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Interview

Après la défaite d’Orban, Prague affirme qu’elle continuera à « défendre » Jérusalem

L’envoyé tchèque en Israël relance le débat sur un transfert d’ambassade à Jérusalem, quelle que soit la position de l’UE, et dénonce un sentiment anti-Israël de gauche "quasi religieux"

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le ministre tchèque des Affaires étrangères Petr Macinka à Jérusalem, le 14 avril 2026 (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel)
Le ministre tchèque des Affaires étrangères Petr Macinka à Jérusalem, le 14 avril 2026 (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel)

La République tchèque a « toujours, toujours » été un défenseur d’Israël au sein de l’Union européenne (UE) et le restera, a déclaré cette semaine le ministre tchèque des Affaires étrangères Petr Macinka au Times of Israel.

Macinka s’exprimait depuis son hôtel à Jérusalem mardi, quelques jours après la défaite électorale du Premier ministre hongrois Viktor Orbán, généralement considéré comme l’allié le plus fiable d’Israël en Europe.

Alors que la Hongrie devrait rester un allié fidèle d’Israël, le changement de direction place désormais la République tchèque en première ligne face aux pays de l’UE plus hostiles à Israël.

Depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre à Gaza, même des pays jusqu’alors proches d’Israël ont pris leurs distances. Ainsi, Giorgia Meloni, présidente du Conseil italien, a annoncé mardi, que Rome ne renouvellerait pas son accord de défense avec Israël.

En septembre, la Commission européenne, organe exécutif de l’UE, a proposé des sanctions contre des ministres israéliens d’extrême droite ainsi qu’une suspension partielle de l’accord d’association entre Israël et l’UE, invoquant des violations humanitaires présumées à Gaza. Cette initiative, qui requiert l’unanimité des États membres, n’a pas été adoptée et reste donc gelée.

Macinka, 47 ans, a assuré que son pays ne cachait pas sa position sur Israël à ses partenaires européens.

Le ministre tchèque des Affaires étrangères Petr Macinka (à gauche) rencontre le Premier ministre Netanyahu à Jérusalem, le 14 avril 2026. (Crédit : Maayan Toaf/GPO)

« Nous leur répétons sans cesse qu’il existe un lien particulier entre la République tchèque et Israël », a-t-il déclaré. « Nous entretenons une amitié ancienne et solide depuis des dizaines d’années, c’est pourquoi nous travaillons main dans la main avec le gouvernement israélien. Et nous discutons parfois des idées farfelues qui émanent de l’Union européenne. »

Depuis le début du conflit déclenché par les massacres meurtriers et l’invasion du 7-Octobre, la République tchèque s’est imposée comme l’un des soutiens les plus constants d’Israël, notamment aux Nations unies (ONU) et au sein de l’UE, souvent en coordination avec des pays comme la Hongrie, l’Autriche, l’Allemagne et la Roumanie.

Macinka a également souligné l’existence de formations politiques paneuropéennes pour lesquelles le soutien à Israël constitue un principe central. Le parti tchèque au pouvoir, ANO 2011, appartient au groupe des Patriotes pour l’Europe, qui rassemble des partis de droite et d’extrême droite.

« Tous adoptent une position assez ferme et très favorable à Israël », a-t-il affirmé. « Il existe une force qui comprend Israël, qui comprend la situation et qui comprend l’idéologie émanant de l’UE. »

Des dizaines de milliers de manifestants défilent pour exiger de leur gouvernement qu’il agisse davantage pour mettre fin à la campagne israélienne à Gaza, lors d’une manifestation à Amsterdam, aux Pays-Bas, le 5 octobre 2025. (Crédit : Peter Dejong/AP)

Macinka a attribué l’hostilité envers Israël en Europe à une « idéologie de gauche, quasi religieuse ».

« C’est une question de ‘politiquement correct’ », a-t-il déclaré. « Il s’agit d’un ‘humanitarisme’ hypertrophié. D’un côté, ils se veulent politiquement corrects, mais de l’autre, chaque phrase se termine par ‘Libérez la Palestine’. »

Qualifiant ce phénomène de « nouvelle forme d’antisémitisme », il a affirmé que les Européens pro-palestiniens « ne veulent pas comprendre Israël ».

Pour autant, il a estimé que de nombreux jeunes finiraient par évoluer avec le temps et s’éloigner de leurs positions de gauche.

« Je pense que c’est assez stupide. Ces gens ne comprennent pas le monde », a-t-il déclaré. « Quand ils grandiront, ils prendront conscience de la réalité. »

Projets de transfert de l’ambassade

Macinka a annoncé qu’il relançait le débat sur le transfert de l’ambassade tchèque à Jérusalem.

