A Romema à Jérusalem, les Turcs se rendirent à l’armée britannique… quatre fois
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En souvenir de la destruction : Si je t’oublie Jérusalem, que ma main droite m’oublie

A Romema à Jérusalem, les Turcs se rendirent à l’armée britannique… quatre fois

Après ce jour fatidique de 1917, un petit quartier chic a émergé près de l'entrée de la ville, dont certains bâtiments élégants ont été artistiquement préservés

  • Le square Allenby de Romema, où les Turcs se sont rendus (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Le square Allenby de Romema, où les Turcs se sont rendus (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Le château d'eau Romema (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Le château d'eau Romema (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • La maison construite par le rabbin né en Moldavie Fishman-Maimon (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La maison construite par le rabbin né en Moldavie Fishman-Maimon (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • L'une des nombreuses menshelach sur la rue Ariel Romema (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    L'une des nombreuses menshelach sur la rue Ariel Romema (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • La synagogue et les appartements Kurdistani de Romema (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La synagogue et les appartements Kurdistani de Romema (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • La maison construite par le fondateur de Romema, Yom Tov Hamon (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La maison construite par le fondateur de Romema, Yom Tov Hamon (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • La maison Mani (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La maison Mani (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • La maison Amdurski (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La maison Amdurski (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • La maison d'hôtes Allenby (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La maison d'hôtes Allenby (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Vous avez sans doute entendu, peut-être plus d’une fois, l’histoire comment les Turcs ont laissé Jérusalem à l’armée britannique en 1917. Mais saviez-vous qu’il y avait en fait quatre défaites ?

Trois de ces événements historiques se sont déroulés plus ou moins sur le même lieu, ce qui était autrefois un espace ouvert sur la plus haute colline de Jérusalem.

Appelée Place Allenby, elle est située au cœur de ce qui allait bientôt devenir Romema, établie en 1921 comme premier quartier de Jérusalem fondé pendant le mandat britannique en Palestine.

Conçu comme un quartier chic de 24 maisons, Romema était éloigné du bruit de la ville et situé entre les villages arabes de Lifta et de Sheikh Bader.

Contrairement à de nombreux autres quartiers de Jérusalem, il a été construit grâce à un financement privé. Il ne renferme pas de parcs et ne présente aucune homogénéité. En fin de compte et, apparemment par manque d’argent, seulement une douzaine de bâtiments grandioses ont été construits.

L’initiateur du projet était l’avocat d’origine turque Yom Tov Hamon, juge du tribunal de district et expert en droit ottoman et des questions relatives à la propriété foncière.

Il était souvent appelé à arbitrer les différends entre les propriétaires arabes de la région. Quand il y avait un désaccord sur une propriété sur cette colline, Hamon décrétait que la parcelle devait être vendue – et elle était donc mise à disposition pour faire partie du quartier juif.

La maison construite par le fondateur de Romema, Yom Tov Hamon (Crédit : Shmuel Bar-Am)
La maison construite par le fondateur de Romema, Yom Tov Hamon (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Le nom « Romema » provient des Psaumes : « La main droite du Seigneur est soulevée haut (romem)… » En effet, à ce moment, c’était la plus haute colline de Jérusalem – quelque part entre 810 et 830 mètres au-dessus du niveau de la mer.

La plupart des rues originales ont été nommées d’après les journaux hébreux imprimés à l’époque : Hatzvi d’Eliezer Ben Yehuda, Haor, et HaMeassef du rabbin Ben Zion Koainkh.

La plupart des maisons de Romema construites après la création de l’Etat d’Israël sont ternes et manquent de caractère. Mais quelques-uns des élégants édifices origine sont toujours debout et ont souvent été habilement préservés.

La maison d'hôtes Allenby (Crédit : Shmuel Bar-Am)
La maison d’hôtes Allenby (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Au numéro 2 de la rue Allenby se situe l’établissement à travers la place. Deux étages ajoutés dans les années 1950 ont gâché une grande partie du charme de la maison d’origine, mais elle bénéficie encore de beaux encadrements de fenêtres et d’une entrée magnifique. Pendant les 20 dernières années, elle a servi de maison d’hôtes, idéalement située près de la gare routière centrale.

En face de la gare routière centrale sur la rue Hatzvi, se dresse une maison construite par l’avocat né à Hébron Aharon Mani, descendant d’une longue lignée de rabbins irakiens célèbres. Construite en 1925, le style a été perturbé par des ajouts ultérieurs. Mais le porche et l’escalier sont magnifiques, et s’adaptent parfaitement au coin de rue.

La maison Mani (Crédit : Shmuel Bar-Am)
La maison Mani (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Son plus proche voisin est un domaine très élégant, construit par le pionnier hôtelier Yehiel Amdurski. Absolument magnifique, la maison a été construite en pierres rouges apportées des carrières de Hébron. Des porches jumeaux sont détenus par des piliers doriques, et leurs plafonds intérieurs sont recouverts de grandes peintures.

La maison Amdurski (Crédit : Shmuel Bar-Am)
La maison Amdurski (Crédit : Shmuel Bar-Am)

A côté de la maison d’Amdurski, se situe un logement qui appartenait à la famille Hefetz de Boukhara.

Moins grandiose que d’autres, il a une caractéristique unique : un linteau dont les carreaux bleus et blancs et les tuiles blanches ont été apportés par les membres de la famille après un voyage en Hollande.

