Même si les États-Unis, et dans une moindre mesure, l’Europe, resteront probablement les principaux marchés cibles des exportateurs israéliens, le gouvernement entend bien ouvrir de nouveaux marchés dans des endroits où les entreprises israéliennes n’étaient traditionnellement que peu implantées.

Parmi ces nouveaux pays, on peut compter l’Amérique latine et du Sud, avec laquelle Israël espère tirer parti de sa relation avec les membres de l’Alliance du Pacifique et d’autres blocs économiques afin de développer ses échanges avec cette région du monde.

La semaine dernière, une douzaine de membres d’une délégation émanant du ministère de l’Economie ont visité la ville de Panama pour rencontrer leurs homologues, avec en ligne de mire la formation d’un accord de libre-échange entre Israël et le Panama.

Douze groupes de travail ont discuté de sujets aussi variés que l’accès aux marchés, les douanes, les services et les investissements, la propriété intellectuelle, la protection de la flore et la faune, les obstacles au commerce, les questions institutionnelles ou encore la résolution de conflits.

Deux autres séries de pourparlers sont attendues avant la fin des négociations.

Le Panama – pays que la plupart des Israéliens associent à la production de bananes – possède en réalité un secteur des services très développé.

Une grande partie du secteur tourne autour de l’un des plus grands atouts économiques du pays : le canal de Panama, qui reste l’un des liens les plus importants entre l’Orient et la côte Est des États-Unis, ainsi qu’avec l’Europe.

L’administration du canal, que le Panama a ravi aux États-Unis en 1977, a conduit à l’élaboration d’une grande industrie du logiciel et de la technologie, avec l’utilisation du big data pour faire le passage de l’Est à l’Ouest avec des itinéraires moins chers et plus efficaces que, par exemple, le camionnage terrestre.

Le secteur de l’assurance, la médecine et la santé, la banque et la technologie financière, de même que le tourisme sont également des dérivés du développement du canal.

Selon Ohad Cohen, directeur des accords de commerce extérieur au ministère de l’Economie, puisqu’Israël a un secteur des logiciels fortement développé qui fournit justement des solutions pour ces secteurs économiques, un accord d’échange avec le Panama « créerait de nouvelles opportunités pour les entreprises israéliennes et leur donnerait un avantage concurrentiel face aux entreprises étrangères ».

Une société israélienne qui bénéficierait probablement d’un tel accord est Freightos, qui entend amener les techniques d’expédition au 21e siècle.

Avec le big data, les routines logicielles avancées et les technologies de cloud, le PDG de Freightos, Zvi Schreiber espère que son entreprise modernisera l’expédition pour que les entreprises et les individus soient en mesure de trouver le navire le plus pertinent depuis le port où leur cargaison se trouve jusqu’au port de destination.

En outre, sera mise en place l’automatisation des devis pour l’expédition, l’assurance, les tranferts, et toutes les étapes relatives au transport de marchandises d’un point A à un point B.

Selon Schreiber, « aujourd’hui, le système d’expédition maritime est très inefficace. Contrairement à l’expédition aérienne, par exemple, où les passagers peuvent obtenir des devis sur plusieurs compagnies aériennes et commander des tickets en quelques minutes, il faut des jours pour obtenir un devis pour l’expédition de marchandises via cargo. Entrent en compte les intermédiaires pour localiser les navires, déterminer les voies, comprendre la tarification, etc. »

Grâce à la technologie de cloud et aux grandes techniques d’automatisation de données, Freightos fournit une plate-forme de logiciel-service pour le transitaire qui lui permet de gérer ses taux et d’automatiser leur acheminement et la tarification.

Les données sur la localisation des navires et leur disponibilité proviennent d’une source en ligne appelé Linescape, et, pour établir le devis, le système prend en compte des données météorologiques, les horaires de prix et d’autres informations.

La technologie est également compatible avec les fichiers Excel et PDF en cours d’utilisation, leur permettant d’être mis à jour avec précision pour fournir des devis précis en fonction des besoins.

Outre le canal, le Panama possède une industrie de pointe et une industrie agricole, et est sur les rangs pour rejoindre l’Alliance du Pacifique, qui comprend actuellement le Mexique, la Colombie, le Pérou et le Chili. Le PIB combiné des pays de l’Alliance du Pacifique est d’environ 3 milliards de dollars et constitue 40 % du PIB de l’Amérique latine. S’ils ne formaient qu’une seule nation, les pays de l’Alliance seraient la sixième plus grande économie du monde, selon la Banque mondiale.

Les responsables israéliens qui ont travaillé sur les transactions avec les pays latino-américains croient qu’il y a une grande demande pour la technologie et l’expertise israélienne, et ce dans une grande variété de domaines.

Israël a le statut d’observateur au sein de ce groupe et a déjà des liens avec certains membres de l’Alliance, comme un accord de coopération récemment signé avec le Mexique pour la recherche et le développement industriels.

Selon les termes de l’accord, les entreprises israéliennes et mexicaines recevront une aide dans le financement de projets communs dans plusieurs domaines de la recherche et du développement, comme la gestion de l’eau, l’agriculture en milieu désertique, le matériel médical et pharmaceutique, l’électronique et les communications.

Israël a également signé un accord de commerce extérieur avec le Mexique.

Pour renforcer encore un peu plus ses relations avec l’Alliance, Israël est également en train de négocier un accord avec le Pérou. Une déclaration d’intérêt a déjà été signée, comme l’ont souligné les responsables péruviens.

Dans une interview avec l’agence d’informations péruvienne Andina, l’ambassadeur d’Israël au Pérou, Ehud Eitam, a déclaré que « le marché péruvien attire de plus en plus l’attention des entrepreneurs et du gouvernement israéliens, grâce à sa forte croissance de ces dernières années ».

Selon Eitam, Israël, en tant que pays essentiellement agricole, pourrait être très utile à l’économie du pays, en particulier dans ses efforts pour optimiser l’utilisation de l’eau.

Tout cela fait partie de la stratégie d’Israël d’ouverture de nouveaux marchés pour les exportateurs israéliens, a déclaré Cohen. Alors que le commerce avec le monde développé demeure fort, il n’y a aucune raison pour que les entreprises israéliennes se limitent aux États-Unis, à l’Europe ou même à la Chine.

« Nous continuons à renforcer les liens économiques d’Israël avec le monde, en mettant l’accent sur les économies en développement qui montrent un grand potentiel de croissance », explique Cohen.

« Dans ce cas précis, nous élargissons l’empreinte économique d’Israël en Amérique latine, en conformité avec notre politique d’expansion des horizons d’exportation pour les secteurs de l’industrie et des services israéliens.»