parti travailliste et l’une des figures les plus estimées.

En 1941, Rabin rejoint le Palmach, l’unité commando de la Haganah, le corps militaire ayant précédé la création de l’Etat d’Israël et Tsahal, et aida à l’invasion du Liban par les Anglais durant la Seconde Guerre mondiale. Il s’est ensuite battu durant la Guerre d’Indépendance de l’Etat d’Israël en 1948.

Rabin décida de faire carrière dans l’armée, il fut nommé Chef d’état major en 1964, et trois ans plus tard il mena les Forces de Défense israéliennes à la victoire durant la Guerre des Six Jours.

Par la suite, il servit dans de multiples positions notamment en tant qu’Ambassadeur aux Etats-Unis, au sein de plusieurs cabinets gouvernementaux et exerça deux mandats comme Premier ministre.

Ce qui est intéressant de voir c’est à quel point les politiques israéliens sont querelleurs, surtout quand il s’agit d’un personnage aussi clivant que Rabin.

Le film montre les démonstrations de foules gigantesques appelant Rabin leur sauveur pour ses efforts pour amener la paix, à coté de celles de protestataires le qualifiant de meurtrier suite à l’éruption de vagues de violence palestinienne suite à l’une de ses initiatives.

Rabin est resté attaché à ses principes.

« Vous ne faites pas la paix avec vos amis, » disait-il. « Vous la faites avec des ennemis très peu recommandables. »

Dès 1973, il travaille à la restitution du Sinaï à l’Egypte, quelque chose, disait-il, « qui nous rapprochait un peu plus de la paix. »

Quelques années plus tard, Rabin militait pour rendre la Cisjordanie à la Jordanie.

Il s’opposera systématiquement, dans ses discours, au développement des implantations israéliennes dans les territoires palestiniens administrés par Israël, qu’il qualifiait de « grave erreur (qui) ne mène à rien si ce n’est à saper tous les efforts de paix. »

Il fut l’architecte du traité de paix Israélo-jordanien et a bien entendu partagé le prix Nobel de la Paix décerné aux participants des accords d’Oslo. Ce fut ce dernier qui précipita son assassinat par un Juif Orthodoxe opposé à l’accord.

« Rabin » est un résumé complet et parfaitement équilibré de ce que constitue une vie importante. La seule chose qu’il ne peut offrir c’est ce à quoi ressemblerait le Moyen-Orient s’il était toujours en vie aujourd’hui.

La photo de Rachel, Nehemia et Yitzhak Rabin qui a inspiré une scupture de relief en bronze en Ukraine (Crédit : Autorisation Rabin Center)
La photo de Rachel, Nehemia et Yitzhak Rabin qui a inspiré une scupture de relief en bronze en Ukraine (Crédit : Autorisation Rabin Center)
En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...