A Montréal, l’héritage de Leonard Cohen, plus grand que la vie
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A Montréal, l’héritage de Leonard Cohen, plus grand que la vie

Un an après la mort de son enfant, la ville vénère son icône juive en lui rendant hommage par des concerts, des expositions de réalité virtuelle... Et un portrait haut de 22 étages

Un portrait haut de 22 étages sur le côté d'un immeuble sur  Crescent Street, à Montréal. (Crédit : Robert Sarner/Times of Israel)
Un portrait haut de 22 étages sur le côté d'un immeuble sur Crescent Street, à Montréal. (Crédit : Robert Sarner/Times of Israel)

MONTREAL — L’un des surnoms de Montréal est la ville des saints, en raison en partie du nombre élevé de rues portant le nom de personnalités canonisées. Et si on regarde la manière dont les habitants de Montréal vénèrent aujourd’hui Leonard Cohen, un an après sa mort survenue à l’âge de 82 ans, l’apparition de saint Leonard sur les cartes locales pourrait bien n’être dorénavant qu’une question de temps.

Les visiteurs qui se trouvent dans la ville, ce mois-ci, peuvent facilement avoir l’impression que cette muncipalité majoritairement catholique est en train de canoniser son fils juif le plus célèbre : l’image de Cohen est au premier plan – au sens littéral comme au sens figuré – sur ses vieux territoires d’une manière sans précédent à Montréal – comme d’ailleurs aussi dans le reste du Canada.

Parmi les initiatives prises, deux portraits muraux d’une dimension gigantesque, une décoration éminente installée à l’aéroport de la ville, des ballets, des projections nocturnes de ses mots sur un silo à grains dans le vieux port. Mais aussi un concert rendu en hommage par des stars de la chanson, des discussions autour de ses oeuvres, un hommage de danse, une exposition majeure, une série de performances musicales – toutes consacrées à un album différent de Cohen – un karaoké public dans une station de métro locale et de nombreux autres projets.

Cet hommage rendu sur de nombreux fronts par cette ville majoritairement francophone à son poète, chanteur, compositeur, écrivain et artiste anglophone tant aimé peut susciter chez certains un authentique étonnement. Mais c’est également une source de fierté, en particulier pour la communauté juive.

« Je n’ai pas été surpris par l’intensité initiale du chagrin de tous les Montréalais lorsque Leonard est mort mais je ne pensais pas que la réaction serait aussi durable, que ça irait au point où en sont les choses aujourd’hui », dit Eddie Singer, 71 ans, retraité et fan de Cohen tout au long de sa vie. « On a l’impression que ça va durer pour l’éternité et que jamais on n’oubliera Leonard ».

Eddie Singer, à droite, dans l’hommage à Leonard Cohen de Candice Breitz au musée d’art contemporain de Montréal (Autorisation : MAC)

Singer est l’un des 18 hommes choisis par le musée d’art contemporain (MAC) de la ville pour un hommage en vidéo à Cohen réalisé par l’artiste Candice Breitz dans le cadre d’une exposition multi-disciplinaire qui vient d’ouvrir ses portes.

Pour se présenter, les candidats devaient être des hommes âgés de 65 ans au moins et devaient raconter par écrit la manière dont Cohen avait influencé leurs existences. Environ 200 personnes se sont présentées. Ceux qui ont été sélectionnés ont été alors filmés séparément en train de chanter puis d’enregistrer leur propre version de l’album « I’m your man » paru en 1988. Les séquences, qui apparaissent en images grandeur nature, sont projetées dans une installation vidéo de 19 chaînes conçue par Breitz.

Cette exposition dure jusqu’au mois d’avril dans le cadre de l’hommage posthume poignant rendu à Cohen. Appréhendées toutes ensemble, les initiatives montrent la force de l’amour porté par la ville au poète disparu.

Une exposition de réalité virtuelle consacrée à Leonard Cohen montre ‘A Crack in Everything’, qui a été créé par Zach Richter, Bobby Halvorson et Eames Kolar. (Autorisation : MAC)

Jamais auparavant, la capitale culturelle et économique de Québec n’a connu une telle glorification.

« Plusieurs personnes qui connaissaient Leonard m’ont dit qu’il aurait été embarrassé par tout ce qui est fait en son honneur », dit Singer, qui s’est entretenu avec le Times of Israel durant un karaoké commémorant Cohen au Main, l’un des restaurants locaux favoris du chanteur.

