À l’AIPAC, Netanyahu cherche à montrer qu’il est indispensable
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Analyse

À l’AIPAC, Netanyahu cherche à montrer qu’il est indispensable

Expliquant comment il va vaincre ses ennemis, le Premier ministre se montre incomparable. Mais les 18 000 supporters rugissants à Washington n'ont pas son destin entre leurs mains

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Benjamin Netanyahu à la conférence de politique de l'AIPAC à Washington, DC, le 6 mars 2018 (Crédit : Chip Somodevilla/Getty Images/AFP)
Benjamin Netanyahu à la conférence de politique de l'AIPAC à Washington, DC, le 6 mars 2018 (Crédit : Chip Somodevilla/Getty Images/AFP)

WASHINGTON – En un peu plus d’une demie-heure à la conférence politique de l’AIPAC mardi matin, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a démontré qu’il maîtrisait le discours oratoire comme personne lorsqu’il s’agit de louer les vertus d’Israël.

Il a également souligné qu’il était indispensable pour diriger Israël vers une croissance économique toujours plus grande, une acceptation diplomatique mondiale et une sécurité à long-terme.

Inutile de le préciser, il n’a mentionné aucun des ennuis juridiques qui l’attendent à son retour. Et de toute façon, parmi la foule des 18 000 activistes pro-israéliens passionnés, une telle attente n’existait pas.

Le Premier ministre n’a laissé aucun doute sur son intention d’être à la tête d’Israël pendant longtemps. « Je ne laisserai pas cela arriver », a promis Netanyahu à propos des efforts de l’Iran pour établir une présence permanente en Syrie et au Liban et viser Israël – un engagement personnel.

Et les huées, les acclamations et les applaudissements qui ont suivi tous ses propos sur les prouesses israéliennes ont confirmé que, pour la plupart des spectateurs, « Benjamin Netanyahu » et « Premier ministre d’Israël » sont et devraient rester synonymes.

« On t’aime Bibi », lui assura une voix féminine dans la foule. « C’est très gentil de votre part. Je t’aime aussi, » répondit Netanyahu – tout comme l’ambassadrice des Etats-Unis auprès de l’ONU Nikki Haley avait répondu à des sentiments similaires la veille au soir. Sauf que Netanyahu a eu la présence d’esprit de demander avec légèreté : « Qui l’a mise là ?! »

L’ambassadrice Haley, également conférencière, est particulièrement aimée par l’AIPAC grâce à son combat mené contre des années de parti-pris anti-israélien aux Nations unies. Elle était la vedette incontestée de cette conférence politique l’année dernière, et elle a recueilli des louanges extatiques lundi soir aussi. Mais la présentation de Netanyahu était davantage spectaculaire, et son accueil, dans une autre ligue.

Personne n’a été surpris de sa référence à sa rencontre lundi avec le président américain Donald Trump. Le public américain pro-israélien sera toujours ravi de se voir rappeler que le Premier ministre israélien a maintenant une porte ouverte à la Maison Blanche.

Il a également remercié les milliers d’étudiants qui ont quitté leurs classes momentanément et leur a garanti qu’il se mettrait en contact avec leurs professeurs si leurs absences leur étaient reprochées.

Mais peu de gens s’attendaient à entendre Netanyahu faire une référence à Clint Eastwood dans « Le Bon, la Brute et le Truand » en construisant tout son discours autour du titre : « Le Bien, le Mauvais et le Beau ». Le bien étant les merveilles d’Israël; Le Mauvais, ses ennemis – en particulier l’Iran; et le beau, l’alliance « éternelle » entre Israël et les États-Unis d’Amérique.

Netanyahu a prononcé des discours similaires à celui-ci lors de divers forums – y compris à des événements publics majeurs et devant de petits groupes qu’il invite dans son bureau de Jérusalem. Il a effectué une présentation de diapositives pour illustrer ses thèmes clés, y compris l’innovation israélienne, l’économie florissante, le cercle élargi d’alliés des États juifs dans le monde entier, et les progrès territoriaux rapaces de l’Iran.

Mais présenté au Washington Convention Center, sur des écrans géants, l’effet était particulièrement puissant. Et Netanyahu a intelligemment renforcé l’impact, dès le début, en abandonnant son podium sur scène et en se promenant, le long de la scène. Insinuant qu’il pourrait y avoir des problèmes de sécurité à propos de ses déplacements sur scène, Netanyahu a d’abord dit à son auditoire largement enthousiaste qu’il ne voulait pas vraiment se tenir derrière le pupitre, puis, comme si c’était une décision spontanée, a déclaré : « Je suis le Premier ministre », et est parti à la rencontre de la foule qui l’a applaudi.

