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Après un an d’impasse, l’Irak a enfin un gouvernement

Les députés sont parvenus à élire le Kurde Abdel Latif Rachid à la présidence de la République. Ce dernier a chargé Mohamed Chia al-Soudani, un chiite, de former un gouvernement.

Cette photo fournie par le Bureau d'information du Parlement irakien montre les ministres du nouveau gouvernement irakien prêtant serment lors de la session parlementaire pour voter sur le nouveau gouvernement à Bagdad, en Irak, le 27 octobre 2022. (Crédit : Bureau d'information du Parlement irakien via AP)
Cette photo fournie par le Bureau d'information du Parlement irakien montre les ministres du nouveau gouvernement irakien prêtant serment lors de la session parlementaire pour voter sur le nouveau gouvernement à Bagdad, en Irak, le 27 octobre 2022. (Crédit : Bureau d'information du Parlement irakien via AP)

Après un an d’épreuves de force parfois sanglantes, l’Irak a désormais un gouvernement après que le Parlement a accordé sa confiance à l’équipe du nouveau Premier ministre Mohamed Chia al-Soudani, qui fait face à d’immenses défis politiques et économiques.

Ce scrutin marque une étape décisive dans la lente sortie de l’impasse politique où l’Irak, pays rongé par la corruption et l’instabilité, s’était fourvoyé il y a un an.

Depuis les législatives anticipées d’octobre 2021, les barons du chiisme politique n’arrivaient pas à s’entendre sur un nouveau président, ni à désigner un Premier ministre. Leur rivalité s’est parfois muée en affrontements armés.

Finalement, le 13 octobre, les députés sont parvenus à élire le Kurde Abdel Latif Rachid à la présidence de la République. Ce dernier a dans la foulée chargé Mohamed Chia al-Soudani, un chiite comme le veut la tradition, de former un gouvernement.

Jeudi soir, selon le bureau de M. Soudani, le gouvernement composé de 21 ministres « a obtenu la confiance de l’Assemblée nationale », lors d’un vote à main levée auquel la presse n’a pas été conviée.

M. Soudani, 52 ans, succède à Moustafa al-Kazimi, en poste depuis mai 2020. Il est porté par les partis pro-Iran du Cadre de coordination qui dominent l’Assemblée.

Conformément à son refus de participer au gouvernement, l’influent et imprévisible leader chiite Moqtada Sadr, ennemi juré du Cadre de coordination, n’est pas représenté dans ce cabinet.

Illustration : Des fidèles du chef chiite Moqtada Al Sadr entre les tombeaux sacrés de l’Imam Hussein et de l’Imam Abbas lors du pèlerinage d’Arbaïn à Kerbala, en Irak, le 19 octobre 2019. (Crédit : AP Photo/Hadi Mizban)

« Moment critique

Dans un Irak multiethnique et multiconfessionnel, les ministères sont répartis entre les partis issus des différentes communautés chiite, sunnite et kurde. Majoritaires en Irak, les chiites obtiennent un plus grand nombre de portefeuilles au gouvernement.

Sur les 21 ministères pourvus, 12 reviennent à des chiites soutenus par le Cadre de coordination, six à des responsables sunnites (dont la Défense), deux à des Kurdes (dont les Affaires étrangères) et un dernier à une chrétienne. Trois ministères seront occupés par des femmes.

« Notre équipe ministérielle va endosser sa responsabilité en ce moment critique où le monde est témoin d’énormes changements et conflits », a déclaré Mohamed Chia al-Soudani lors de son discours avant le vote des députés.

La mission de l’ONU en Irak a « salué » l’issue du scrutin.

Mais l’entrée en fonction du nouveau gouvernement est loin de signifier la fin du bras de fer entre le Cadre de coordination et Moqtada Sadr.

Le Cadre et M. Sadr ont protagonisé depuis les législatives de 2021 une violente lutte d’influence.

Leur rivalité a dégénéré en bataille rangée fin août à Bagdad. Plus de trente partisans sadristes ont été tués dans ces affrontements qui les ont opposés à l’armée et au Hachd al-Chaabi, d’anciens paramilitaires intégrés aux troupes régulières et qui représentent la frange armée du Cadre de coordination.

Comme l’explique Ihsan al-Shammari de l’université de Bagdad, Mohamed Chia al-Soudani et le Cadre de coordination auront intérêt à donner aux sadristes « des gages quant aux réformes » qu’ils exigent pour éviter de nouveaux bains de sang.

Dans son programme, M. Soudani s’engage à organiser « des élections anticipées dans un délai d’un an », répondant, sur le papier, à l’une des demandes de Moqtada Sadr.

Protestations en vue ?

Mais les Irakiens attendent surtout de leur nouveau gouvernement qu’il réponde à la grave crise sociale et économique. Dans ce pays riche en hydrocarbures, les délestages électriques sont quotidiens, près de quatre jeunes sur dix sont au chômage et un tiers de la population vit dans la pauvreté.

Le chef du gouvernement devra aussi s’atteler au budget 2022, qui n’a toujours pas été adopté, et répartir les 87 milliards de dollars de devises étrangères issus des exportations pétrolières qui dorment à la Banque centrale dans l’attente du nouveau gouvernement.

Un défi dans un Irak où la corruption et le népotisme sont omniprésents.

Plus généralement, insiste l’analyste Ali al-Baidar, le risque pour le gouvernement, s’il échoue, est de voir des « manifestations conjointes » mêlant les sadristes et les protestataires « inspirés du mouvement d’octobre », terme qui désigne la vague de contestation qui avait secoué l’Irak en octobre 2019.

A l’époque, les manifestations, réprimées dans le sang, vilipendaient « la corruption et l’incurie » des dirigeants irakiens, mais aussi « l’ingérence » de l’Iran.

Signe de l’ire toujours vive des contestataires, l’un des leurs, le député indépendant Ali al-Rikabi a explosé de rage pendant la séance au Parlement jeudi soir, vociférant contre « les mêmes partis au pouvoir depuis deux décennies », depuis la chute de Saddam Hussein en 2003.

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