Des moulins à vent au 6 rue Hatzvi (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Des moulins à vent au 6 rue Hatzvi (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Parallèlement à la rue Hatzvi, la rue Ariel comprend plusieurs structures magnifiques. L’une d’elles contient quatre colonnes toscanes et un pignon au-dessus de l’entrée. La date de construction – 1923 – et le nom de l’architecte A. Balog sont gravés en grosses lettres (et chiffres) sur le mur.

Une petite synagogue des Juifs du Kurdistan se trouve à l’avant de l’édifice voisin. Quatre familles vivent dans le bâtiment, assez, nous a-t-on dit, pour répondre aux exigences minimales des prières quotidiennes. Apparemment parce que la synagogue est si petite, les femmes sont assises sur le porche pendant les prières.

 La synagogue et les appartements Kurdistani de Romema (Crédit : Shmuel Bar-Am)
La synagogue et les appartements Kurdistani de Romema (Crédit : Shmuel Bar-Am)
L'une des nombreuses menshelach sur la rue Ariel Romema (Crédit : Shmuel Bar-Am)
L’une des nombreuses menshelach sur la rue Ariel Romema (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Le rabbin Fishman-Maimon, né en Moldavie, a érigé la maison inhabituelle dans la rue.

L’une des premières à apparaître à Romema, elle dispose d’une façade unique, avec une étoile de David gravée dans la pierre au-dessus de l’entrée.

La date – 1922 – et le prénom du rabbin Yehuda sont écrits à l’intérieur et autour de l’étoile de David. Rav Fishman-Maimon était l’un des fondateurs du mouvement religieux-sioniste « Mizrahi ». C’est à sa demande que David Ben Gurion a créé un ministère des Affaires religieuses au cours de son premier mandat de Premier ministre.

La maison construite par le rabbin né en Moldavie Fishman-Maimon (Crédit : Shmuel Bar-Am)
La maison construite par le rabbin né en Moldavie Fishman-Maimon (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Après la chute des Premier et Second Temples, les sages ont déclaré que chaque nouveau bâtiment doit contenir un rappel de cette destruction.

Ce rappel était une zone non peinte d’une coudée sur une coudée (46 centimètres sur 46). Beaucoup de Juifs pratiquants prennent cet édit à la lettre et laissent un carré noir sans enduit sur leurs murs.

Le carrelage "Rivers of Babylon" de la maison construite par le rabbin Romema Fishman-Maimon (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Le carrelage « Rivers of Babylon » de la maison construite par le rabbin Romema Fishman-Maimon (Crédit : Shmuel Bar-Am)

A l’intérieur de ce bâtiment et au sommet de l’escalier, une image est intégrée dans les murs – sur un fond noir d’une coudée sur une coudée. Ses carreaux de céramique représentent la rivière de Babylone, un saule pleureur, une harpe et le texte dit : « En souvenir de la destruction : Si je t’oublie Jérusalem, que ma main droite m’oublie… » (Psaumes 137).

La rue HaAdrichal (l’architecte) de Romema se réfère à Ricard Kaufmann, d’origine allemande, qui a conçu plus de 150 des villes, communautés agricoles et jardins d’Israël, mais pas un seul bâtiment à Romema. Certains disent que les résidents espéraient que le nom de la rue inciterait Kaufmann à développer leur quartier.

L’une des résidences de la rue a été récemment démolie et remplacée par une structure ultra-moderne. La maison d’origine a été construite par Altar Levine, un pionnier dans le secteur de l’assurance qui écrivait des poèmes sous le pseudonyme Asaf Halévy.

Altar Levine a été retrouvé pendu à un palmier dans la cour de sa maison en 1933, sans aucun mot d’explication.

Une solution au mystère de sa disparition soudaine peut avoir été trouvée en 1991, où un journal oublié dans une bibliothèque Istanbul soutenait que Levine était un espion. Selon le journal, rédigé par un commandant turc à Jérusalem, Levine a aidé les Britanniques durant la Première Guerre mondiale – et a contribué à la chute de l’Empire ottoman. Peut-être, disent certains, la mort de Levine était un acte de vengeance mené longtemps après la fin de la guerre.

Le fondateur de Romema, Yom Tov Hamon, a construit la maison fabuleuse au coin des rues HaAdrichal et Hamon. Récemment rénové, l’extérieur est un régal pour les yeux et dispose de balcons ornés, d’un sommet de métal en forme de pyramide, et d’un toit bordé de petits piliers.

Le château d'eau Romema (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Le château d’eau Romema (Crédit : Shmuel Bar-Am)

La plus haute structure de Romema est un château d’eau construit par les Britanniques au début de leur mandat en Palestine. C’était le point culminant de la ville à l’époque, et les forces de la gravitation conduisaient de l’eau de la piscine adjacente dans des tuyaux à travers la ville.

Mais au fil des ans, Jérusalem s’est développée si rapidement que la ville exigeait beaucoup plus d’eau qu’elle n’en avait à sa disposition. De 1934 à 1936, les Anglais ont installé un vaste système acheminant l’eau des sources de la rivière Yarkon vers Jérusalem.

Les Arabes ont fait sauter l’une des stations de pompage pendant la guerre d’Indépendance d’Israël en 1948, et le pipeline était effectivement rendu hors d’usage. Sous siège arabe pendant des mois, Jérusalem n’avait pas accès à l’eau et a dû avoir recours au système utilisé depuis des centaines d’années : collecter de l’eau dans des barils sur les toits.

Aviva Bar-Am est l’auteure de sept guides en anglais sur Israël.

Shmuel Bar-Am est un guide agréé, qui propose des visites privées personnalisées en Israël pour les individus, les familles et les petits groupes.

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