Les États-Unis ont bloqué les transferts de fonds du Qatar affectés aux salaires des fonctionnaires recrutés par le Hamas dans la bande de Gaza, a appris le Times of Israel.

Une source diplomatique de l’Etat du Golfe, parlant sous couvert d’anonymat, a déclaré que le Qatar avait transféré des centaines de millions de dollars à la Banque arabe afin de payer les salaires d’une partie des 44 000 fonctionnaires du Hamas. Ces fonctionnaires – employés par le Hamas à Gaza depuis sa prise de contrôle de la bande en 2007 – ont perdu leur emploi suite à l’accord d’union avec le Fatah le mois dernier.

Mais l’argent n’a jamais été traité par la Banque arabe et livré au Hamas, a déclaré cette source au Times of Israel, en raison de la pression des Américains, qui considèrent le Hamas comme une organisation terroriste.

« C’est étrange, car les fonds du Qatar n’ont jamais été bloqués dans le passé », a expliqué le diplomate, se référant à l’ensemble des aides avoisinant les 400 millions de dollars (près de 300 millions d’euros) promis par le cheikh du Qatar Hamad bin Khalifa lors de sa visite à Gaza en octobre 2012.

Le chef du bureau politique du Hamas Moussa Abou Marzouk a fustigé la Banque arabe sur sa page Facebook, le 28 juin, pour avoir négligé de traiter les fonds immédiatement.

« Nous tenons à remercier le Qatar, qui a transféré les fonds à la Banque arabe », écrit Abou Marzouk, ajoutant de manière sarcastique que « la Banque arabe a refusé de recevoir l’argent par « excès
d’arabité ». Le président [Mahmoud Abbas] et le gouvernement d’unité nationale continuent de discuter du mécanisme ; il y a ceux qui insistent pour recevoir des ordres de l’extérieur ou qui les appliquent avant même qu’ils soient prononcés ».

Le Département d’État américain et la Banque arabe n’ont pas répondu aux demandes de commentaires sur la question.

La crise des salaires, qui a empoisonné le Hamas depuis des mois, a aggravé l’écueil financier le plus grave de l’histoire de ce mouvement, causé par une diminution significative des revenus suite à la destruction des tunnels de contrebande à la frontière égyptienne.

Abou Marzouk et l’ancien Premier ministre du Hamas Ismaïl Haniyeh ont cité la crise financière comme un facteur central dans l’embrasement actuel, et ont durement critiqué l’Autorité palestinienne et Abbas pour avoir négligé de payer les fonctionnaires de Gaza comme prévu – c’est ce qu’ils prétendent – avec l’accord d’unité signé avec le Fatah. Au Caire, en mai 2012, le Hamas a exigé le transfert des salaires comme condition pour un cessez-le feu avec Israël suite à la conflagration – appelée en Israël « Bordure protectrice » – qui a été déclenchée il y a plus d’une semaine.

Peu de temps après la prestation de serment du gouvernement d’union à Ramallah le 2 juin, l’émir du Qatar Tamim bin Hamad al-Thani a promis des millions pour aider le Hamas, en réponse à un appel lancé par Haniyeh.

Le Secrétaire d’Etat John Kerry avait alors déclaré que les Etats-Unis coopéreraient avec le gouvernement de technocrates dirigé par Rami Hamdallah, tout en surveillant étroitement sa conformité avec les principes du Quartet de non-violence, de reconnaissance d’Israël et d’acceptation des accords précédents.

Le Qatar a longtemps joué le rôle de patron de Hamas, en investissant des milliards de dollars dans des projets de reconstruction à Gaza ainsi qu’en prenant soin à l’hébergement du chef du bureau politique du mouvement, Khaled Meshaal, à Doha.

S’adressant au Times of Israel sous couvert d’anonymat, un responsable de la sécurité israélienne a déclaré que les fonds n’avaient pas été transférés au Hamas « à cause des sanctions internationales » qui lui sont imposées. Il a qualifié la décision du Hamas de rompre ce qui constitue un cessez-le-feu de vingt mois, la semaine dernière, en lançant des roquettes sur Israël de « question palestinienne interne qu’on veut imposer à Israël ».