L’administration Obama a eu huit ans pour communiquer ses inquiétudes concernant l’expansion des implantations en Israël, huit ans pour utiliser son influence phénoménale auprès de son allié-clé au Moyen-Orient pour faire pression sur Jérusalem pour changer le cours des choses.

Si — et à l’heure où je suis en train d’écrire, nous nous trouvons encore dans l’hypothèse de ce “si” – l’administration devait peut-être être prête à renoncer à son droit de veto et à permettre à une résolution créee pour les Palestiniens de passer devant le Conseil de Sécurité, condamnant toutes les implantations et ouvrant potentiellement la voie à de nouvelles pressions diplomatiques et financières, elle choisirait alors un mode d’action qui pourrait bien saboter son admirable histoire, qui a couru pendant deux mandats, de défense d’Israël contre les acteurs internationaux qui lui veulent du mal. Elle se sera fondamentalement alors placée aux côtés de ces forces négatives et contre Israël.

Elle aura fait volte-face et deviendra ridicule en raison de ses promesses et de ses positionnements antérieurs – de façon notable, lorsqu’elle avait brandi son veto contre une résolution similaire il y a cinq ans, avec l’explication que le Conseil de Sécurité n’était pas le bon endroit pour gérer des problèmes qui devaient être résolus par les parties impliquées elles-mêmes.

(Susan Rice, envoyée des Etats Unis à l’ONU à l’époque, avait noté que le veto “ne devait pas créer de malentendu sur le fait que nous soutiendrions des activités d’implantation”, et avait ajouté : “Malheureusement, ce projet de résolution risque de durcir les positions des deux parties et pourrait encourager ces dernières à se tenir à l’écart des négociations ».)

Et l’administration aura agi sans nuance sur le problème des implantations, sapant ses propres objectifs s’agissant de cette question controversée et complexe – comme elle l’a hélas souvent fait.

Pendant huit ans, l’administration Obama a fréquemment condamné toutes les constructions érigées au-delà de la ligne d’avant 1967 comme étant des délits de gravité égale, choisissant rarement de faire la distinction entre les nouvelles habitations construites sur le territoire de Cisjordanie – sur lequel les Palestiniens cherchent à faire un état – et celles à Jérusalem ou proches des lignes d’avant 1967, ces zones où même les Palestiniens réalisent qu’ils n’obtiendront pas le contrôle.

Ces condamnations générales ont éloigné une grande partie des Israéliens conventionnels – qui s’opposent aux implantations dans des secteurs qui viendraient compliquer une éventuelle séparation d’avec les Palestiniens mais qui soutiennent les constructions au sein de Jérusalem et ce qu’on appelle les blocs d’implantation – et cela a donc oeuvré en défaveur du propre objectif poursuivi par l’administration Obama qui était de soutenir les Israéliens désireux de trouver un compromis éventuel.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry devant le Forum Saban à Washington, D.C., le 4 décembre 2016. (Crédit : Ralph Aswang, via JTA)

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry devant le Forum Saban à Washington, D.C., le 4 décembre 2016. (Crédit : Ralph Aswang, via JTA)

Lors de ces derniers mois et de ces dernières semaines à la barre, l’administration a multiplié les allusions selon lesquelles elle pourrait ne pas bloquer des initiatives défavorables aux implantations à l’ONU, de manière plus remarquable lorsque le Secrétaire d’Etat John Kerry, fustigeant publiquement les activités d’implantations avec une vigueur sans précédent à l’occasion d’une apparition au Forum de Saban au début du mois, a fait la promesse de n’opposer son veto qu’à ce qu’il a qualifié de « résolution partiale et injuste qui aurait été calculée pour délégitimiser Israël ».

Est-ce que l’administration s’est persuadée elle-même que le texte égyptien soumis dans la soirée de mercredi constitue une résolution non-partiale et équitable dont on peut raisonnablement autoriser le passage ?

Si tel est le cas – et encore une fois, nous sommes actuellement dans le corridor de l’incertitude à l’heure qu’il est – alors Israël exprime clairement son désaccord face à une telle affirmation. L’ambassadeur israélien à l’ONU, Danny Danon, a qualifié le texte de “honteux”. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a, quant à lui, plaidé publiquement en faveur d’un veto de la part des Etats Unis.