Très à l’aise dans cet environnement, Netanyahu a été poli, clair et convaincant – contraste frappant avec Avi Gabbay du Parti travailliste, qui a prononcé dimanche un discours relativement correct… pour un non-natif anglophone se retrouvant dans un événement d’une telle importance.

Si la présentation de Netanyahu était excellente, son contenu était encore plus impressionnant. Il a défié son auditoire de comprendre comment la technologie moderne révolutionne les vieilles industries et en crée de nouvelles, avec Israël sur le devant de la scène, il les a préparées à ce qu’il a dit être une explication complexe : il s’agit de « la confluence du big data, de la connectivité et de l’intelligence artificielle ».

Dûment averti, le public a applaudi quand il a illustré ce concept avec un exemple dans l’agriculture israélienne de drones sophistiqués, en coordination avec des capteurs, qui activent l’eau pour l’irrigation, selon ses besoins. L’agriculture israélienne, a-t-il conclu, est maintenant une « agriculture de précision ». Rarement une explication sur l’agriculture a été accueillie avec autant de plaisir par un public de non-agriculteurs.

Pour les Israéliens dans la salle, c’était sans aucun doute un plaisir d’écouter Netanyahu saluer les soldats d’Israël dans toute leur diversité noire, blanche, gay, hétérosexuelle ; l’entendre lui expliquer comment l’ère de l’innovation a « déchaîné l’étincelle du génie intégré dans notre peuple »; que le monde « devient bleu » en forgeant des liens diplomatiques avec notre petit état, et en déclarant que si Israël était isolé, « très bientôt, les pays qui n’ont pas de relations avec nous – seront isolés », et « ceux qui parlent de boycotter Israël – nous les boycotterons ». Pour les Américains, c’était sûrement inspirant.

Il a également rappelé qu’il s’était opposé à l’accord nucléaire iranien dès le départ. Il a revendiqué la méchanceté du comportement iranien de plus en plus agressif à l’échelle de la région, l’escalade de la menace à la frontière nord et sa quête incessante de la bombe.

Il a affirmé que Trump, contrairement au prédécesseur non mentionné qui a signé l’accord, partage sa propre détermination à changer l’accord ou à le nier. Et quand il a annoncé son engagement personnel d’arrêter l’Iran, peu de gens dans l’assistance étaient enclins à penser que peut-être un autre Premier ministre israélien pourrait mieux gérer les choses.

Même sur l’Iran, Netanyahu a tempéré sa posture anti-régime ferme en montrant une empathie pour le peuple. Israël, dans le récit Netanyahu, doit et va se défendre, mais il sait distinguer entre ses ennemis et leurs victimes. « Nous sommes avec les Iraniens qui défendent la liberté », a-t-il déclaré, prédisant la chute éventuelle des ayatollahs, et une ère d’amitié et de paix.

De même, Netanyahu a affirmé qu’Israël cherchait la paix avec tous ses voisins, y compris certainement les Palestiniens. Si seulement le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas cessait de dépenser ce que le Premier ministre pense représenter environ 10 % du budget de l’AP en salaires pour les terroristes et leurs familles, il y aurait de l’argent pour les écoles, les hôpitaux et les usines.

« Arrêtez de payer les terroristes », a-t-il exhorté Abbas, car le message que cela envoie aux enfants palestiniens est « assassiner les juifs et s’enrichir. »

Netanyahu a habilement impliqué le public, les exhortant à « levez les mains si vous pensez que le président Abbas devrait cesser de payer des terroristes pour assassiner des Juifs. »

Il a également précisé que les valeurs partagées qui animent le partenariat américano-israélien « écrit aujourd’hui un nouveau chapitre de notre histoire commune ».

Et puis, après un appel à Dieu pour bénir Israël, l’Amérique et leur alliance, il s’est retiré.

Peu de gens ont remarqué, dans l’euphorie, que, comme pour ses problèmes juridiques, il n’y avait aucune mention de certaines questions sensibles, à savoir – le gel de l’accord de prière du mur occidental, les inquiétudes sur la conversion, la consternation dans certains milieux de la position d’Israël concernant des dizaines de milliers de demandeurs d’asile africains.

De toute façon, ils s’étaient rassemblés parce qu’ils se soucient d’Israël, parce qu’ils veulent qu’Israël soit en sécurité et parce qu’ils veulent se sentir bien avec Israël.

Netanyahu s’est montré sans égal. Tout comme ces 18 000 personnes qui l’ont acclamé, nos sondages semblent suggérer que beaucoup d’électeurs israéliens sont également enthousiastes à son sujet.

Un leader national au sommet de son art, le Premier ministre a tout fait pour se montrer non seulement inspirant et directif, mais surtout irremplaçable. Mais ce n’est pas l’AIPAC qui va déterminer son destin. Dans l’état actuel des choses, ce n’est pas non plus les électeurs israéliens. Ce sont les autorités israéliennes chargées de l’application de la loi.

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