À une majorité écrasante, la chambre américaine adopte une résolution anti-BDS
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À une majorité écrasante, la chambre américaine adopte une résolution anti-BDS

Après la crainte exprimée par certains Démocrates que la mesure n'entraîne des dissensions internes, elle a été approuvée 398 voix contre 17, avec cinq abstentions

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Le président américain Donald Trump lors du discours de l'Etat de l'union lors d'une session conjointe au congrès, au capitole, à Washington, le 5 février 2019 (Crédit :   Photo/Andrew Harnik)
Le président américain Donald Trump lors du discours de l'Etat de l'union lors d'une session conjointe au congrès, au capitole, à Washington, le 5 février 2019 (Crédit : Photo/Andrew Harnik)

WASHINGTON — La Chambre des représentants américaines a adopté à une écrasante majorité une résolution, mardi, qui rejette la campagne BDS (Boycott, Divestment and Sanctions) anti-israélienne, après que certains Démocrates ont exprimé leur crainte, la semaine dernière, que cette mesure n’entraîne des querelles internes au parti alors que les élections de 2020 se profilent à l’horizon.

Le projet de législation – dont le nom officiel est Résolution 246 – réclame également un renforcement de l’aide sécuritaire accordée à Israël et prône la solution à deux Etats. Elle a été adoptée par un vote de 398 voix « pour » et de 17 voix « contre », avec cinq abstentions.

Seize Démocrates se sont opposés à la loi, notamment les représentantes Rashida Tlaib du Michigan et Ilhan Omar du Minnesota, les deux premières musulmanes de l’histoire à avoir été élues au Congrès. Les deux femmes soutiennent le mouvement BDS.

Un Républicain, le représentant Thomas Massie du Kentucky, s’est également opposé à la résolution.

La mesure « s’oppose au mouvement global de Boycott, de Désinvestissement et de sanctions (mouvement BDS) qui cible Israël et notamment aux initiatives prises de prendre pour cible les entreprises qui, aux Etats-Unis, se sont engagées dans des activités commerciales légales selon les termes de la loi, ainsi qu’à tous les efforts visant à délégitimer l’Etat d’Israël ».

Brad Schneider, représentant démocrate de l’Illinois. (Autorisation/JTA)

Elle affirme également que « la campagne BDS sape la possibilité d’une solution négociée au conflit israélo-palestinien en ne demandant des concessions qu’à une seule partie et en encourageant les Palestiniens à rejeter les négociations en faveur de la pression internationale ».

C’est le Démocrate Brad Schneider de l’Illinois qui avait initialement parrainé la résolution, qui avait gagné 349 co-parrains au moment de son vote.

Tlaib avait fustigé la mesure avec force après sa présentation, il y a deux semaines, dénonçant une tentative de réduire les partisans de BDS au silence.

« Notre droit garanti par le Premier amendement à la liberté d’expression autorise le boycott des politiques inhumaines », avait-elle écrit sur Twitter. « Ce projet de loi est inconstitutionnel ».

Le puissant lobby pro-israélien de l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee) a pour sa part applaudi l’adoption de la mesure.

« Cette résolution envoie un message puissant, celui que la Chambre des représentants rejette explicitement la discrimination de l’Etat juif par le boycott économique, culturel et politique », a dit le groupe.

« Soulignant le positionnement pro-israélien solide de la Chambre, la résolution a été coparrainée par 350 représentants – une majorité forte issue des deux partis », a-t-il ajouté.

L’hiver dernier, Omar avait été férocement critiquée pour avoir dit que l’AIPAC rémunérait les politiciens pour qu’ils affichent des positionnements pro-israéliens, des propos qui, pour certains, avaient promu un stéréotype antisémite ancien.

Omar a depuis présenté des excuses mais elle a récemment expliqué à CBS News qu’elle ne regrettait pas ce qu’elle avait dit.

Un certain nombre de législateurs Démocrates de haut-rang avaient mis en garde, la semaine dernière, contre l’adoption de la motion, craignant qu’elle n’entraîne des divisions internes alors que le pays se prépare à tenter de déchoir le président américain Donald Trump.

« Je pense que le moment choisi n’est pas vraiment le meilleur pour prendre des mesures supplémentaires sur la question du Moyen-Orient », avait commenté le représentant Mark Pocan, Démocrate du Wisconsin et co-président du caucus progressiste au Congrès, auprès de Politico.

La représentante Ilhan Omar, démocrate du Minnesota, (à gauche), et la représentante Rashida Tlaib, éue démocrate du Michigan, (à droite), écoutent le discours de l’Etat de l’Union du président Donald Trump au Capitole, à Washington, le 5 février 2019 (Crédit : AP Photo/J. Scott Applewhite)

Il avait ajouté que les Démocrates devaient concentrer leur attention sur la lutte contre l’administration Trump, et non créer des querelles internes au parti.

« Donald Trump nous a tous rassemblés », avait-il dit, « alors profitons-en ».

Selon Politico, d’autres Démocrates de la Chambre avaient averti Steny Hoyer (Maryland), un député fortement pro-israélien et leader Démocrate, de ne pas présenter la résolution.

Cette motion survient également un peu plus d’une semaine après la controverse entraînée par Trump qui avait appelé sur Twitter quatre membres du Congrès libérales de couleur à « retourner » de là où elles venaient, les accusant de haïr Israël.

Les Juifs libéraux américains avaient estimé que le président s’efforçait de « transformer Israël en arme » pour défendre ses publications racistes.

Mardi, Omar, l’une des femmes du Congrès prises pour cible par Trump, a présenté une résolution réaffirmant le droit des Américains à participer à des boycotts au nom de la liberté d’expression.

« C’est une opportunité qui nous est donnée d’expliquer pourquoi nous soutenons un mouvement non-violent qu’est le mouvement BDS », a dit Omar au site d’information Al-Monitor, des propos qui ont été publiés mardi.

Cette résolution a actuellement trois parrains, Omar, Tlaib, et le représentant de la Georgie John Lewis, icône de la lutte pour les droits civils qui avait défilé à Selma.

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