Neuf jours après la mission réussie de sauvetage des otages israéliens à Entebbe, le chef de mission du Mossad à Téhéran a reçu une lettre du bureau de l’état-major du commandant suprême des forces armées iraniennes impériales louant la mission et présentant ses condoléances pour « la perte et le martyre » du lieutenant-colonel Yoni Netanyahu, le frère aîné de l’actuel Premier ministre d’Israël.

Avner Avraham, un agent du Mossad à la retraite avec un goût pour les langues et l’art, qui est le commissaire d’une exposition qui devrait prochainement ouvrir autour de la mission de sauvetage, a recueilli la lettre, datée du 13 juillet 1976 – près de trois ans avant que la révolution islamique ait coupé les liens entre les deux pays.

Le document ne sera cependant pas présenté jeudi, lorsque le Centre Yitzhak Rabin ouvrira l’exposition au public et au Premier ministre Benjamin Netanyahu, lequel a fourni la veste de combat de son frère pour être exposée.

« Nous nous sommes uniquement concentrés sur les événements qui ont eu lieu entre le détournement et l’issue du sauvetage », a expliqué Nurit Cohen-Levinovsky, l’initiatrice de l’exposition et la responsable de la programmation éducative au Centre Yitzhak Rabin. (Un article plus complet sur l’exposition sera publié ulterieurement.)

Yoni, Bibi and Iddo Netanyahu (Courtesy Netanyahu family)

Yoni, Bibi et Iddo Netanyahu (Photo: autorisation famille Netanyahu )

La lettre, écrite à l’époque de l’étroite coopération entre Israël et l’Iran, a été rendue publique aujourd’hui, alors que les deux Etats se battent sur le programme nucléaire de l’Iran. Elle est pleine de louanges.

Adressée à Reuven Merhav, le chef de la mission du Mossad à l’époque, elle commence en milieu de phrase.

« L’opération impétueuse bien planifiée et exécutée en un temps éclair de l’aéroport Entebbe [sic] en Ouganda, par les courageux commandos israéliens, a sauvé la vie de nombreuses personnes sans défense qui avaient été prises au piège par des bandits de l’air, visant des objectifs maculés et inhumains et a terminé l’aventure, en mettant en garde le terrorisme international à réfléchir sur les graves conséquences de leurs tentatives imprudentes et cruelles. »

Yoni Netanyahu, dans une photographie prise peu de temps avant sa mort à Entebbe en 1976 (Wikipedia)

Yoni Netanyahu, dans une photographie prise peu de temps avant sa mort à Entebbe, en 1976.  (Wikipedia)

La lettre non signée continue ainsi : « Veuillez transmettre à vos chefs respectifs mes sincères salutations et mon admiration pour l’accomplissement[sic] réussi de cette précieuse opération militaire et de renseignement ainsi que mes sympathies et condoléances pour la perte et le martyre de l’hér » – ici la lettre est coupée, coupant peut-être le mot héroïque – « commandant d’unité dépêché sur les lieux. »

Yoni Netanyahu, qui commandait l’élite Sayeret Matkal (Unité générale de reconnaissance) de Tsahal, fut le seul soldat tué à Entebbe. Âgé de 30 ans lors de sa mort, il était l’aîné de trois frères – Yoni, Benjamin et Iddo Netanyahu.

La lettre de félicitations de l'Iran (Autorisation Avner Avraham)

La lettre de félicitations de l’Iran (Autorisation Avner Avraham)

Avraham, un vétéran qui a servi 28 ans au Mossad, a débuté dans le commissariat d’expositions en 2011, quand il a organisé une exposition en interne décrivant le rôle du Mossad dans la capture d’Adolf Eichmann. Cette exposition a ensuite été transférée de la base clandestine à Beit Hatfusot, le Musée du peuple juif à Tel-Aviv. Elle était appelée Opération Finale.

L’année dernière, après s’être demandé pourquoi il n’y avait pas d’exposition permanente sur le sauvetage d’Entebbe, l’une des plus célèbres missions de l’histoire d’Israël, il en a organisé une au siège du Mossad.

Doué de facultés de persuasion, il fit en sorte que l’exposition soit prête pour le toast annuel du Premier ministre à l’occasion de Rosh Hashanah au QG du Mossad.

« Dalia [Rabin, la fille d’Yitzhak] la vit et cela a suffit », a-t-il dit.

Un instant plus tard, il s’est corrigé : en fait, voyant sa satisfaction, il lui a suggéré d’accueillir l’exposition au Centre Yitzhak Rabin. Et cela a suffit.