Un Français de confession juive, originaire de la région parisienne et en vacances à Cannes, a porté plainte le 10 août dernier pour « violence avec usage ou menace d’une arme » après avoir été poursuivi par un homme âgé de 80 ans environ, porteur d’un poignard non-sorti de son étui, a-t-il expliqué à la police.

Se fondant sur le procès-verbal déposé par la victime Olivier B., 27 ans, auprès de la police nationale de Cannes le 10 août, le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA) a relaté cette affaire, repris par plusieurs sites, dont le Times of Israël le 15 août.

Le lendemain, le Times of Israël reçoit avec étonnement un courrier électronique du service presse de la mairie de Cannes qui se dit « très désagréablement surpris » et demande le « retrait immédiat » ou « la correction » de certains éléments « faux » présents dans l’article. Elle précise établir cette certitude sur des informations provenant « directement du commissariat ».

Après avoir contacté la victime et consulté la plainte déposée à la police nationale de Cannes, les « corrections » que réclament la mairie de Cannes au Times of Israël n’apparaissent pourtant pas comme évidentes.

Elle menace aujourd’hui de poursuites judiciaires les supports qui continueraient de relater ces faits, et se targue d’avoir déjà fait retirer ce communiqué du BNVCA d’un autre site internet.

La mairie écrit d’autre part, n’avoir pas « d’autres déclarations à faire sur le sujet hormis que les faits avancés sont faux », après que le Times of Israël a cherché à la contacter par téléphone.

Le BNVCA résume ainsi les événements survenus le 10 août dernier :

« La victime, Mr B. Olivier, nous rapporte, que le 10 août 2017 à 11h il traversait la rue d’Antibes de Cannes avec son épouse et son bébé dans une poussette lorsqu’un véhicule Fiat de couleur noire a surgi, forçant le passage piéton ».

La rue d’Antibes est l’artère commerçante principale de Cannes, parallèle à la célèbre Croisette.

Le véhicule est contraint de s’arrêter non loin à cause du trafic. Comme Olivier B. reproche au conducteur de ne pas respecter les passages piétons, l’homme de type européen d’environ 75-80 ans, lui répond grossièrement: ‘je te nique ta mère’. Olivier donne alors un coup dans son rétroviseur extérieur, sans le casser selon lui. « L’individu âgé de 75 à 80 ans sort de sa voiture armé d’un couteau et tente à plusieurs reprises de le planter dans le corps de son antagoniste, » continue le BNVCA.

Si la victime n’évoque pas au Times of Israel les tentatives de son agresseur de le poignarder, il explique avoir été poursuivi par cet homme tenant un « couteau à la main ».

« J’ai fait le tour de la voiture au moins 5 ou 6 fois, car il me courrait derrière son couteau à la main, nous a expliqué par téléphone, Olivier B. mercredi. « Il était ‘bien chaud' » décrit-il.

En sortant de la voiture, l’homme, dit-il, lui annonce ses intentions : « viens, je vais te planter sale juif ».

Si la mairie de Cannes remet en cause certains des faits – certains mineurs, d’autres majeurs comme la présence du couteau – elle ne mentionne pas dans son courriel l’insulte à caractère antisémite signalée au BNVCA et enregistré dans la plainte déposée à la police nationale par la victime.

Interrogée sur les fondements de sa version, le service presse dit relayer les affirmations du « directeur de la Police municipal de la ville de Cannes ».

Selon lui « il ne s’agit pas d’une altercation entre un automobiliste et un piéton comme le dit l’article, mais entre 2 automobilistes » explique le service presse de la mairie.

Or, selon le procès-verbal, et selon les témoignages recueillis auprès de la victime et de proches qui l’accompagnaient, il s’agit bien d’une altercation née d’un refus de priorité sur un passage-piétons.

Deuxièmement, le couteau. Assez étrangement, la mairie de Cannes fait savoir, dans son premier message, que « contrairement à ce que dit l’article, il n’y a jamais eu de couteau » .

« Il n’y a pas eu de tentative de coups de poignard (après fouille par la police aucun couteau n’a été retrouvé sur le protagoniste), » écrit le service-presse dans un autre courriel.

Joint par le Times of Israel, Olivier B. indique :

« Je vous confirme avoir vu le couteau : il avait un manche en cuir. Il le tenait dans sa main droite, il le cachait du côté de ses côtes gauches, tout en tournant autour de la voiture ».

Son beau-père confirme les faits au Times of Israël qui l’a contacté. Présent sur les lieux, il explique avoir protégé son gendre : « je me suis interposé entre les deux hommes. J’ai attrapé le bras de l’agresseur qui tenait le couteau pour l’empêcher d’agir. Je l’ai vu, ce couteau, » affirme-t-il.

« C’était un couteau pliant dans son étui. Quand la police est arrivée, ma femme leur a dit qu’il avait rangé son couteau dans la portière de sa voiture, mais ils ne l’ont pas cherché. Ils nous ont dit qu’ils n’avaient pas l’autorisation ! ».

Le service presse de la mairie affirme que les policiers ont fouillé l’homme sans trouver de traces du couteau. Mais il ne précise rien quant à une fouille de sa voiture par la police.

« Il était très insultant, il cherchait la bagarre » ajoute le beau-père d’Olivier qui décrit un individu au comportement de « voyou ». Je lui ai dit d’appeler la police pour qu’on règle cette affaire.

« Mais le plus fort, continue David H., c’est que, lorsque la police est arrivée, cet homme, qui a couru autour de mon gendre quelques minutes auparavant, a sorti une canne et s’est appuyé contre sa femme. Je lui ai dit, ‘tout à l’heure vous courriez comme un chevreuil, arrêtez votre cinéma il y a des caméras partout’. Je pense que la police ne s’est pas laissée bluffer ».

La victime a d’ailleurs demandé à la police de pouvoir visionner les enregistrements des caméras de vidéo-surveillance de la ville de Cannes, considérée comme la municipalité la plus fournie de France en la matière. Ainsi Cannes fêtait en 2016, la pose de sa 500e caméra de video-surveillance indique Nice-Matin.

Quand il arrive au commissariat en début d’après-midi le jour même pour porter plainte, Olivier B. croise son agresseur à l’accueil.

« En arrivant, il a fait comme s’il connaissait du monde dans le commissariat. Il a lancé aux policiers : ‘est-ce qu’un tel est là ? ».

Au commissariat Olivier B. redemande à visionner les vidéos, mais l’officier lui rétorque qu’elles ne devraient être disponibles qu’après le dépôt de la plainte.

Selon la mairie de Cannes, « Olivier B. ne peut avoir accès aux caméras de surveillance, seul le commissaire peut en faire la demande avec accord du parquet ».

Olivier B. a été convoqué vendredi 18 août au commissariat de Cannes : la police voulait éclaircir quelques détails de l’incident avec lui et lui proposer une confrontation avec son agresseur, ce qu’il a refusé sur conseil de son avocat.