À la nouvelle synagogue Tree of Life, Doug Emhoff dénonce la « crise antisémite »
Sur les lieux de l'attaque de Pittsburgh lors de laquelle un extrémiste a abattu 11 fidèles en 2018, la communauté envisage un nouveau complexe "dédié à l'éradication de l'antisémitisme"
Le « second gentleman » Douglas Emhoff et le gouverneur de Pennsylvanie Josh Shapiro étaient présents à Pittsburgh pour l’inauguration, dimanche, de la toute nouvelle structure destinée à remplacer la synagogue Tree of Life, à l’intérieur de laquelle 11 fidèles ont été assassinés en 2018 dans ce qui reste à ce jour l’acte antisémite le plus meurtrier de toute l’histoire américaine.
Ces personnalités publiques se sont jointes aux familles des victimes et aux rescapés du massacre pour commémorer les victimes et dédier ce nouveau centre à la lutte contre l’antisémitisme et la haine.
« Aujourd’hui, nous disons haut et fort au monde entier que ce n’est pas le mal qui gagne – qu’il ne nous a pas chassés et qu’il ne le fera jamais, absolument jamais », a déclaré le rabbin Jeffrey Myers, lui-même rescapé de la fusillade.
Carole Zawatsky, première directrice de Tree of Life, a dit du futur nouveau centre, qui s’élévera bientôt à cet emplacement, qu’il serait une « institution ancrée localement mais avec un rayonnement national, dédiée à l’éradication de l’antisémitisme et de la haine identitaire ».
Le futur complexe comprendra un centre culturel, un sanctuaire, un centre éducatif et un musée, ainsi qu’un mémorial en hommage aux victimes de l’attaque de 2018.
« Face à la montée spectaculaire de l’antisémitisme, c’est à notre tour d’agir », a ajouté Zawatsky. Les crimes de haine antisémite ont augmenté partout dans le monde ces huit derniers mois, depuis l’attaque du groupe terroriste du Hamas contre Israël le 7 octobre dernier et la guerre qui a suivi entre le pays et le groupe terroriste, qui continue de séquestrer des otages.
Premier conjoint juif d’un président ou vice-président américain, Emhoff est le seul à avoir explicitement fait référence à l’attaque du 7 octobre, ou à l’État d’Israël, d’autres y ayant indirectement fait allusion et porté des plaques d’identité en gage de solidarité avec les otages de Gaza.
Il a évoqué son déplacement à la synagogue Tree of Life, après le 7 octobre, et déclaré : « C’est une crise antisémitie que nous traversons en ce moment en Amérique et ailleurs dans le monde. »
« Sur nos campus et nos écoles, nos marchés et nos quartiers, nos synagogues et aussi en ligne. Les élèves sont terrifiés à l’idée d’aller en classe. Les campus universitaires sont des foyers d’intense activisme anti-israélien, et même de soutien au Hamas. »
« Lorsque l’on attaque des Juifs en raison de leurs croyances ou de leur identité, ou que l’on s’en prend à Israël par pure haine anti-juive, c’est de l’antisémitisme », a déclaré Emhoff, sous les applaudissements du public.
Le gouverneur Shapiro, qui est lui aussi juif, a rappelé à l’auditoire que l’une des bibles sur lesquelles il a prêté serment, il y a de cela 18 mois, venait de Tree of Life. Et aujourd’hui encore, cette bible se trouve sur son bureau au Capitole, a-t-il précisé.
« Beaucoup trop de gens dans le monde d’aujourd’hui ignorent ou n’ont pas tiré les leçons des atrocités du passé », a déclaré Shapiro.
« Se souvenir impose d’agir, de parler et de faire en sorte que tout le monde, dans ce pays, sache ce qui est arrivé aux 11 personnes assassinées ici – ça, et les dangers de l’antisémitisme. »
La cérémonie a fait une place toute particulière à l’allocution d’Eric Ward, du Southern Poverty Law Center, spécialiste des mouvements haineux et de la radicalisation.
« Soyons clairs : aujourd’hui, l’antisémitisme n’est pas qu’une question de sectarisme religieux – c’est une forme de racisme », a déclaré Ward, ajoutant que « la tragédie de Tree of Life n’est pas un incident isolé, mais le rappel effrayant de ce qui se passe lorsque le sectarisme est hors-contrôle. »
« Nous faisons clairement face à la montée de l’autoritarisme et à la propagation insidieuse d’idéologies haineuses, et nous devons admettre que l’antisémitisme prospère dans l’ombre de la complaisance et du silence. Il s’envenime dans les discours d’intolérance et les théories complotistes qui fournissent à la fois des boucs émissaires et des tueurs. »
L’auteur des tirs sur la synagogue Tree of Life, en 2018, était motivé par la théorie complotiste dite du « Grand Remplacement », qui prétend que les Juifs sont à l’origine de politiques favorables à l’immigration massive dans le seul but de chasser les Blancs et changer le profil démographique du pays.
Le tireur avait choisi de s’en prendre à Tree of Life parce que la synagogue avait, entre autres, organisé une soirée « Shabbat pour les Réfugiés ». Il a été reconnu coupable de 63 chefs d’accusation, notamment de crimes haineux ayant entraîné la mort, et condamné à mort en 2023.
Le présentateur Wolf Blitzer a également pris la parole pour clore l’événement.
Une grande partie de la synagogue d’origine, inutilisée depuis la fusillade, a été démolie en début d’année. La reconstruction est supervisée par une nouvelle organisation à but non lucratif nommée Tree of Life. Le bâtiment comprendra un espace de culte pour la congrégation du même nom ainsi que des espaces dédiés à d’autres activités.
Le nouveau bâtiment est l’œuvre du célèbre architecte Daniel Libeskind, qui compte à son actif musées juifs et mémoriaux de la Shoah sans oublier le plan directeur du réaménagement du World Trade Center après le 11 septembre.
« Il ne s’agit pas de verser dans la victimisation, mais bien plutôt de dire de quelle façon nous, Juifs, nous définissons et de parler, dans les pires moments, de notre résilience, de notre faculté à nous relever et reconstruire », a déclaré Carole Zawatsky, directrice générale de l’organisation à but non lucratif Tree of Life en charge du projet en tandem avec la congrégation du même nom.
Le projet devrait être terminé d’ici la fin 2026, a-t-elle déclaré dans une interview, en ajoutant qu’il avait vocation à rendre hommage aux 11 victimes et lutter contre la haine qui alimente de telles attaques.
« Nous examinons les racines de toute manifestation de haine fondée sur l’identité », a-t-elle conclu. « Lorsque la société laisse se propager l’antisémitisme, toutes les formes de haine suivent le même mouvement. C’est un problème typiquement américain. »