La Vieille Ville de Jérusalem désertée et verrouillée pour l’arrivée de Trump
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La Vieille Ville de Jérusalem désertée et verrouillée pour l’arrivée de Trump

Les habitants haussent les épaules et les touristes fulminent alors que la zone est vidée pour la promenade du président américain à l’église du Saint-Sépulcre et au mur Occidental

Plus de 10 000 policiers sont déployés pour les 28 heures de la visite de Trump, dont des centaines dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 22 mai 2017. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israël)
Plus de 10 000 policiers sont déployés pour les 28 heures de la visite de Trump, dont des centaines dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 22 mai 2017. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israël)

Peu avant la visite historique du président américain Donald Trump dans la Vieille Ville de Jérusalem, la première d’un président américain en exercice, les allées en pierre généralement bondées étaient désertées et silencieuses, une vision étrange pour un lundi.

Depuis le petit matin, les seules personnes s’aventurant sur les vieilles pierres sont quelques touristes confus, des propriétaires de commerces qui s’ennuient, et des centaines de policiers et de soldats israéliens.

Plus de 10 000 policiers participent à l’opération de deux jours pour sécuriser les endroits que va visiter Trump, dont l’église du Saint-Sépulcre et le mur Occidental dans la Vieille Ville, selon Micky Rosenfeld, porte-parole de la police.

Trump ira à pied de la porte de Jaffa à l’église du Saint-Sépulcre, et se rendra ensuite au mur Occidental, ce qui a nécessité que la police ferme totalement les artères principales de la Vieille Ville, dont le marché du quartier chrétien et l’entrée de la porte de Jaffa, ainsi que des rues secondaires menant aux endroits où marcheront Trump et son entourage.

deux policières dans le quartier chrétien de la Vieille Ville de Jérusalem avant la visite de Trump, le 22 mai 2017. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israël)
deux policières dans le quartier chrétien de la Vieille Ville de Jérusalem avant la visite de Trump, le 22 mai 2017. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israël)

En plus des mesures de sécurité qui ont fermé la plupart de la Vieille Ville, le Haut comité de suivi arabe israélien a appelé à une grève générale en Cisjordanie et en Israël lundi, encourageant les fermetures de tous les commerces arabes israéliens et palestiniens par solidarité avec les prisonniers en grève de la faim dans les prisons israéliennes.

Même les magasins des zones restées ouvertes aux piétons, comme le marché arabe menant à la porte de Damas, avaient baissé le rideau et étaient fermés, en raison de la grève et de l’absence de clients. Quelques touristes déambulaient dans les rues mortes, produisant de l’écho avec le bruit de leurs pas.

Le marché menant à la porte de Damas était ouvert aux piétons mais fermé en raison d'une grève générale en solidarité avec les prisonniers palestiniens en grève de la faim, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 22 mai 2017. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israël)
Le marché menant à la porte de Damas était ouvert aux piétons mais fermé en raison d’une grève générale en solidarité avec les prisonniers palestiniens en grève de la faim, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 22 mai 2017. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israël)

Dans les zones où la police avait fermé les rues menant au parcours de Trump, des habitants serviables se tenaient aux intersections, prévenant les touristes des impasses des détours des étroites allées.

« Enfin, ils ne peuvent pas fermer toute la Vieille Ville ? », grommelait Simon Cobbs, touriste venu de Brighton, en Angleterre, pendant qu’il faisait encore un tour dans une impasse, bloqué par des policiers et tenant à la main une feuille blanche. « Il n’y a pas d’information, c’est bien le problème. L’hôtel a dit que la Vieille Ville serait ouverte mais nous sommes justes envoyés d’un endroit à l’autre. »

Les commerçants et les habitants haussaient les épaules face aux perturbations. « Chaque fois que quelque chose se passe, ils ferment la zone », a dit Raffoul Rofa, avocat et directeur de la Société de Sant-Yves, une association catholique dont le siège est proche de la porte de Jaffa.