« Il y a quelques jours, sur la station de radio CBC, un type a dit : ‘Aucun problème pour célébrer la mémoire de Leonard Cohen mais qui a déjà eu son effigie sur 22 étages, sur le côté d’un immeuble ?’ J’ai demandé à ma fille : ‘A-t-on jamais rendu hommage de cette façon à Frank Sinatra ?’ C’est une adoration absolument incroyable. Ce que Montréal fait pour Leonard est proche de la canonisation », ajoute Singer.

Plus grand que dans la vie

Le traitement élogieux réservé à Cohen va bien au-delà de ce dont peuvent profiter les saints. Il est dorénavant bien plus grand que la vie elle-même grâce aux immenses portraits extérieurs de lui qui garantiront sa présence surdimensionnée dans la ville pour les années à venir.

Un portrait mural de neuf étages de Leonard Cohen à Montréal. (Crédit : Robert Sarner/Times of Israel)

Les responsables de la municipalité ont récemment inauguré le plus grand portrait des deux, qui est haut de 22 étages et a été placé sur le côté d’une résidence d’appartement sur Crescent Street, à l’ouest de la ville, qui a été créé par des artistes du collectif de l’université de Montréal, El Mac et Gene Pendon.

L’image de Cohen, sérieux, portant son Fedora fétiche, est tirée d’une photo prise par sa fille Lorca. A l’autre bout de la ville, juste à côté du boulevard Saint Laurent, un portrait plus petit du troubadour – seulement haut de neuf étages – le montre regardant fixement ce qui étaient ses anciens repaires.

Ces images peuvent être les témoignages les plus audacieux de la popularité de Cohen qu’aura vu ce journaliste à Montréal au cours d’une visite de quatre jours, la semaine dernière, même si de nombreuses autres manifestations ont également attiré mon attention.

Ainsi, pendant le mois de novembre, les voyageurs arrivant à l’aéroport international de la ville ont été accueillis par une vision inhabituelle. Le principal terminal tire littéralement son chapeau à Cohen. Sur sa façade, un grand Fedora, ce fameux chapeau que l’artiste portait sur scène et dans la vie, a été installé en signe de commémoration au-dessus du panneau de l’aéroport.

Au vu de la manière dont la ville a embrassé son héritage, Leonard se trouve souvent sur les lèvres des habitants, de manière presque omniprésente. Tant de résidents, à Montréal, ont leurs propres histoires sur Leonard Cohen, basées sur une association forte avec l’une de ses chansons ou l’un de ses livres, ou parce qu’ils l’ont rencontré dans les lieux qu’il fréquentait. Les gens semblent aimer véritablement parler de lui et de ses oeuvres, se référant à lui, pour un grand nombre d’entre eux, simplement par son prénom.

« Il y a eu une époque où Leonard Cohen n’était pas reconnu au Québec comme c’est le cas aujourd’hui », a indiqué Zev Moses, 34 ans, fondateur et directeur du musée du Montréal juif (MJM), sur le boulevard Saint Laurent, à proximité de la maison que Cohen avait conservée depuis les années 1970.

Zev Moses, directeur du musée du Montréal juif (Crédit : director of the Museum of Jewish Montreal. (Julie Masis/Times of Israel)

Le musée a fait sa propre commémoration, une exposition de photographies appelée ‘Leonard Cohen : Rituels de l’Absence’. Se tenant à côté des images de l’exposition – les hommages impromptus rendus par les passants aux abords du domicile de Cohen au mois de novembre dernier, après son décès – Moses cite l’une des raisons pour lesquelles les Juifs locaux ressentent tant d’affinités avec leur compatriote légendaire.

« La relation de Cohen avec son judaïsme peut être associée à celle de nombreux Juifs de Montréal », explique Moses, qui a grandi à New York et qui vit depuis 20 ans à Montréal.

« C’est quelqu’un qui a lutté avec sa religion et les traditions et il y a beaucoup de gens au sein de la communauté juive qui ont vécu cela ou qui le vivent aujourd’hui », ajoute-t-il.

