On imagine qu’Israël souhaiterait sans doute que la situation désastreuse de Gaza pousse ses habitants à se soulever contre les dirigeants du Hamas. Mais un mois après l’opération Bordure protectrice, il y a très peu de signes pour que cela se produise.

Il y a eu quelques rapports sporadiques de troubles dirigés contre le Hamas la semaine dernière : l’agression physique du porte-parole du Hamas, Sami Abu Zuhri, à la sortie de l’hôpital Shifa ; une petite manifestation écrasée par le mouvement islamiste, dans laquelle certaines personnes ont été exécutées sommairement. Mais même ces incidents relativement mineurs n’ont pu être confirmés par des sources indépendantes.

Bassem Eid, un militant des droits de l’Homme de longue date basé à Jérusalem, a déclaré que les habitants de Gaza sont réticents à manifester ou à se révolter par crainte du Hamas.

« Il n’y a aucun doute là-dessus : il y a une atmosphère de peur et de terreur dans la bande de Gaza » a déclaré Eid au Times of Israel, citant l’assassinat, la semaine dernière, de Ayman Taha, un dirigeant officiel du Hamas à Gaza, sur des soupçons de corruption et de collaboration avec les services de renseignement arabes. « D’autres ont été exécutés au cours de divers rassemblements sous prétexte d’avoir collaboré avec Israël ».

Eid a affirmé qu’il essayait d’enquêter sur la répression politique dans la bande de Gaza, et a estimé que le nombre de dissidents tués par le Hamas au cours de l’opération Bordure protectrice variait entre 10 et 35.

« Le Hamas a une présence physique dans presque toutes les maisons de la bande de Gaza et peut écouter tout ce qui se dit. C’est un régime digne de la Stasi par excellence » a-t-il poursuivi, se référant à la police secrète de l’Allemagne de l’Est connue pour ses capacités d’écoute…

« La population a beaucoup plus peur du Hamas que des soldats israéliens », a déclaré Eid. Et le Hamas, pour sa part, est davantage préoccupé par le retour possible du contrôle de la bande de Gaza à l’Autorité palestinienne que d’une incursion militaire israélienne.

« Pour moi, le Hamas est prêt à payer jusqu’à la dernière goutte de sang pour empêcher Abbas et son Autorité palestinienne de mettre les pieds dans la bande de Gaza. Ces gens [du Hamas] ne se battent que pour leur existence » a-t-il confié.

Les médias de l’Autorité palestinienne ont donné à plusieurs reprises une crédibilité à ces rapports, évoquant un climat de terreur dans la bande de Gaza. L’agence palestinienne de nouvelles WAFA a fait savoir que certains militants du Fatah étaient placés en résidence surveillée par le Hamas depuis les premiers jours de l’opération israélienne.

La page Facebook officielle du Fatah a rapporté des coups de feu dans les jambes des membres du Fatah, y compris les gardes du corps d’Abdullah Ifranji, un des responsables du Fatah. Lorsque le ministre de la Santé de l’Autorité palestinienne Jawad Awad s’est rendu à Gaza une semaine après l’opération pour surveiller les hôpitaux de la ville, son véhicule a été bombardé avec des pierres. Un responsable du Hamas, Moussa Abou Marzouk, a condamné l’attaque comme « inappropriée ».

Mais Mkheimer Abusada, professeur de science politique à l’Université Al-Azhar de Gaza, a déclaré, lui, que les manifestations anti-Hamas avaient peu de chances d’émerger dans une société qui considère largement Israël comme la principale cause de sa souffrance.

« Même si la colère contre le Hamas est bien présente, les gens sont pour la plupart en colère contre Israël » a déclaré Abusada au Times of Israel dans une conversation téléphonique à partir de la bande de Gaza. « Le Hamas peut assumer la responsabilité de la guerre, mais c’est Israël qui est en train de détruire les maisons et de tuer des civils » (Sur les 2 000 décès signalés par les autorités sanitaires dirigées par le Hamas, Israël affirme que 750 à 1 000 sont des hommes armés du Hamas).

L’armée israélienne a suivi de près les indications de troubles dans les rues de Gaza, de signes préliminaires de critiques alors que les résidents retournaient à leurs maisons détruites. Mais quand, vendredi dernier, une grande manifestation a eu lieu dans la bande de Gaza, elle avait en fait été organisée par le Hamas.

Le Hamas et d’autres factions armées ont lancé plus de 3 000 roquettes et d’obus de mortier en direction d’Israël, beaucoup d’entre elles à partir de zones densément peuplées.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a accusé le Hamas d’utiliser la population civile dans la bande de Gaza comme « boucliers humains » et parfois même d’inciter les civils à rester dans les zones de combat, malgré les avertissements de Tsahal – et ce tandis que la direction du Hamas se cachait dans les tunnels. Malgré cela, Abusada a indiqué que les Gazaouis se considéraient comme des victimes d’Israël, pas du Hamas.

« Je suis surpris de l’hypothèse israélienne que les gens manifestent contre le Hamas », a déclaré Abusada, ajoutant qu’il n’était pas au courant du fait que le Hamas intimidait les civils voulant manifester.

Il estime même que les Palestiniens de Gaza ont le sentiment que la vraie réconciliation est en cours, entre le Hamas et le Fatah : « Il y a eu récemment des tentatives pour résoudre le conflit entre le Fatah et le Hamas », a déclaré Abusada.

« Mais soyons réalistes. Même si les dirigeants palestiniens n’ont aucune réponse pour les problèmes auxquels sont confrontés les Palestiniens, à qui d’autre les habitants de Gaza peuvent-ils faire confiance ? Les gouvernements arabes qui les ont abandonnés ? Israël, qui tue leurs enfants et détruit leurs maisons ? En fin de compte, ils n’ont pas d’autre choix que de faire confiance à la direction politique ».