Derrière l’armée de jeunes hôtesses publicitaires tremblantes de froid, éclairées par leurs tablettes Samsung, un soir de mars, l’élite du monde artistique et hollywoodien sirotait du vin, mangeait des sushis et pensait au Vieux Testament.

Les productions Paramount Pictures – sponsorisées par Samsung – et le cinéaste Darren Aronofsky ont uni leurs forces pour la commercialisation du film biblique controversé à gros budget, prochainement en salles, Noé.

Aronofsky a invité des dizaines d’artistes réputés, peintres, sculpteurs et illustrateurs de BD, à soumettre des œuvres autour du sujet de Noé et du Déluge. Certaines œuvres ont été mises en vente, d’autres sont exposées.

Le film, avec l’acteur Russell Crowe, a laissé certains chrétiens perplexes en raison de son style proche du fantastique. Les censures au Qatar, au Bahreïn, et aux Émirats arabes l’ont interdit alors qu’un lobby égyptien essaye de les imiter. (Naturellement, aucune de ces personnes n’ont vu le film, mais depuis quand cela empêche le boycott de l’art ?)

Ce melting-pot de politique, d’art et de célébrité juive (en plus d’Aronofsky, le magicien David Blaine, Zosia Mamet et Shoshanna Shapiro étaient présents) était à l’origine d’une soirée agréable malgré la foule. Dès l’entrée de la galerie, le mot d’ordre d’Aronofsky « Les sources de l’abîme : les visions de Noé et le Déluge » était clair.

« Quand j’ai demandé à Russell Crowe de jouer dans ‘Noé,’ » dit-il, « je lui ai promis de ne jamais le filmer debout sur un bateau-maison avec deux girafes en arrière-plan. »

Malgré toute l’affection qu’il porte à G. Camelopardalis, Aronofsky, réalisateur de films inhabituels comme « Pi, » « Requiem for a Dream » et « Black Swan, » fait là une judicieuse remarque. Les histoires bibliques ont été surfaites et sont un cliché, mais l’ère antédiluvienne regorge de potentiel.

Aronofsky et son écharpe omniprésente étaient constamment entourés, mais j’ai malgré tout pu l’attraper pour une (très) brève conversation, dont voici la retranscription.

Avez-vous lu la nouvelle selon laquelle des Égyptiens veulent censurer votre film ?

Oui, je sais. Quelques pays le censurent mais c’est, comment dire… vous savez ?

Est-ce bon pour la publicité, au final ?

Je l’ignore.

Dans l’islam, ils ne représentent pas vraiment les prophètes dans l’art. Dans la culture occidentale, nous le faisons tout le temps. Nous savions dès le départ que cela pourrait poser un problème. Mais c’est triste car je sais que les gens pourraient tirer beaucoup de ce film, mais il faut respecter ce que les gens pensent.

Il y a beaucoup de films sur le Nouveau Testament, mais je n’arrive pas à me souvenir d’histoires de l’Ancien Testament, à part celle de Dudley Moore dans « Wholly Moses, » qui ne compte pas je pense.

Non.

Pourquoi ? Ces histoires sont fantastiques, dans tous les sens du terme.

C’est ce que je dis depuis dix ans, depuis que j’ai commencé à présenter « Noé. » Ce sont les meilleures histoires jamais racontées. Cela fait 50 ans qu’Hollywood utilise nos dons du cinéma et les met en oeuvre.

Je veux dire, « La Bible, » de John Huston de 1966 est la seule dont je me souvienne.

C’était la dernière, et Noé, joué par John Huston, était un vieil homme simple avec une chèvre derrière lui.

Ce n’est pas son meilleur film.

Non, il n’est pas très bon du tout. Et ce n’est qu’une scène. Noé n’a jamais fait l’objet d’un long-métrage, et je me suis toujours demandé pourquoi. En partie, parce que ce n’est que quatre chapitres, ont a donc dû l’allonger, mais pour l’allonger nous avons cherché des indices dans le textes. Et il y a beaucoup d’indices.

La première chose qui se passe après le Déluge est Noé qui se saoule et son fils qui le voit nu. Et c’est un trait du personnage que nous développons.

Quelles ont été les directions que vous avez données aux artistes de cette exposition ?

Un mot : Noé. Ne pensez pas à mon film. Ne regardez pas de photos de Russell Crowe prises par des paparazzi. Revenez au texte original de la Genèse et laissez-vous inspirer.

Vous avez donc donné des devoirs à ces artistes…

Oui. L’art religieux existe depuis des milliers d’années. Il y a des collections interminables de peintures, de dessins, de mosaïques, de tout, à travers diverses cultures. Mais la plupart des artistes du 21ème siècle ne s’approchent pas de ça. Je pensais donc qu’il serait intéressant de voir ce qui résulterait après le retour au texte original.

C’est un groupe international d’artistes, de toutes les religions, de toutes les cultures à travers le globe.

Et aussi divers médias. 

J’ai juste trouvé les artistes que je voulais, ce qui voulait dire différents médias.

Y a-t-il une influence de l’art classique dans vos films ?

Toujours. Je suis pas bon avec les noms. Une personne, Sam Masters, qui a un don dans ce domaine, il a travaillé sur les Nephilims – les « Watchers » dans le film.

Êtes-vous collectionneur ?

Un peu. Pas vraiment. C’est trop de responsabilités. Quand on achète une œuvre d’art, on en est responsable, il faut en prendre soin comme d’un enfant.