Une photo de 1949 avec Leonard Cohen, à droite, prise à Shaar Shamayim à Montréal. (Crédit : Robert Sarner/Times of Israel)

« Mais finalement, au fur et à mesure qu’il a traversé son existence, ses écrits et sa musique sont devenus plus profondément juifs et au moment de son dernier album, il utilise les choeurs de la synagogue Shaar Hahomayim, l’un des bastions du judaïsme traditionnel de Montréal, pour accomplir son art », dit Moses.

Alors que je me trouvais à Montréal, j’ai visité Shaar Hashomayim, situé à Westmount, le quartier nanti où est né Cohen en 1934 et où il a passé ses années de formation. Et, le long de l’un des murs principaux du rez-de-chaussée décoré de photos de classe, apparaît un cliché datant de 1949 de Cohen en veste croisée et cravate. A proximité du principal sanctuaire, les portraits de son grand-père et de son arrière-grand-père, qui avaient tous les deux présidé la synagogue.

Un employé m’a confié que même si Cohen venait rarement au cours des dernières années de sa vie, il aura conservé son statut de membre actif jusqu’à sa mort même s’il passait la majorité de son temps à Los Angeles ou en tournée.

Shaar Hashomayim ressent également le déversement d’émotion et d’intérêt porté à Cohen. Le chantre Gideon Zelermyer, qui a participé au dernier album du chanteur, m’a dit qu’il est dorénavant banal que des étrangers – des habitants de Montréal ou des touristes, des Juifs ou des non-Juifs – viennent à la synagogue en raison de son lien avec Cohen. Certains demandent même s’ils peuvent assister à un office dans ce lieu où l’artiste avait fait sa bar-mitzvah il y a soixante-dix ans.

‘Les habitants de Montréal aiment les vainqueurs’

Eric Scott, un réalisateur de documentaires originaire de Montréal, qui avait effectué des recherches sur l’antisémitisme franco-canadien dans le passé pour l’un de ses films, n’est pas surpris par les éloges et l’affection de la ville pour un Juif.

« Les habitants de Montréal, même les antisémites, adorent la viande fumée de Montréal et ses bagels », explique Scott, 65 ans.

Le restaurant favori de Cohen à Montréal, The Main. (Crédit : Robert Sarner/Times of Israel)

« Pourquoi ? Parce qu’ils sont délicieux et connus dans le monde entier. Montréal aime les vainqueurs. Et Cohen était un vainqueur, tout comme l’équipe de hockey de la ville lorsqu’elle était à son apogée. Il a réussi sur la scène internationale avec une musique et une poésie qui transcendent la barrière de la langue ».

« Il n’a jamais agacé les nationalistes du Québec. Il ne s’est jamais impliqué dans ce débat. Il a chanté la bonne vieille chanson en français et il a parlé français au public de Montréal. ‘Suzanne’ [sa fameuse chanson], c’était Suzanne Verdal, l’une des leurs. Pourquoi ne pas l’aimer ? », ajoute Scott.

Un groupe de fans de toute une vie de Cohen- qui sont présentés dans l’exposition du musée – se rencontrent le jeudi 9 novembre 2017 au restaurant The Main de Montréal pour chanter ses chansons et honorer sa mémoire (Crédit : Robert Sarner/Times of Israel)

Même si sa première langue était le français, Josée Plamondon, née à Montréal, a connu une amitié avec Cohen qui a duré des décennies et qui remontait à ses années de collège. Elle non plus n’est pas surprise par la chaleur de l’hommage rendu par la ville à un individu venant d’une communauté minoritaire.

« Hormis quelques bigots, je ne pense pas que les habitants de Montréal se définissent par leur religion », dit Plamondon, 55 ans, spécialiste en contenu numérique et métadonnées qui a toujours vécu dans la capitale du Québec et qui s’est rendue l’année dernière sur la tombe de Cohen, dans un cimetière qui ne se trouve pas loin de son habitation dans le quartier de Mile End.

« Il fait partie de l’histoire de Montréal en tant que grand artiste, reflétant et ajoutant au mixage culturel riche de la ville », dit-elle. « Un grand nombre de résidents éminents de Montréal qui ont contribué au développement universitaire, commercial, artistique et scientifique de la ville et dont nous sommes fiers viennent de la communauté juive, comme Cohen ».

« Cette communauté, constituée majoritairement à l’origine d’immigrants d’Europe de l’Est, a apporté une contribution positive, même sur ce que nous mangeons. De nombreux canadiens français ont adopté la nourriture juive, comme le chou farci, les sandwiches à la viande fumée, les concombres au vinaigre et les betteraves », indique Plamondon.