« Le président américain vient, ils ferment la zone ; le marathon vient, ils ferment la zone ; c’est Yom Yeroushalayim, ils ferment la zone ; il y a une course de voitures ou un festival, ils ferment la zone. Aujourd’hui, c’est plus strict à cause de Trump, mais ce n’est pas nouveau. »

Une rue désertée dans la Vielle Ville de Jérusalem, le 22 mai 2017. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israël)
Une rue désertée dans la Vielle Ville de Jérusalem, le 22 mai 2017. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israël)

Rofa et de nombreux autres habitants ont exprimé l’espoir que Trump puisse apporter la paix dans la région. « Les signes étaient que Trump serait de tout cœur avec Israël, mais dernièrement, il s’est rétracté, a-t-il dit. Mais personne ne sait, il est imprévisible. »

« Quand j’ai appris que Trump avait gagné la présidence, beaucoup de personnes ne l’aimaient pas, mais j’étais heureuse parce que je pense vraiment qu’il fera la paix », a dit Kabaja Walit, retraitée qui habite le quartier chrétien et travaillait autrefois pour le ministère du Tourisme. « Il a beaucoup d’argent et quand il vient ici, il vient avec son propre esprit et son propre argent. »

David et Leah Weissman, partisans de Trump, se promenaient dans la Vieille Ville avec leur fille, Arayl, 9 ans, dans l’espoir de serrer la main de Trump pendant sa visite, mais ont fait demi-tour quand ils ont réalisé à quel point il serait difficile de s’approcher de son parcours. « Nous espérions le rencontrer et le saluer », a dit Leah.

« Nous voulions lui dire que nous espérons qu’il tiendra sa promesse de laisser Israël se diriger par lui-même », a dit David, vétéran de l’armée américaine qui a servi deux fois en Afghanistan avant d’emménager en Israël il y a quatre ans avec sa famille. « J’espère qu’il gagne une compréhension du conflit ici, c’est un conflit religieux, ce n’est pas sur la terre. Les gens ont une mauvaise conception du conflit ici, pensant que c’est simplement territorial. »

Leah et David Weissman, partisans de Trump, avec leur fille, Arayl, 9 ans, espéraient voir Trump et lui serrer la main dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 22 mai 2017. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israël)
Leah et David Weissman, partisans de Trump, avec leur fille, Arayl, 9 ans, espéraient voir Trump et lui serrer la main dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 22 mai 2017. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israël)

Alors que Leah bataillait contre les marches de pierre avec le fauteuil roulant de sa fille, elle a dit qu’elle avait lutté pour garder sa fille à la maison et pas dans une institution. Elle a balayé les déclarations de Trump sur les handicaps, notamment quand il s’était moqué d’un journaliste handicapé du New York Times pendant la campagne, et dit que Trump « mûrit et comprend plus. »

Beaucoup d’habitants de la Vieille Ville ont dit qu’ils n’avaient pas suivi le voyage de Trump en Arabie saoudite, où il a signé un accord de ventes d’armes historiques et prononcé un discours sur l’islam radical. « Ce qui concerne l’Arabie saoudite, on s’en fiche un peu », a dit Maher, qui habite dans le quartier chrétien et a demandé à ce que son nom de famille ne soit pas publié car il a ouvert son magasin pendant la grève.

« C’était juste beaucoup de blabla », a-t-il dit, assis dans son épicerie avec quelques voisins (il n’y avait aucun client). « Nous espérons la paix, c’est la seule chose qui peut nous sauver. »

Des habitants du quartier arabe aident des touristes tentant de trouver une pizzéria ouverte dans la Vielle Ville de Jérusalem, avant la visite de Trump, le 22 mai 2017. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israël)
Des habitants du quartier arabe aident des touristes tentant de trouver une pizzéria ouverte dans la Vielle Ville de Jérusalem, avant la visite de Trump, le 22 mai 2017. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israël)

La visite de Trump a aussi contrecarré les espoirs de Lory Zarfati de faire venir sa famille, en visite depuis l’Italie, au mur Occidental. Son fils se marie mardi à Jérusalem, une date choisie bien avant Trump, a-t-elle noté ironiquement. Le marié est d’Italie et sa fiancée de France, et 30 personnes sont venues de chaque pays pour le mariage.

« C’est un peu difficile d’organiser les déplacements de la famille, dit-elle. Nous ne pouvons pas aller au mur Occidental, et c’est une honte que le marché soit fermé. Mais nous sommes toujours heureux, parce que Jérusalem est une si belle ville, et nous avons un mariage demain. »

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