Cachée derrière ce pseudonyme suggestif « la Juive fêlée », elle supplie sur Twitter : « Meyer Habib on pourrait savoir ce qui s’est réellement passé au cimetière de Pantin ! On nous cache des choses et là ça devient inacceptable ».

Un vent de folie a traversé les réseaux sociaux juifs ce dimanche 26 mars, qui ce lundi, n’est pas encore entièrement retombé.

« Lundi 20 mars dernier, dans le cimetière de Pantin, un camion de service qui roulait (trop vite certainement) manque d’emboutir une voiture au détour d’un virage, informe Robert Ejnès dans un édito du Crif, intitulé Conspiration quand tu nous tiens, publié le 27 mars. Pour l’éviter (il la touche légèrement), le chauffeur braque, puis perd le contrôle de son véhicule. Il monte sur le talus, rentre sur un carré et ce faisant brise des pierres tombales. Les personnes témoins de l’accident sont là, voient ce qui s’est passé et témoignent. Un rapport de police est fait sur place. Les familles des tombes endommagées sont prévenues. Le SPCJ communique sur Facebook ».

Le Times of Israël a mené l’enquête dès le 25 mars, le Crif, puis le Consistoire ont essayé de faire entendre raison à ceux qui pensaient faire face à une énième profanation de cimetière, mais de sérieux doutes subsistent chez certains.

Leur véhémence prouvent une nouvelle fois le « dynamisme » d’une part de la communauté juive présente sur internet: certains n’ont pas hésité à accuser le Consistoire de comploter pour cacher les faits… S’aidant peut-être d’un cabinet noir ?

Sans que l’on sache chiffrer exactement le nombre de personnes alimentant cette théorie conspirationniste, ou y souscrivant, il est un fait clair : entre la peur panique d’une menace cachée, les réactions épidermiques, l’appel à voter pour l’extrême-droite, le microcosme de la communauté juive n’est pas épargné par les problèmes qui agitent la nation française. Au-delà de la France, la campagne présidentielle de Donald Trump a mis en avant la puissance de la propagande via les réseaux sociaux, baptisée fake-news outre-atlantique, théorisée par certains sociologues français sous le nom de post-vérité.

Un résumé condensé des commentaires conspirationnistes donnerait la version « alternative » suivante : « Un antisémite, à l’aide d’un tractopelle a détruit ces tombes juives, inaccessibles par la route. Mais les autorités ayant peur de nommer les réels auteurs de cet acte, suivez mon regard, ont parlé d’un accident. Le Crif et le Consistoire étant les valets du pouvoir n’ont pas eu le courage de les contredire malgré les faits ». Quelques-uns ajoutant : « n’oubliez donc pas de bien voter ! »

Visite sur place de personnalités de la communauté juive, vidéo tournée sur place qui, visionnée ne prouve rien, article attisant les braises du doute émis depuis la réaco-sphère, comparaisons de photos satellites et enquête amateur, les allées du cimetière de Pantin n’ont plus rien à cacher à la communauté juive; et tous les ingrédients d’une polémique creuse sont réunis. Avec cette question jamais posée : a-t-on déjà caché une profanation en France ?

Le nombre de personnes persuadées du complot atteignant des proportions inattendues, autant qu’inquiétantes, le Crif et le Consistoire (qui a envoyé un de ses membres sur place) ont publié un communiqué et l’édito cité plus haut, pour rétablir les faits. Le Grand rabbin de France s’est senti obligé de s’exprimer sur la radio RCJ.

Le lecture des réponses à ce tweet de Francis Kalifat peut permettre de mesurer le taux de suspicion à l’encontre de la présentation de faits bruts.

Dans le Times of Israël, la parole a été donnée, le 25 mars, à une entreprise de pompes funèbres de Pantin et à la police.

« C’est un camion de la ville de Paris, qui a perdu le contrôle et qui est rentré de plein fouet dans le carré. Ça s’est passé lundi après-midi dernier et non jeudi comme l’affirment certains. Il ne s’agit pas d’un acte de vandalisme ou d’antisémitisme, » déclare Chantal Benhamou au Times of Israël par téléphone samedi matin.

Chantal Benhamou est directrice commerciale de l’entreprise de pompes funèbres que son père Élie Benhamou a créée en 1967.

Elle était d’astreinte ce jour-là et semble agacée d’être « harcelée » de toutes parts depuis la diffusion d’un texte « exclusif » publié sur un blog communautaire juif, intitulé « Des dizaines de tombes juives ont été détruites et/ou vandalisées au cimetière parisien de Pantin. » Treize tombes du carré juif sont en réalité concernées.

« Lundi 20 mars après-midi, un véhicule arrivé par la gauche a refusé la priorité à un camion de la ville de Paris sur la voie de circulation qui est située aux abords du cimetière. Pour éviter un arbre, il [le conducteur du camion] est sorti de la route en donnant alors un coup de volant. Ce n’était pas un camion de type Kangoo, mais un camion de type livraison, » a indiqué une source policière au Times of Israël.

Mais comme l’exprime un suspicieux bien informé sur Twitter « A deux mois des élections, il vaut mieux noyer le poisson ! ».