Le président Reuven Rivlin, ancien militant franc de la reconnaissance par Israël du génocide arménien, a décidé de ne pas renouveler sa signature sur la pétition annuelle appelant Israël à reconnaître officiellement les meurtres de masse comme un génocide.

Les personnes responsables de la pétition ont été surprises par le changement de position de Rivlin, a annoncé la Dixième Chaine jeudi soir.

Le reportage télévisé expliquait que Rivlin avait pour objectif de ne pas compliquer davantage les relations déjà tendues entre Israël et la Turquie.

Les liens ont été très froids au cours des récentes années, notamment après la mort en 2010 de neuf citoyens turcs dans un affrontement avec des commandos de la marine israélienne. Les Israéliens ont été attaqués lorsqu’ils ont intercepté le navire turc Mavi Marmara alors qu’il cherchait à forcer le blocus israélien de sécurité de la bande de Gaza tenue par le Hamas.

Le 100e anniversaire du génocide arménien sera commémoré le 24 avril 2015.

Beit Hanassi, la résidence officielle du président, a confirmé que Rivlin n’avait pas signé la pétition, explique la Dixième chaîne. On y précisait qu’un officiel anonyme du ministère des Affaires étrangères se félicitait de « la stature de chef d’Etat » du président.

Israël a évité de reconnaître formellement le génocide arménien dans l’arène politique pendant des années de peur de refroidir les relations diplomatiques avec la Turquie. Elle était l’allié le plus proche d’Israël dans le monde musulman jusqu’à la détérioration de ce rapport sous la direction de Recep Tayyip Erdoğan, un soutien public du Hamas qui a fait une série de déclarations très critiques à l’égard d’Israël.

Dans les années passées, Rivlin, à de nombreuses occasions, a encouragé les législateurs à rejeter le discours politique qui a dominé le débat à ce sujet.

« Je suis bien conscient de la sensibilité de cette question, mais je ne critique pas la Turquie moderne », avait déclaré Rivlin aux membres de la Knesset l’année dernière lorsqu’il était encore lui-même un député.

« Le gouvernement qui a commis ces actes a également été renversé par la Turquie elle-même », avait-il souligné lors d’une session spécialement consacrée à ce sujet.

« Je suis sûr que la Turquie sera un allié. Je pense qu’une solution doit être trouvée pour cette crise, mais il est impensable que la Knesset ignore cette tragédie, avait expliqué Rivlin. Nous demandons aux gens qu’ils ne renient pas l’Holocauste, nous ne pouvons pas ignorer la tragédie d’une autre nation », a-t-il déclaré.

Dans un entretien avec la radio de l’Armée d’Israël en 2013, Rivlin avait souligné les différences entre l’Holocauste et le massacre du peuple arménien. Pourtant sans faire disparaître ces différences, Israël doit trouver un moyen de « remplir son obligation morale de se souvenir du mal fait aux autres », avait-il déclaré.

Des estimations suggèrent qu’environ 1,5 million d’Arméniens (tout comme des centaines de milliers d’autres minorités chrétiennes) ont été tués par les Turques ottomans pendant et après la Première Guerre mondiale.

La Turquie nie que la mort d’une grande partie de ses populations minoritaires ait été le résultat direct de politiques génocidaires, et soutient que ceux qui ont été tués étaient des victimes de la guerre et des tensions internes dans l’Empire ottoman.

Aaron Kalman a contribué à cet article.