Après l’immense – mais attendu – tremblement de terre, qui a aplani de grandes parties du Népal et fait plus de 3 400 morts, les experts en Israël préviennent que le pays est mal préparé à la possibilité d’un grand tremblement de terre.

Les sismologues affirment qu’Israël et ses voisins étant situés sur une ligne de fracture majeure, un grand tremblement de terre pourrait se produire demain ou dans un an.

Une telle catastrophe, ont prévenu des experts israéliens, palestiniens et jordaniens dans un rapport en 2007, constitue « une menace véritable autant qu’imminente pour la sécurité, l’intégrité sociale et le bien-être économique de la population dans la région ».

Israël et les territoires palestiniens se trouvent au sommet d’une déchirure dans la croûte terrestre qui longe le flanc est du pays et les marges de deux plaques tectoniques, que les sismologues estiment être une zone à risque sismique élevé.

Comme la plaque arabique, sur laquelle se trouve la Jordanie, se déplace vers le Nord de 20 millimètres par an par rapport à la plaque africaine voisine à l’Ouest, des tremblements de terre se produisent par intermittence, semant la mort et la destruction.

Pas moins de 17 grands tremblements de terre enregistrés ont secoué le pays dans les 2 000 dernières années, provoquant d’importantes destructions et pertes en vies humaines, selon un article de 1994 publié dans The Israel Exploration Journal.

Le dernier grand tremblement de terre a frappé le 11 juillet 1927, tuant plus de 400 personnes et ne laissant « pas une maison à Jérusalem ou à Hébron … sans quelques dégâts » a rapporté la Jewish Telegraphic Agency dans les jours suivants.

Le lendemain du séisme 1927 à Jérusalem, avec le Dôme du Rocher en arrière-plan. (Crédit photo: Domaine public par la Bibliothèque du Congrès)

Le lendemain du séisme de 1927 à Jérusalem, avec le Dôme du Rocher en arrière-plan (Crédit photo: domaine public par la Bibliothèque du Congrès)

Amotz Agnon, un professeur de sciences de la Terre à l’université hébraïque de Jérusalem, a étudié les couches de sédiments sur le sol de la mer Morte, et a établi un dossier sismologique sur 70 000 ans.

Des tremblements de terre d’une magnitude de 7, comme le séisme de magnitude 7,8 qui a secoué samedi le Népal, se produisent le long de la vallée du Jourdain une fois tous les mille ans en moyenne, et le dernier a eu lieu en 1033, a-t-il dit. Les moins graves, comme le tremblement de terre de 1927, se produisent tous les 80 à 120 ans.

Prédire les séismes, reconnaît-il, « est un exercice très délicat. »

Il y a de longues périodes définies avec peu d’activité sismique majeure et d’autres avec des mouvements tectoniques plus fréquents et, selon Agnon, nous semblons être dans cette dernière catégorie.

Les suivis GPS des plaques tectoniques qui se rencontrent dans la vallée du Jourdain indiquent qu’elles sont verrouillées les unes contre les autres, accumulant de l’énergie élastique qui finira par être libérée sous la forme d’un tremblement de terre.

« Quand elle est stockée sur une plage de profondeur importante », a-t-il expliqué, « elle sera probablement libérée à notre génération, ou peut-être plus tard, mais nos bâtiments devront supporter une accélération significative ».

Parce que les tremblements de terre sont des phénomènes imprévisibles et aléatoires, « la seule façon pour nous d’éviter une catastrophe est de construire correctement, a déclaré dimanche au Times of Israel le sismologue Avi Shapira, qui préside un comité interministériel sur la préparation aux tremblement de terre.

Une initiative gouvernementale – appelée Tama 38 – lancée en 2005 pour inciter le renforcement des anciens bâtiments a eu un succès modéré, dit-il, avec environ 2 000 immeubles en cours de modernisation pour résister aux séismes.

Environ 100 000 bâtiments dans tout le pays ne respectent pas les codes de sécurité et demeurent à risque.

« Nous essayons de trouver d’autres moyens ou d’autres outils pour motiver les gens à aller renforcer leur maison, » a-t-il poursuivi. Israël a encore « trop ​​de bâtiments résidentiels qui ne sont pas prêts à subir un tremblement de terre d’une amplitude de 6,5 » et « qui sont mal construits », mettant en danger la vie des citoyens.

Bien que la commission de Shapira ait évalué en 2013 que le pays doive se préparer à quelque 7 000 morts, 40 000 blessés et des milliers de bâtiments détruits dans le cas d’un tremblement de terre, il a affirmé dimanche qu’il était probable que ce nombre soit bien inférieur.

« Israël est mieux préparé à un fort tremblement de terre que de nombreux autres pays dans le monde, y compris certains des pays les plus avancés techniquement », a-t-il affirmé. « Israël est relativement prêt. Je ne dirais pas bien préparé, il y a beaucoup à faire, mais il est relativement préparé ».

Le Commandant de la Défense civile le général Eyal Eisenberg a dit en 2012, lors d’un exercice qui a exposé les lacunes de préparation d’Israël, que même un tremblement de terre raisonnablement puissant en Israël provoquerait des « dommages à la vie et à la propriété sur une échelle beaucoup plus importante » qu’une guerre.

Ces chiffres, cependant, prennent en compte les villes palestiniennes de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, qui sont très vulnérables à l’activité sismique et gangrenées par des bâtiments mal construits.

Selon le Jalal Dabbeek, chef de la planification urbaine et de la prévention des catastrophes au Centre Université An-Najah de Naplouse, même un tremblement de terre modéré, de magnitude de 6 ou 6,5, se traduirait par d’importants dégâts en Cisjordanie.

Ayant mené une étude sur des immeubles dans les sept principales villes palestiniennes en Cisjordanie, il a conclu que plus de 70 % étaient « très vulnérables » à des dommages importants dans le cas d’un tel séisme. Moins de 7 % étaient capables de résister à des tremblements majeurs.

Une vue du camp de réfugiés bondé de Balata à Naplouse . Balata est le plus grand camp de réfugiés en Cisjordanie, qui abrite quelque 30 000 personnes. (Crédit : Nati Shohat / FLASH90)

Une vue du camp de réfugiés bondé de Balata à Naplouse ; Balata est le plus grand camp de réfugiés en Cisjordanie, il abrite quelque 30 000 personnes. (Crédit : Nati Shohat / FLASH90)

Une autre étude limitée qu’il a menée prévoit la possibilité de « peut-être 5000 ou 6000 morts » en Cisjordanie, en plus des milliers de bâtiments effondrés et des dizaines de milliers d’autres partiellement effondrés. Il a cependant reconnu qu’il n’avait pas pu suffisamment enquêter dans son projet, et souhaite faire une étude plus complète.

« Chaque jour qui passe sans un séisme nous rapproche d’un grand tremblement de terre, » a indiqué par téléphone Rivka Amit, chef de la commission géologique d’Israël.

Bien que les critères de construction d’Israël aient été récemment actualisés pour tenir compte des études géologiques plus récentes, Amit a déclaré qu’il n’y avait pas suffisamment de contrôles pour s’assurer que les édifices les plus anciens – construits avant les années 1990 – répondent à ces normes. Les efforts pour rénover les bâtiments construits avant que les normes de tremblement de terre aient été fixées sont ralentis par des coûts élevés.

Amit a révélé qu’Israël installe un système national d’alerte précoce pour compléter les systèmes locaux existants, qui « devrait démarrer dans deux ans ».

« Nous ne vivons ni au Japon, ni aux États-Unis. Il nous reste beaucoup de travail à faire. »