Israël risque de perdre le soutien populaire qu’il a gagné au sein de la population syrienne des hauteurs du Golan, lorsqu’il permet aux avions du régime de Bashar el-Assad de bombarder les villages contrôlés par les forces de l’opposition près de la frontière, a déclaré mardi au Times of Israel un commandant de l’Armée syrienne libre (ASL), exprimant également sa consternation devant la réticence de l’Occident à fournir à l’opposition modérée des moyens d’autodéfense de base.

Ces derniers jours, l’armée syrienne du président Bashar al-Assad a intensifié ses frappes aériennes contre des villages le long de la frontière israélienne, capturés par l’opposition ces dernières semaines.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), basé à Londres, les avions du régime ont bombardé mardi des villages syriens dans le nord et le centre du Golan, dont Ovania, Jubata al-Khachab, Turnejeh, Bir Ajam, Masharah et Al-Breiqa.

Certains de ces villages sont situés dans la zone-tampon le long de la frontière avec Israël, où aucune présence militaire syrienne n’est autorisée, en vertu de l’Accord de retrait de main 1974, signé après la guerre de Kippour entre Israël et la Syrie.

Selon les opposants syriens, la réticence d’Israël à appliquer la convention à l’encontre de l’armée du régime équivaut à collaborer avec Assad contre l’opposition.

« L’armée d’Assad est presque déchue [dans la région] et nous effectuons de très beaux progrès. La seule chose qui entrave notre avancée sont les frappes aériennes » a déclaré le commandant sur le terrain, qui a refusé de révéler son identité, au Times of Israel.

Selon lui, les villageois syriens qui s’étaient réfugiés dans des camps à l’intérieur de la zone-tampon ont été visés par des avions de combat MiG du régime et des hélicoptères larguant des bombes.

Israël répond systématiquement à tout feu à ses frontières, et attaque des cibles du régime d’Assad, mais s’abstient d’agir lorsque des obus ou des missiles atterrissent à l’intérieur du territoire syrien.

Selon le commandant, Israël devrait imposer une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la zone-tampon et permettre aux combattants de l’opposition modérée de progresser vers l’est, en direction de Damas.

« Israël pourrait abattre tout avion au-dessus de cette zone, et personne ne le blâmerait », poursuit-il. « S’abstenir de le faire revient à collaborer avec le gang d’Assad qui nous tue. »

« Nous sommes à un carrefour historique. Israël a l’opportunité de gagner les cœurs de tous les Syriens, que le monde entier a abandonnés », poursuit-il. « Si vous vous débarrassez de ce gang, votre frontière sera protégée. Personne ne pense même à vous attaquer. Ici, les gens sont las des guerres. »

Un porte-parole de Tsahal a déclaré au Times of Israel que les combats en Syrie sont « une affaire syrienne interne » et n’a souhaité apporter aucune explication à l’absence de réaction israélienne devant les infractions dans la zone-tampon.

Depuis la capture du commandant de l’ASL, Sharif as-Safouri, par Al-Nosra, filiale d’Al-Qaïda, en juillet, Israël a réduit le nombre de combattants de l’opposition syrienne aptes à recevoir un traitement médical. Safouri, commandant de la brigade Al-Haramein, était le coordinateur principal du traitement médical avec les autorités israéliennes.

Trois combattants de l’ASL blessés attendent d’être traités en Israël depuis deux mois, sans réponse israélienne. Les civils syriens blessés quotidiennement ont également un accès limité en Israël, a-t-il ajouté.

Le commandant aimerait qu’un mécanisme permanent soit mis en place, permettant aux combattants rebelles blessés à entrer en Israël pour être traités sans délai.

« Je voudrais arriver à la frontière et que mes hommes blessés soient immédiatement traités en Israël. Cela changerait l’opinion publique envers Israël », dit-il.

Quelque 150 combattants d’Al-Nosra se trouvent le long de la frontière syrienne avec Israël, a affirmé le commandant, précisant que davantage d’islamistes sont basés plus à l’est, dans la province de Deraa. La zone frontalière, dont le passage de Qouneitra, est contrôlée par des groupes d’opposition modérée, affirme-t-il.

Il qualifie la collaboration entre ses forces et les djihadistes d’Al-Nosra de tactique, « une coordination seulement dans l’activité militaire », non stratégique.

« Quand un combat commence, ils prennent une cible et nous prenons les autres », dit-il.

Mais tandis que les combattants syriens modérés dans le Golan sont prêts à coopérer avec Al-Nosra dans la lutte, ils craignent que l’idéologie extrémiste influence la population, notamment la jeune génération.

« Le Front Al-Nosra bénéficie de beaucoup de soutien. La plupart de nos enfants l’ont rejoint. Mais si l’aide [matérielle] augmentait, nous pourrions attirer nos enfants dans nos propres unités et les protéger de l’idéologie extrémiste. »

Même sans un tel soutien, l’Armée syrienne libre interdit à ses combattants d’assister à des sermons et des cours de religion dispensés par des membres d’Al-Nosra. Un sermon du vendredi, prononcé le mois dernier dans une mosquée de la ville d’Al-Breiqa, a été suivi par un certain nombre de combattants de l’ASL, qui ont refusé de venir la semaine suivante lorsqu’ils ont appris que le prédicateur était un cheikh d’Al-Nosra.

L’ASL a même établi son propre tribunal de la charia pour juger des combattants « qui ont péché », pour rivaliser avec les tribunaux religieux similaires créés par Al-Nosra.

La plupart des commandants d’Al-Nosra sont des étrangers, dit-il. « Une fois que nous en aurons fini avec le régime alaouite [de Bachar al-Assad], nous ne laisserons pas [les combattants étrangers] rester en Syrie. »

Malgré la promesse du président américain Barack Obama de renforcer le soutien américain à l’opposition syrienne modérée, le commandant affirme que l’aide militaire – obtenue par le centre de commandement des opérations militaires à Amman, Jordanie – reste limitée.

Les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis – qui dirigent le centre de commandement – refusent catégoriquement de fournir des armes antiaériennes à l’armée syrienne libre. Le centre fournit des munitions, un soutien financier et une formation aux armes légères aux rebelles. Les combattants ont également reçu des missiles anti-tanks Konkurs et TOW, mais au compte-gouttes, selon l’officier de l’ASL.

« Nous n’avons reçu qu’un lanceur et 10 missiles par unité de 50 hommes » se plaint-il.