Prague avait ouvert une représentation diplomatique à Jérusalem en 2021, une initiative qui avait suscité des protestations de l’Autorité palestinienne (AP) et de la Ligue arabe. Après le pogrom du 7-Octobre, le Premier ministre de l’époque, Petr Fiala, avait déclaré que le transfert de l’ambassade de Tel Aviv à Jérusalem pourrait intervenir dans les mois suivants, avant de revenir sur cette position en mai dernier.

Le ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi et le Premier ministre tchèque Andrej Babis coupent le ruban lors de l’ouverture du bureau diplomatique de la république tchèque à Jérusalem, le 11 mars 2021. (Crédit : Lazar Berman)

« Soyons clairs : la République tchèque transférera son ambassade, car c’est la juste décision ; la question n’est pas de savoir ‘si’, mais ‘quand’ », avait indiqué Fiala lors d’une audition devant la chambre haute du Parlement tchèque. « Soyons patients, mais prêts à franchir ce pas dès que le moment sera venu. »

« Le débat est désormais ouvert, et j’espère qu’un jour nous aurons notre ambassade à Jérusalem », avait-il déclaré. « J’espère que non seulement nous, mais aussi de nombreux autres pays, y établirons leur ambassade. »

« Je me moque de la position de l’Union européenne sur cette question. »

La République tchèque serait le deuxième pays de l’OTAN à transférer son ambassade à Jérusalem, après les États-Unis, qui l’ont fait en 2018 sous la première administration de Donald Trump. Elle serait également le premier État membre de l’UE à franchir ce pas.

« Je me moque de la position de l’Union européenne sur cette question », a affirmé Macinka.

Il a par ailleurs rencontré le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le président Isaac Herzog et le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar lors de sa visite d’une journée à l’occasion de Yom HaZikaron. Celle-ci comprenait notamment une visite à Yad Vashem ainsi que sur le site d’une frappe meurtrière de missile iranien à Beit Shemesh.

Tentative de rouvrir le détroit d’Ormuz

Prague, a-t-il déclaré, est également prête à participer à un effort multilatéral visant à rouvrir le détroit d’Ormuz.

La République islamique d’Iran, en réponse à la campagne de bombardements américano-israélienne lancée le 28 février, a entravé la circulation des navires dans ce détroit stratégique, par lequel transite environ un cinquième des approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz.

Des navires et un bateau dans le détroit d’Ormuz, au large des côtes d’Oman, le 12 avril 2026. (Crédit : Reuters)

Un blocus américain des ports iraniens a débuté mercredi, alors qu’un cessez-le-feu était en vigueur.

« Pour la République tchèque, le détroit d’Ormuz est extrêmement important », a déclaré Macinka. « Sa fermeture par l’Iran a de graves répercussions non seulement dans la région, mais aussi sur notre pays et sur l’ensemble de l’Europe. Il est donc dans notre intérêt d’agir et de participer à une initiative. »

La contribution tchèque serait principalement symbolique, le pays, enclavé, ne disposant pas de marine.

Macinka a exprimé son soutien à une initiative franco-britannique visant à réunir plusieurs pays pour discuter d’une éventuelle mission multinationale chargée de maintenir le détroit ouvert.

Malgré l’escalade des critiques du président américain Donald Trump à l’égard de l’OTAN, il a déclaré ne pas craindre un effondrement de l’alliance transatlantique.

« Les Américains ne quitteront pas l’OTAN », a-t-il affirmé. « Ils en constituent la puissance stratégique. L’Europe devrait toutefois apprendre à se défendre davantage par elle-même. »

Le président Donald Trump brandissant la charte lors d’une cérémonie de signature dans le cadre de son initiative « Conseil de Paix » lors de la réunion annuelle du Forum économique mondial, à Davos, en Suisse, le 22 janvier 2026. (Crédit : Markus Schreiber/AP)

Il a également indiqué que Prague soutenait le plan en 20 points proposé par Trump pour Gaza, visant à mettre en place des cadres de gouvernance et de sécurité pour l’après-guerre dans l’enclave.

La République tchèque participe en tant qu’observatrice au Conseil de paix, l’organe créé par Trump pour superviser son plan de cessez-le-feu pour Gaza.

« C’est probablement le premier plan concret et réaliste pour Gaza », a-t-il estimé. « Il va au-delà de la seule question du cessez-le-feu. Il est ambitieux, mais réaliste. »

« Je considère donc que c’est clairement la bonne approche. »

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