Ce que de nombreux Israéliens ne saisissent pas au sujet de l’Extrême-Orient, et en particulier de la Chine, c’est la culture axée sur le patriarcat, selon Dr Alex Lin, d’Infocomm Investissements de Singapour.

« Il y a un fossé culturel majeur qu’il est très difficile de combler », déclare Lin au Times of Israel lors d’une visite dans l’Etat juif, à la recherche de start-ups dans lesquelles son fonds de 200 millions de dollars pourrait investir. « Le fossé culturel est une des raisons pour lesquelles de nombreuses entreprises ne réussissent pas en Asie. A celles qui ont du mal à s’intégrer, je conseillerais de considérer Singapour comme une passerelle pour combler ces lacunes. »

Sur le papier, Singapour et Israël ont beaucoup en commun, dit Lin en marge d’une conférence de potentiels investisseurs singapouriens dans les entreprises israéliennes. Les deux sont des pays relativement petits avec des populations réduites et denses (Israël est plus grand et plus peuplé, mais Singapour a plus d’habitants au mètre carré).

Les deux ont des problèmes frontaliers avec certains de leurs voisins, et les deux se débrouillent géopolitiquement pour survivre parmi des voisins beaucoup plus grands et moins stables (bien que le voisinage d’Israël soit certainement plus difficile, admet Lin).

La similitude plus importante, cependant, est dans la ressource naturelle dont dépendent les deux pays – leur peuple.

« Historiquement, ni Israël ni Singapour ne pouvaient compter sur leurs ressources naturelles pour alimenter leurs économies, parce qu’elles n’en avaient pas », même si, dans le cas d’Israël, la découverte d’énormes quantités de gaz naturel au large de la côte va changer la donne.

« Néanmoins, l’expérience d’Israël en tant que pays pauvre en ressources pendant six décennies l’a forcé à ne compter que sur la seule chose dont il disposait – les gens – et c’est aussi la force de Singapour, » affirme Lin.

Etant donné que, comme Israël, Singapour n’a pas vraiment de marché intérieur, il a dû se concentrer sur les exportations – c’est-à-dire le développement de la technologie et des services pouvant être déployés sur les marchés étrangers. Les services technologiques, qui ne nécessitent pas de ressources naturelles ou une solide base de fabrication, s’inscrivent dans cette stratégie.

L’une des plus grandes entreprises mobiles en Asie, SingTel, vient de Singapour, et l’entreprise est considérée comme l’une des plus grandes innovantes d’Asie. Il y a plusieurs années, SingTel a établi un partenariat avec la société de high-tech israélienne Amdocs pour ouvrir un centre de développement en Israël et a acquis une société de publicité mobile israélienne appelée Amobee.

« Israël est réputé pour sa capacité d’innovation et est alimenté par un système éducatif solide », dit Allen Lew, directeur général du groupe Digital Life de SingTel. « Vous avez également un noyau qui draine un besoin insatiable d’innover et de se développer. Nous avons été extrêmement satisfaits de la richesse des talents en Israël. »

Israël, également doté d’un marché intérieur négligeable, a mis l’accent sur les exportations afin de réussir, principalement aux États-Unis et en Europe. Au cours des dernières années, l’Asie a attiré l’attention des entreprises israéliennes, mais lentement, en raison de la personnalité israélienne impétueuse, qui ne correspond pas toujours avec l’approche asiatique beaucoup plus sage.

Il y a une raison à ce fossé culturel, dit Lin. « Les Israéliens et les Occidentaux en général sont habitués à la démocratie, où ils endossent la responsabilité de leur propre destin. Mais en Orient, vous abandonnez votre liberté et vous vous attendez à être pris en charge par le patriarche, dont le travail consiste à prendre soin du peuple. Cette attitude a beaucoup d’impact sur chaque aspect de la vie en Chine et dans d’autres pays, et beaucoup de gens en Israël ne le comprennent pas. Et ceux qui ne le comprennent pas ont peu de chances de réussir. »

Singapour peut aider à combler cette lacune, dit-il.

« Nous sommes à cheval entre deux mondes, presque comme une zone tampon entre l’Orient et l’Occident », affirme Lin.

« En tant que démocratie, nous comprenons la responsabilité individuelle et nous avons mis en place de nombreux programmes éducatifs pour encourager la pensée indépendante et l’esprit de start-up parmi les jeunes entrepreneurs de notre pays. En fait, nous travaillons en étroite collaboration avec Israël à ce sujet, avec un programme d’entrepreneuriat spécial à l’université de Tel-Aviv pour des étudiants en provenance de Singapour.

D’autre part, nous sommes à la maison en Asie et comprenons la mentalité asiatique. Ajoutez à cela nos connexions à l’étranger, via l’Asie, et vous avez une excellente fenêtre sur la plupart des marchés lucratifs à travers le continent, qu’il serait très difficile pour une start-up israélienne d’atteindre autrement. »

Et Singapour est assez réaliste pour savoir où il peut réussir – et où il ne peut pas réussir. « Il ne deviendra jamais un géant de l’industrie comme la Chine, et nous n’imaginons pas que nous pourrons construire une culture d’entreprise semblable à celle de la Silicon Valley », déclare Lin.

« Mais nous savons beaucoup de choses sur l’Asie, et sur les affaires dans des endroits comme la Chine. Je pense que plus les entreprises israéliennes en sauront sur nous, plus elles verront la solution à un problème qu’elles ne savaient pas gérer auparavant. »