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Aide militaire française détournée en Egypte: une plainte déposée à Paris

La plainte de 2 ONG américaines vise les responsables français et égyptiens d'une opération antiterroriste de la France en Egypte qui aurait servi à des fins de répression interne

Un Égyptien agite un drapeau national au-dessus d'un rassemblement pro-militaire marquant le troisième anniversaire du soulèvement de 2011 sur la place Tahrir au Caire, en Égypte, le samedi 25 janvier 2014. (AP/Amr Nabil/File)
Un Égyptien agite un drapeau national au-dessus d'un rassemblement pro-militaire marquant le troisième anniversaire du soulèvement de 2011 sur la place Tahrir au Caire, en Égypte, le samedi 25 janvier 2014. (AP/Amr Nabil/File)

Deux ONG américaines ont déposé une plainte lundi à Paris visant les responsables français et égyptiens d’une opération antiterroriste de la France en Egypte qui aurait servi à des fins de répression interne, a-t-on appris de source proche du dossier.

Dans le détail, l’action des deux ONG, Egyptians Abroad for Democracy et Codepink, contre X et déposée au pôle crimes contre l’humanité du tribunal judiciaire de Paris, vise des « crimes contre l’humanité et torture ayant été commis par des responsables égyptiens » et une « complicité de crimes contre l’humanité par des responsables français », pour des faits qui dateraient de 2016 à 2019.

Selon des informations du média d’investigation Disclose datant de novembre 2021, la mission de renseignement française « Sirli », débutée en février 2016 au profit de l’Egypte au nom de la lutte antiterroriste, a été détournée par l’Etat égyptien qui s’est servi des informations collectées pour effectuer des frappes aériennes sur des véhicules de contrebandiers présumés, à la frontière égypto-libyenne.

Malgré les inquiétudes et alertes de certains responsables français sur les dérives de l’opération, les autorités françaises n’auraient pas remis en cause la mission, d’après Disclose citant des documents secrets.

Le ministère français des Armées a porté plainte pour « violation du secret de la défense nationale » et le parquet de Paris a ouvert une enquête.

A l’époque, le porte-parole du ministère français des Armées Hervé Grandjean avait indiqué qu’une « enquête interne » avait été lancée au sein des Armées « pour vérifier que les règles ont bien été appliquées » par les partenaires égyptiens.

Pour les plaignants, « les informations de géolocalisation collectées par la France ont rendu possible le bombardement sommaire par les forces égyptiennes de centaines de véhicules, tuant et blessant ainsi plusieurs centaines de civils, sans autre forme de procès ni vérifications plus avancées. »

« Malgré (les) avertissements » d' »opérateurs français » auprès de « leur hiérarchie », « l’Opération Sirli a été maintenue », dénoncent les plaignants.

L’avocate des plaignants, Me Louise Dumas, espère que le pôle crimes contre l’humanité « saura se saisir de cette opportunité pour mettre fin à l’impunité des crimes commis par le régime égyptien, dont des crimes de torture, avec l’aide d’acteurs français, tout cela dans le cadre opaque des contrats d’armement. Le confidentiel-défense ne peut être l’excuse systématique de l’impunité. »

Pour Mohamed Ismail, directeur de Egyptians Abroad for Democracy, la plainte vise à « combattre l’impunité du régime » de Abdel Fattah al-Sissi, au pouvoir depuis 2013.

Trois rapporteurs spéciaux de l’ONU ont été saisi en parallèle.

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