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À Paris, la communauté juive ne cède pas à la peur pour la fête de Hanoukka

Malgré un "climat extrêmement anxiogène, avec une crainte d'attentat assez forte", les responsables communautaires tiennent à maintenir les évènements prévus

Capture d’écran d’une vidéo du site Hassidout.org publiée le 13 décembre 2020 montrant des voitures surmontées d’une Hanoukkia, diffusant de la musique et défilant dans les rues de Paris. (Crédit : Hassidout.org)
Capture d’écran d’une vidéo du site Hassidout.org publiée le 13 décembre 2020 montrant des voitures surmontées d’une Hanoukkia, diffusant de la musique et défilant dans les rues de Paris. (Crédit : Hassidout.org)

« On n’a pas le choix » : deux mois après la sanglante attaque du Hamas contre Israël, la communauté juive de Paris refuse de céder à la peur, alors que débute jeudi la traditionnelle fête de Hanoukka.

Dans le XIXe arrondissement, où vit une importante communauté juive, certains passants se montrent philosophes : « Je ne suis pas inquiet, on continue à vivre », assure Moshe (il préfère ne pas donner son nom), 38 ans.

Pas question de cacher le candélabre que les Juifs installent pendant une semaine à leur fenêtre pour Hanoukka : « Au contraire, ça rapproche de Dieu », ajoute-t-il.

« On n’a pas peur, on n’a pas le choix », abonde Myriam, une commerçante, qui « ne changera rien pour Hanoukka ».

La fête commémore l’une des grandes victoires de l’Histoire juive quand, au IIe siècle avant notre ère, un petit groupe de Juifs reprit le Temple profané de Jérusalem. La minuscule fiole qu’ils trouvèrent alors pour rallumer le candélabre, qui devait tenir un jour, en dura en fait huit.

Pendant huit jours donc, à la tombée de la nuit, les fidèles allument une flamme sur un chandelier appelé « hanoukkiya », placé dans l’encadrement de la porte ou de la fenêtre.

« Dans le quartier, une fenêtre sur trois est illuminée », rigole Moshe.

« Visibles »

Le tout s’accompagne de célébrations, à grand renfort de cadeaux et de beignets frits. Car cette fête « est l’une des plus joyeuses du judaïsme », assure à l’AFP Elie Korchia, le président du Consistoire de France, tout en se désolant qu’elle se tienne cette année « dans un climat extrêmement anxiogène, avec une crainte d’attentat assez forte ».

« Il faut qu’on continue à vivre normalement, sans tomber dans la psychose », assure-t-il toutefois.

Le Beth Loubavitch, mouvement orthodoxe juif, organise pour sa part des allumages publics, transportant chaque soir un candélabre géant sur diverses places parisiennes (République, Châtelet, Bastille …). Le planning posté sur son site internet prévoit que la quatrième bougie soit allumée dimanche sur le champ de Mars, au pied de la Tour Eiffel.

Des milliers de personnes participent à la cérémonie publique annuelle d’allumage de la ménorah du Chabad-Lubavitch au pied de la Tour Eiffel à Paris, le dimanche 6 décembre 2015, la première nuit de Hanoukka. (Crédit : Chabad.org/Thierry Guez)

Hanoukka est « un moment où on est visibles, donc potentiellement une cible. La question qui se pose c’est : faut-il maintenir ? est-ce que les gens viendront aux célébrations ? », s’interroge Samuel Lejoyeux, le président de l’Union des étudiants juifs de France.

Dimanche, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a demandé à tous les préfets une « extrême vigilance » pour Hanoukka, en rappelant le « niveau très élevé de la menace terroriste » en France.

« On a tout vu »

En plus de cette sécurité publique, « on a des bénévoles, on ne laisse pas entrer n’importe qui » dans les édifices, assure à l’AFP le président du Consistoire de Paris Joël Mergui, qui affiche son volontarisme.

« J’en ai assez d’entendre dire que les Juifs ont peur. La majorité de nos événements ont été assurés normalement. Certes, il y a une inquiétude, mais il y a la volonté de continuer une vie normale », ajoute-t-il.

« La responsabilité est de tout faire pour ne pas offrir notre peur aux terroristes », abonde Yonathan Arfi, le président du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France).

Plus de 1 500 actes et propos antisémites ont été recensés en France depuis le 7 octobre, date de l’attaque des terroristes du Hamas en Israël qui a fait 1 200 morts, en majorité des civils, selon les autorités israéliennes, et la mi-novembre, avec près de 600 interpellations, selon le ministère de l’Intérieur.

Dans le XIXe, Gérard Zerbibi, retraité venu acheter un livre, reconnaît que « pas mal de gens ont peur ».

Mais lui non plus ne changera rien pour Hanoukka. « Si quelqu’un lance une pierre à ma fenêtre, je changerai le carreau », assure-t-il, en insistant: « On a 3 500 ans d’histoire, on a tout vu, et on est toujours là. »

« Qu’est ce qu’il peut m’arriver, au maximum ? Me faire tuer ? On finit tous par passer à la caisse », philosophe-t-il avant de lancer en souriant: « J’ai confiance en Dieu. »

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