L’hommage en vidéo à Leonard Cohen de Candice Breitz, au musée d’art contemporain de Montréal (MAC) (Autorisation : MAC)

Une exposition majeure et un concert en hommage

En développement depuis presque trois ans, l’exposition « Leonard Cohen: A Crack in Everything » est une collection de nouvelles oeuvres réalisées par des artistes locaux et internationaux qui ont été inspirés par la vie et le travail de l’artiste. Le nom donné à l’exposition n’est pas un hasard : Il provient de sa chanson « Anthem », sortie en 1992, qui comprend le vers souvent cité « There’s a crack in everything, that’s how the light gets in ».

Le réalisateur de films Ari Folman est le seul Israélien représenté à cette exposition.

Au cours d’une visite privée organisée en amont de l’ouverture de l’exposition en direction de la presse, Folman a raconté aux journalistes son initiation à l’oeuvre de Cohen en 1972, alors qu’il était un petit garçon de neuf ans qui grandissait à Haïfa.

« Un jour, quand ma soeur aînée avait 18 ans, son petit ami l’a laissée tomber et elle a sombré dans une profonde dépression », a dit Folman, particulièrement connu pour son film animé « Valse avec Bashir », sorti en 2008. « Elle s’est enfermée dans sa chambre pendant des semaines et n’a écouté qu’un seul disque, de façon incessante : ‘Songs of Leonard Cohen’, son premier album ».

Ari Folman, à gauche, lors d’une conférence de presse pour l’ouverture de l’exposition majeure consacrée à Leonard Cohen au musée d’art contemporain de Montréal (Crédit : Robert Sarner/Times of Israel)

« La famille entière se tenait aux abords de sa chambre, jour après jour, pendant des heures, craignant qu’elle ne se fasse du mal à elle-même. Tant qu’elle faisait jouer le disque, nous savions qu’elle était vivante. Et elle est finalement sortie. Depuis lors, j’ai associé Cohen à une mélancolie universelle, même douce, qui vous donne le sentiment de revenir chez soi, une manière de dire ‘laissez-moi en paix, j’ai besoin de temps pour moi », a expliqué Folman.

Et il n’est donc peut-être pas surprenant que Folman ait intitulé sa contribution à l’exposition la Chambre de la Dépression. Elle se trouve dans la première salle sur la droite, avant d’entrer dans l’exposition. Les visiteurs entrent un par un dans un espace fermé, assombri. Couchés sur le dos, ils écoutent la célèbre chanson de Cohen « Famous Blue Raincoat » tout en regardant une interprétation en noir et blanc de ses paroles sur le plafond.

« J’ai choisi ‘Famous Blue Raincoat’ parce que j’ai le sentiment que c’est la chanson la plus déprimante de Cohen », a-t-il dit.

« Tandis que le texte peut bien ne pas être aussi déprimant que ça, la manière dont il l’interprète et sa composition le sont véritablement ».

L’idée de l’exposition remonte à 2014, lorsque Cohen était encore en vie. A l’époque, la commission, qui prévoyait les événements en vue du 375e anniversaire de Montréal pour 2017, avait approché le MAC pour déterminer si elle pouvait envisager un événement particulier dans le cadre des célébrations de cet anniversaire.

A l’extérieur du musée d’art contemporain de Montréal, une photo géante de Leonard Cohen. (Crédit : Robert Sarner/Times of Israel)

« Je me creusais la tête », a expliqué au Times of Israel le conservateur en chef et directeur du MAC John Zeppetelli quelques jours avant l’inauguration. « Qui pouvions-nous célébrer au musée, qui réponde aux critères de la commission – Montréal, construire des ponts et une perspective globale ? Je n’ai pu penser à qui que ce soit d’autre – en tant que personnalité identifiée à Montréal mais également de renommée planétaire – qu’à Leonard Cohen ».

Je n’ai pu penser à qui que ce soit d’autre – en tant que personnalité identifiée à Montréal mais également de renommée planétaire – qu’à Leonard Cohen »

L’exposition a attiré un nombre considérable de visiteurs originaires de la ville, francophones et anglophones, reflétant l’appel transculturel de l’artiste.