Dore Gold, jusqu’à une date récente directeur-général du ministère des Affaires étrangères, a déclaré vendredi au Times of Israel que le langage de la résolution appelant “tous les Etats… à faire la distinction, par les accords concernés, entre ce que sont les territoires appartenant à l’Etat d’Israël et les territoires occupés depuis 1967,” pouvait être considéré comme venant soutenir les efforts livrés sans relâche et invitant au boycott des produits provenant des implantations israéliennes, tel qu’il est formulé par le BDS (boycott, divestment and sanctions). De plus, note Gold, en approuvant une résolution qui affirme que les implantations « n’ont pas de validité légale », les Etats Unis pourraient être considérés comme ayant changé leur position, eux qui ont jusqu’ici formellement choisi de considérer les implantations « illégitimes » plutôt qu’illégales – une différence subtile mais toutefois importante, les autres pays et organisations regardant ce que font les Etats Unis lorsqu’ils sont amenés à réfléchir à des actions de sanction et de boycott.

De nombreux officiels Israéliens dont l’identité n’a pas été révélée ont prétendu, ce dernier jour, qu’Obama était en effet sur le point d’autoriser le passage de cette résolution et que Kerry s’apprêtait à faire un discours jeudi après-midi expliquant le changement dramatique survenu dans la politique américaine jusqu’à ce que l’Egypte, contactée par le prochain président Trump, ait choisi de retirer la résolution.

Israël “a pris conscience que l’administration n’opposerait pas son veto à une résolution anti-israélienne”, a écrit un responsable israélien dans une lettre aux journalistes dans la soirée de jeudi.

Ce n’est rien de moins qu’un “coup” diplomatique porté par Obama contre Netanyahu et les implantations, et ce coup aurait suivi son cours si Trump n’était pas accouru à la rescousse, aurait dit un haut-responsable de Jérusalem dans la soirée de jeudi, des propos repris par la Deuxième chaîne.

En comparaison, une autre source a affirmé que l’ambassadrice américaine aux Nations Unies, Samantha Power, n’avait reçu aucune instruction sur la manière de voter lorsque les Egyptiens ont retiré la résolution.

Donald Trump et le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi parlent lors d'une réunion à l'hôtel Plaza le 19 septembre 2016 à New York. (Crédit : AFP / Dominick Reuter)

Donald Trump et le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi parlent lors d’une réunion à l’hôtel Plaza le 19 septembre 2016 à New York. (Crédit : AFP / Dominick Reuter)

Nous pourrions connaître toute l’histoire très rapidement. Et là, maintenant, on peut seulement dire que si un « coup » avait été prévu, il aura cafouillé. Là, il apparaît que Abdel-Fattah el-Sissi, de manière assez extraordinaire, a donné la priorité à la promesse d’un réchauffement des liens avec la prochaine administration plutôt qu’au dévouement traditionnel de l’Egypte à la cause Palestinienne.

Là, il apparaît que Netanyahu, mal-aimé par le président sortant, a été secouru par son nouveau meilleur ami, le président à venir.

Et là, l’administration Obama se trouve potentiellement soumise à l’allégation selon laquelle elle aura opté pour une tactique maladroite qui s’est retournée contre elle pour venir appuyer un positionnement qu’elle aurait pu avancer durant les années correspondant à deux mandats – via des moyens plus amicaux, sûrement plus subtils et plus efficaces.

Mais la saga n’est pas encore terminée. Si l’Egypte choisit de ne pas changer d’avis une troisième fois en réintroduisant sa résolution, il semblerait qu’il n’y ait pas de pénurie parmi les membres du Conseil de Sécurité qui soient prêts à s’engouffrer dans la brèche et à soumettre un texte similaire.

On pourrait voir alors de manière définitive, après huit années où elle a échoué à proposer une approche plus nuancée sur les problèmes relatifs aux implantations, l’administration Obama quitter la scène par une action qui viendrait renforcer les critiques les plus radicales d’Israël, qui viendrait amoindrir ses positionnements de longue haleine en ce qui concerne le rôle tenu par les Nations unies dans le conflit israélo-palestinien, qui viendrait amender son héritage relationnel avec Israël tout en imposant une politique américaine à un nouveau président qui va prendre ses fonctions dans moins un mois.

Nous pourrions voir si le président Barack Obama — qui aurait été le seul président américain en 50 ans à avoir bloqué toutes les résolutions anti-israéliennes au Conseil de Sécurité – va choisir de redéfinir ses relations avec Israël via une abstention dans ces derniers jours à la présidence, ses derniers jours à la présidence.