MISHOR ADUMIM, – L’usine de SodaStream, située à proximité de l’autoroute menant de Jérusalem à la mer Morte, était le point de rencontre de la presse étrangère le 2 février.

A la veille du Super Bowl, la visite de l’usine de machine de boissons gazeuses a été organisée spécialement pour les correspondants étrangers. D’après Daniel Birnbaum, le PDG de la marque, ce lieu était une ancienne usine à munitions de l’armée israélienne, rachetée par SodaStream en 1996.

Une statue à l’entrée de l’usine donne le ton. Daniel Birnbaum montre qu’elle porte une inscription – les mots du prophète Isaiah – qui résume l’esprit de l’entreprise. « Ils briseront leurs épées pour en faire des socs et leurs lances pour en faire des serpes. Une nation ne doit plus lever son épée contre une autre nation et ils ne doivent plus apprendre à faire la guerre. »

Depuis que Daniel Birnbaum a été recruté par une entreprise d’investissement de capital, qui a racheté la marque en 2007, SodaStream est en pleine croissance. Sous la direction précédente, la marque fabriquait entre 20 000 et 30 000 machines à eau gazeuse par mois. Aujourd’hui, elle en produit la même quantité… par jour.

L'usine SodaStream à Mishor Adumim, ancienne usine à munitions de l'armée israélienne (Crédit: Elhanan Miller/TOI)

L’usine SodaStream à Mishor Adumim, ancienne usine à munitions de l’armée israélienne (Crédit: Elhanan Miller/TOI)

Tandis que la marque gagne de nouveaux marchés, elle emploie davantage d’ouvriers. A ce jour, l’usine de Mishor Adumim – la première implantée en Israël, sur un total de huit usines dans le pays, et 22 dans le monde – emploie 1300 ouvriers, dont 950 Arabes (450 étant citoyens israéliens et 500 sont Palestiniens) et 350 juifs israéliens. Peu importe leurs origines ou leur nationalité, les ouvriers confirment recevoir les mêmes salaires et les mêmes avantages sociaux.

Yossi Azarzar, directeur exécutif de SodaStream, a déclaré au Times of Israel que la marque garantissait à tous ses employés palestiniens l’accès à des permis de travail israéliens et à un moyen transport, de leur domicile à leur lieu de travail, et vice versa.

Les partisans de la campagne BDS (Boycott, Désengagement et Sanctions) affirment que toute entreprise israélienne localisée au-delà de la ligne Verte (frontières de 1949) est par définition une forme d’exploitation. Aux yeux du droit international, elle est aussi illégale.

La campagne BDS a suscité la polémique quand elle s’est attaquée à l’égérie de la marque, l’actrice américaine Scarlett Johansson. Cette dernière s’est défendue, arguant que SodaStream agissait non seulement en tant que défenseur de l’environnement et « qu’elle était engagée à construire un pont de paix entre Israël et la Palestine. » Suite au scandale, Scarlett Johansson a quitté ses fonctions d’ambassadrice chez Oxfam.

Daniel Birnbaum est plus que conscient du litige quand il s’adresse à la presse. Tandis qu’il se tenait à côté d’une jeune ouvrière arabe voilée et d’une autre femme originaire de Russie, il a parlé de la coexistence judéo-arabe.

Une ouvrière palestinienne à l'usine SodaStream à Mishor Adumim, le 2 février  2014 (Crédit: Nati Shohat/Flash90)

Une ouvrière palestinienne à l’usine SodaStream à Mishor Adumim, le 2 février 2014 (Crédit: Nati Shohat/Flash90)

Résultat : les caméras et les micros des journalistes ont tout de suite été braqués sur les deux femmes. A côté d’elles, il y avait également une jeune femme palestinienne, disposant des robinets en plastique sur un grand plateau métallique. Nahida Fares est âgée de 28 ans et a été diplômée de l’université A-Najjah de Naplouse. Mariée et mère d’un nourrisson, elle a commencé à travailler pour des entreprises israéliennes il y a deux ans car elle ne trouvait pas d’emploi à Ramallah.

« Personne ne recrute en Cisjordanie »

Nahida Fares

« Personne ne recrute en Cisjordanie », affirme-t-elle.        « Quant aux emplois qui sont disponibles, ils ne paient pas plus que 1 500 à 2 000 shekels par mois (entre 315 et 420 euros) ». Chez SodaStream, elle gagne le triple.

Après le début de la deuxième Intifada en 2000, l’économie palestinienne s’est effondrée et de nombreuses femmes instruites comme Nahida Fares ont été obligées de chercher du travail pour soutenir leur famille.

Après avoir travaillé pour la prestigieuse Force de Sécurité Préventive palestinienne, son mari gagne 2 000 shekels par mois (environ 420 euros) en tant que premier lieutenant.

Compte tenu du niveau relativement faible de violence ces dernières années, le Coordinateur des Activités gouvernementales israéliennes dans les Territoires (COGAT) a augmenté le nombre de permis de travail accordés aux Palestiniens de 37% entre 2010 et 2012.

Néanmoins, les critères sont plus stricts pour les hommes. Ces derniers doivent avoir plus de 24 ans, être marié et père de famille pour avoir un permis de travail. Quant aux syndicats de travailleurs israéliens, ils ne protègent pas les ouvriers palestiniens contre l’exploitation.

Pour travailler dans une colonie, un Palestinien doit avoir plus de 18 ans et aucun casier judiciaire. Ils doivent envoyer une candidature à l’Administration civile, la branche du COGAT qui s’occupe des questions palestiniennes.

Lors d’une interview accordée au Times of Israel, un porte-parole de l’organisme a révélé que 24 000 permis de travail en moyenne étaient délivrés chaque mois aux Palestiniens qui souhaitent travailler dans les implantations. En janvier, ce chiffre a doublé, avec 49 250 permis distribués, la plupart dans le secteur de la construction.

Par exemple, Nahida Fares a commencé à travailler dans une laverie automatique dans la zone industrielle de Mishor Adumim (où est située l’usine de SodaStream) mais a démissionné suite à de mauvais traitements. A SodaStream, elle raconte qu’elle est beaucoup plus heureuse. Elle travaille de 7h à 19h et peut prendre une pause de 15 à 30 minutes toutes les deux heures. Elle dit que la nourriture de la cafétéria est bonne.

Sa’ida, une autre employée âgée de 28 ans, a commencé à étudier l’hébreu à Jéricho, sa ville natale, et le pratique depuis qu’elle travaille à l’usine. C’est la première fois qu’elle a été en contact avec des juifs israéliens. « Les juifs et les arabes se côtoient librement ici. Ils changent même leurs vêtements ensemble », dit-elle en rougissant.

Refusant d’en dire davantage sur sa fonction (travailler dans les implantations est illégal selon le droit palestinien), Sa’ida explique que ses collègues et elles ne comprennent pas pourquoi SodaStream est dans le collimateur des médias, car ce n’est pas la seule marque implantée dans la région.

« C’est à cause de Scarlett Johansson », lui a–t-on raconté.