Affaire 2000 : Nouvel interrogatoire de Netanyahu après une nouvelle preuve
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Affaire 2000 : Nouvel interrogatoire de Netanyahu après une nouvelle preuve

Des enregistrements de l'épouse et du fils du Premier ministre auraient été fournis par Nir Hefetz sur l'accord présumé portant sur la prise de contrôle accrue des médias

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le rédacteur en chef du Yedioth Ahronoth, Arnon Moses. (Crédit image composée : Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le rédacteur en chef du Yedioth Ahronoth, Arnon Moses. (Crédit image composée : Flash90)

Les enquêteurs auraient rouvert une enquête de corruption impliquant le Premier ministre Benjamin Netanyahu après avoir obtenu de nouvelles informations portant sur un accord de compromis qui aurait permis de renforcer le contrôle du Premier ministre sur les médias.

Après que l’initiative a été acceptée, il y a plusieurs semaines, par le procureur-général Avichai Mandelblit, le Premier ministre Netanyahu devrait apporter un témoignage supplémentaire comme d’autres suspects et témoins dans le dossier, notamment le propriétaire du Yedioth Ahronoth Arnon Moses, a fait savoir mercredi la télévision israélienne.

L’Affaire 2000 implique un accord de compromis présumé passé entre Netanyahu et le directeur de la publication du journal Yedioth Ahronoth, Arnon Moses, qui aurait vu le Premier ministre affaiblir un quotidien rival, Israel Hayom, propriété de Sheldon Adelson, en échange d’une couverture de ses actions plus favorable.

Sous les termes de l’accord présumé qui aurait été passé entre Moses et Netanyahu – mais qui n’aurait pas été mis en oeuvre – le Premier ministre aurait indiqué qu’il prônerait une législation visant à réduire la circulation d’Israel Hayom si Moses donnait pour instruction à ses journalistes et à ses éditorialistes d’adoucir leur positionnement – souvent négatif – contre lui.

Ces nouveaux développements surviennent après que Nir Hefetz, ancien porte-parole de la famille de Netanyahu qui a signé une convention lui offrant le statut de témoin de l’accusation contre le Premier ministre, a soumis une nouvelle preuve, des documents et des enregistrements relatifs au processus législatif de la proposition dont l’objectif était d’entraver Israel Hayom en 2014.

Cette nouvelle preuve est considérée comme significative par les forces chargées de l’application de la loi, a fait savoir la Dixième chaîne. Elles vont dorénavant rouvrir le dossier, dont les conclusions ont d’ores et déjà été déposées par la police auprès du procureur-général, recommandant l’inculpation du Premier ministre pour pots-de-vins, fraude et abus de confiance.

Nir Hefetz devant le tribunal de Tel Aviv dans l’une des enquêtes impliquant Netanyahu, le 22 février 2018 (Crédit : / AFP PHOTO / JACK GUEZ)

Les nouveaux matériaux livrés par Hefetz comprennent des enregistrements de Sara, l’épouse de Netanyahu, et de leur fils Yair, selon la chaîne publique Kan.

Hefetz est entendu dans ces enregistrements parler à des gens qui n’ont pas encore été interrogés dans le cadre du dossier, ont établi les reportages diffusés à la télévision.

Le député de l’Union sioniste Eitan Cabel, à l’origine du projet de loi sur Israel Hayom, ferait partie des personnalités convoquées pour un interrogatoire supplémentaire après que des incohérences ont été décelées dans ses témoignages précédents.

Tzipi Livni, elle aussi de l’Union sioniste, sera convoquée pour témoigner même si elle n’est pas soupçonnée dans l’affaire.

« La police a conclu qu’il y a des preuves suffisantes contre le Premier ministre dans ce dossier pour des inculpations pour pots-de-vins, fraude et abus de confiance », disaient les recommandations policières qui ont été publiées au mois de février dernier.

A partir de 2009, « Netanyahu et Arnon Moses ont organisé des entretiens et des rencontres personnelles durant lesquelles ils ont discuté de l’aide qu’ils pouvaient respectivement s’apporter sur les termes d’un compromis leur permettant de faire avancer leurs intérêts particuliers », avait ajouté la police.

Eitan Cabel, député de l’Union sioniste, avec le quotidien Israel Hayom pendant une réunion de la commission de l’Economie de la Knesset, le 2 août 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

De plus l’enquête avait révélé que « les deux parties ont effectué des démarches actives pour promouvoir leurs intérêts respectifs en continuation des accords trouvés entre eux, ou ils se sont tout du moins assurés l’un et l’autre qu’ils avaient réalisé de telles démarches ».

La police avait fait savoir que Netanyahu avait offert son soutien à des mesures possibles, notamment à l’éventualité de faire disparaître Israel Hayom. Il avait également réfléchi à aider à tenter de faire plonger les chiffres de ses lecteurs et à faire annuler son édition du week-end. Le texte n’avait pas été adopté, le gouvernement s’étant effondré et de nouvelles élections ayant été organisées en 2015.

De plus, le Premier ministre a agi comme un agent au service du propriétaire de Yedioth Ahronoth auprès d’autres hommes d’affaires dans l’achat du Yedioth Ahronoth, lorsqu’il était ministre des Communications.

Netanyahu a nié tout méfait dans les deux dossiers.

Le Yedioth, qui était dans le passé le plus important tabloïd du pays, est souvent considéré comme critique de Netanyahu.

Depuis sa création, il y a une décennie, Israel Hayom a constamment soutenu le Premier ministre. L’appui sans faille qu’il a apporté à Netanyahu s’est illustré par la minimisation de ses échecs, la surexploitation de ses accomplissements et la prise pour cible de ses critiques. De plus, il s’est abstenu de faire l’éloge de ses adversaires.

Contraint par une ordonnance de la Cour suprême de révéler les dates de ses entretiens téléphoniques avec le propriétaire et rédacteur en chef d’une publication considérée comme fidèlement loyale envers lui, Netanyahu avait révélé l’année dernière qu’entre les années 2012 et 2015, il s’était entretenu avec le magnat juif américain des casinos Sheldon Adelson presque une fois par semaine et deux fois plus avec Amos Regev, qui était rédacteur en chef du journal Israel Hayom à l’époque.

Raoul Wootliff a contribué à cet article.

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