Contrairement à un autre habitant de Montréal célèbre et juif, l’auteur Mordechai Richler (décédé en 2001), Cohen n’était pas une personnalité clivante. Richler, qui avait suscité la colère de certains Juifs par les portraits qu’il avait élaborés de ses coreligionnaires dans ses romans, était un fervent critique des nationalistes du Québec, ce qui avait également entraîné la fureur d’un grand nombre de Canadiens français.

Une image d’une installation vidéo à plusieurs écrans à l’exposition ‘Leonard Cohen: A Crack in Everything’ au musée d’art contemporain de Montréal (Crédit : Robert Sarner/Times of Israel)

« Leonard est aimé de manière universelle par toutes les communautés », explique Zeppetelli, 56 ans, Montréalais de naissance. « Je ne peux pas vraiment dire pourquoi. C’est simplement cette manière dont il incarne ce qu’est Montréal. Il est une personnalité cosmopolite, à l’aise dans les deux langues, avec une élégance certaine dans ses manières, avec cette façon qu’il a eue de devenir presque un ambassadeur de la ville. Nous sommes très fiers du fait qu’il soit devenu une icône internationale ».

Son statut emblématique a été évident à la veille du premier anniversaire de sa mort, lorsque de nombreuses célébrités de la chanson canadienne et internationale ont participé à un concert à guichets fermés au Centre Bell. Plus de 17 000 personnes ont envahi les gradins d’une salle qui accueille traditionnellement des matchs de hockey, parmi lesquelles le Premier ministre Justin Trudeau, le Premier ministre du Québec Philippe Couillard et Valérie Plante, qui était entrée dans l’histoire la veille en étant élue toute première femme maire de Montréal.

Ce concert a semblé aussi être rempli d’émotions pour le public et pour les chanteurs sur scène, avec Sting, Elvis Costello, Courtney Love, Feist, k.d. lang et Lana del Rey. Souvent accompagnés par un orchestre de 25 musiciens et trois choristes, les stars ont interprété 22 chansons issues de l’illustre répertoire de Cohen de ces 50 dernières années. Tous ont chanté avec passion, avec respect également, donnant cette impression distincte d’avoir été honorés de participer à l’événement.

Adam Cohen, fils de Leonard Cohen, au concert hommage, à son père, à Montréal, le 6 novembre 2017. (Crédit : Michel Couvrette)

Cohen a dominé la soirée à travers ses chansons, des paroles enregistrées, des photographies, des vidéos, des peintures, de la poésie et des auto-portraits qui ont été projetés sur des écrans au-dessus comme sur les côtés de la scène.

Son fils de 45 ans, Adam, un chanteur de talent et musicien, co-producteur de l’événement y a également chanté, affirmant que ce concert représentait pour lui la fin d’une année de deuil, conformément à la tradition juive.

Pendant le concert, après cinq chansons, Justin Trudeau et son épouse Sophie sont apparus sur scène. Ils ont parlé avec beaucoup de respect de Cohen, le fils Juif du Canada le plus célèbre à l’international.

« Leonard était un canadien extraordinaire mais il était également un géant de Montréal », a dit Trudeau avant que Sophie n’ajoute : « En tant que Montréalais, nous aimons penser que Leonard nous appartient, mais souvenons-nous du fait qu’il appartient au monde ».

Une telle soirée n’aurait pu être complète sans moments plus légers, sachant combien l’humour était essentiel dans la sensibilité de Cohen. Plusieurs vidéos ont mis en exergue son esprit d’auto-dérision et le monologue du comédien/acteur Seth Rogen a provoqué l’hilarité dans la salle comble.

Même si Cohen a vécu pendant de nombreuses années à Los Angeles – il y a rendu son dernier soupir – Montréal est toujours resté une part inséparable de ce qu’il était. Son fils a expliqué que son père se méfiait toujours des gens qui n’aiment pas Montréal.

En 2006, Cohen avait indiqué à un journaliste : « Je me sens chez moi quand je suis à Montréal, d’une manière que je ne ressens nulle pas ailleurs. Je ne sais pas l’analyser mais ce sentiment ne cesse d’être plus fort avec l’âge ».

Cette passion durable pour sa ville natale a fait partie d’une belle histoire d’amour qui aura aidé à le définir. Aujourd’hui, la ville lui rend cette émotion – offrant à l’un de ses fils juifs un statut proche de la sainteté.

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