JTA — Malgré les attaques partisanes ciblées lors de la conférence annuelle de l’AIPAC, un sujet a fait le consensus parmi les législateurs et les lobbyistes : le soutien des lois visant le mouvement BDS (Boycott, Divestment and Sanctions).

Il a pu donc être perturbant pour certains des militants d’être approchés par un coreligionnaire paternaliste et arborant la kippa qui militait contre une loi anti-BDS – et plus perturbant encore de découvrir que cet interlocuteur était Gerald Steinberg, fondateur de Monitor, qui vise les groupes prônant le boycott d’Israël.

La cible de Steinberg, ce n’était pas les projets de loi du Congrès appuyés par l’AIPAC qui sanctionnent les entreprises qui boycottent Israël et ses implantations – la mesure utilise les pénalités qui sont appliquées depuis les années 1970 aux entreprises qui se conforment au boycott de la Ligue arabe. Il ne s’agissait pas non plus des nombreuses lois d’état qui désinvestissent les fonds de pension des entreprises qui se conforment au BDS.

Il s’agissait d’une loi israélienne adoptée le mois dernier à la Knesset qui interdit l’entrée sur le territoire aux étrangers qui appellent publiquement au boycott de l’état d’Israël ou de ses implantations. La mesure a d’ores et déjà provoqué des dégâts, empêchant l’entrée d’un éminent militant pro-BDS britannique.

Steinberg a affirmé que la loi accomplit finalement peu de choses – Israël, comme tous les pays, décide déjà en toute discrétion qui le pays laisse entrer dans ses frontières.

Toutefois, a-t-il mis en garde, les critiques d’Israël utilisent cette loi comme une preuve des tendances anti-démocratiques de l’état juif. Steinberg a ajouté que le travail mené par les alliés libéraux d’Israël dans les associations d’études et qui cherchent à bloquer les résolutions anti-israéliennes s’en trouve mis en difficulté.

« La loi sur les visas ne fait rien, mais elle aliène des alliés que nous avons dans ce type de combat », a-t-il déclaré.

Il peut sembler étrange d’entendre Steinberg chanter les louanges d’alliés libéraux. Lui et l’ONG Monitor ont entretenu un contentieux, si ce n’est une relation rivale, avec les libéraux du spectre sioniste à certains moments, et notamment avec le New Israël Fund. (Le NIF ne financera pas des activités « globales anti-israéliennes pour le BDS mais soutiendra des groupes qui ciblent les biens et les services des implantations).

Mais il a suggéré que ces luttent restent en famille. Et Steinberg a semblé horrifié lorsqu’il s’est souvenu comment Jennifer Gorovitz, vice-présidente du NIF, avait été détenue et interrogée par les autorités israéliennes pendant 90 minutes lors de son arrivée dans le pays au mois de février.

Steinberg a expliqué qu’il est temps que les Américains libéraux pro-israéliens et les Israéliens de droite s’unissent pour combattre le BDS.

« Il serait utile que les groupes de la diaspora américaine, notamment les progressistes et les réformés, ne se contentent pas d’essayer de mater les Israéliens mais qu’ils prennent le temps d’éduquer » aux meilleurs moyens de combattre le BDS, a-t-il dit.

(Dans un entretien antérieur, le rabbin Rick Jacobs, président de l’Union pour le Judaïsme réformé, avait indiqué que son mouvement ne cessait d’éduquer à ce sujet et avait dit clairement au Premier ministre Benjamin Netanyahu combien il était important pour combattre le BDS de réaffirmer le soutien à une solution à deux états. « Sans un engagement fort sur les deux états, il est très dur de travailler contre le BDS, » avait dit Jacobs.)

Steinberg, professeur de sciences politiques à l’université Bar-Ilan, a tenté d’interpeller les parrains israéliens de la loi, mais ses appels n’ont pas été entendus. Il a expliqué que ces parrains ne réfléchissent qu’au niveau national et qu’ils tentent de faire la démonstration à leurs soutiens qu’ils savent être durs avec les ennemis d’Israël.

Ainsi, la semaine dernière, il s’est attelé à sensibiliser l’AIPAC. Il n’a pas dit qui il avait rencontré mais Steinberg a affirmé clairement que certains des plus grands agitateurs de la communauté juive américaine pouvaient persuader les politiciens israéliens de droite de s’abstenir de faire des provocations.

« Je ne pense pas que ceux qui sont investis dans cette législation avaient seulement l’idée qu’elle allait dans cette direction », a-t-il commenté.