Archéologie : Un immense site vieux de 9 000 ans découvert près de Jérusalem
Rechercher

Archéologie : Un immense site vieux de 9 000 ans découvert près de Jérusalem

Les vestiges du site néolithique, le plus grand jamais découvert en Israël, mêlent agriculture, chasse et élevage - une société à son apogée, estiment les archéologues

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

  • L'immense agglomération du néolithique découverte lors des fouilles archéologiques au carrefour de Motza, près de Jérusalem, par l'Autorité des antiquités. (Eyal Marco, Autorité israélienne des Antiquités)
    L'immense agglomération du néolithique découverte lors des fouilles archéologiques au carrefour de Motza, près de Jérusalem, par l'Autorité des antiquités. (Eyal Marco, Autorité israélienne des Antiquités)
  • Figurine représentant un bœuf âgé de 9 000 ans, découverte lors de fouilles archéologiques à Motza, près de Jérusalem. (Clara Amit, Autorité israélienne des Antiquités)
    Figurine représentant un bœuf âgé de 9 000 ans, découverte lors de fouilles archéologiques à Motza, près de Jérusalem. (Clara Amit, Autorité israélienne des Antiquités)
  • Le Dr Jacob Vardi, de l'Autorité israélienne des Antiquités, directeur des fouilles sur le site antique de Motza près de Jérusalem. (Yaniv Berman, Autorité israélienne des Antiquités)
    Le Dr Jacob Vardi, de l'Autorité israélienne des Antiquités, directeur des fouilles sur le site antique de Motza près de Jérusalem. (Yaniv Berman, Autorité israélienne des Antiquités)
  • Une pointe de flêche, âgée de 9 000 ans, découverte lors de fouilles archéologiques à Motza, près de Jérusalem. (Clara Amit, Autorité israélienne des Antiquités)
    Une pointe de flêche, âgée de 9 000 ans, découverte lors de fouilles archéologiques à Motza, près de Jérusalem. (Clara Amit, Autorité israélienne des Antiquités)
  • Morceaux de collier découverts sur le site archéologique de Motza, près de Jérusalem. (Yaniv Berman, Autorité israélienne des Antiquités)
    Morceaux de collier découverts sur le site archéologique de Motza, près de Jérusalem. (Yaniv Berman, Autorité israélienne des Antiquités)
  • Le Dr Hamoudi Khalaily, directeur des fouilles de l'Autorité israélienne des Antiquités sur le site de Motza, avec en main un bol du Néolithique. (Yaniv Berman, Autorité israélienne des Antiquités)
    Le Dr Hamoudi Khalaily, directeur des fouilles de l'Autorité israélienne des Antiquités sur le site de Motza, avec en main un bol du Néolithique. (Yaniv Berman, Autorité israélienne des Antiquités)

Un immense site du Néolithique – le plus grand jamais découvert en Israël et dans le Levant, selon les archéologues – est actuellement en cours de fouille avant la construction d’une autoroute à cinq kilomètres de Jérusalem, a-t-il été annoncé mardi.

Ce site vieux de 9 000 ans, situé près de la ville de Motza, représente le « Big Bang » de la recherche préhistorique sur les peuplements en raison de sa taille et de la préservation de ses vestiges, explique Jacob Vardi, co-directeur des fouilles de Motza pour le compte de l’Autorité israélienne des Antiquités (AIA).

« C’est un site qui changera radicalement ce que nous savons de l’ère du Néolithique », a déclaré M. Vardi. Certains chercheurs internationaux commencent déjà à se rendre compte que l’existence du site pourrait nécessiter une révision de leurs travaux, a-t-il dit.

« Jusqu’à présent, on croyait que la région de la Judée était vide, et que des sites de cette taille n’existaient que sur l’autre rive du Jourdain, ou dans le Levant Nord. Au lieu d’une zone inhabitée, nous avons trouvé un site complexe, où divers moyens économiques de subsistance existaient, et tout cela à seulement quelques dizaines de centimètres de profondeur », expliquent Vardi et le co-directeur Dr. Hamoudi Khalaily dans un communiqué de l’AIA.

Le Dr. Hamoudi Khalaily (à gauche) et le Dr. Jacob Vardi, directeurs des fouilles à Motza pour le compte de l’Autorité israélienne des Antiquités. (Yaniv Berman, Autorité israélienne des Antiquités)

Sur une distance d’environ un demi-kilomètre d’un point à l’autre, le site aurait abrité une population évaluée à quelque 3 000 habitants. En termes actuels, dit Vardi, la Motza préhistorique serait comparable à la stature de Jérusalem ou de Tel Aviv – « une vraie métropole ».

Selon un communiqué de presse de l’AIA, le projet a été initié et financé par la compagnie Netivei (la société nationale d’infrastructure de transport) dans le cadre du projet de la Route 16, qui comprend la construction d’une nouvelle route d’accès à Jérusalem depuis l’ouest à partir de la Route 1 de l’échangeur Motza vers la capitale.

Selon le co-directeur Khalaily, les habitants de cette ville avaient des liens commerciaux et culturels avec des populations très importantes, dont l’Anatolie, qui est à l’origine des objets en obsidienne découverts sur ce site. D’autres matériaux excavés indiquent une chasse intensive, de l’élevage et de l’agriculture.

Le Dr. Hamoudi Khalaily, directeur des fouilles de l’Autorité des antiquités sur le site de Motza, avec en main un bol du Néolithique. (Yaniv Berman, Autorité israélienne des Antiquités)

« La société était à son apogée » et semblait se spécialiser de plus en plus dans l’élevage de moutons, dit Khalaily.

En plus des outils préhistoriques tels que des milliers de pointes de flèches, de haches, de lames de faucilles et de couteaux, des hangars de stockage contenant de grandes réserves de légumineuses, surtout des lentilles, ont été découverts. « Le fait que les graines aient été préservées est étonnant à la lumière de l’âge du site », ont déclaré les archéologues.

A côté d’outils utilitaires, plusieurs petites statues ont été déterrées, dont une figurine en argile d’un bœuf et un visage de pierre, dont Khalaily plaisantait en disant qu’il s’agissait d’une représentation humaine « ou même extraterrestre ».

Figurine âgée de 9 000 ans représentant un visage humain, découverte lors de fouilles archéologiques à Motza près de Jérusalem. (Clara Amit, Autorité israélienne des Antiquités)

Dans les temps anciens – et non répertoriés comme aujourd’hui –, le site était situé sur les rives de Nahal Sorek et d’autres sources d’eau. La vallée fertile se trouvait sur un ancien chemin qui relie la région de Shefela (contreforts) à Jérusalem, a déclaré l’AIA. « Ces conditions optimales sont au cœur de l’implantation durable de ce site, depuis la période Epipaléolithique, il y a environ 20 000 ans, jusqu’à nos jours », indique le communiqué de presse.

« Des milliers d’années avant la construction des pyramides, ce que nous voyons dans la période du Néolithique, c’est que de plus en plus de populations ont choisi de vivre dans un habitat permanent », dit Vardi. « Ils migrent moins et se consacrent de plus en plus à l’agriculture. »

Parmi les éléments architecturaux mis au jour lors des fouilles, on trouve de grands bâtiments qui montrent des signes d’habitation, ainsi que ce que les archéologues identifient comme des salles publiques et des espaces utilisés pour le culte. Dans une courte vidéo publiée par l’AIA, l’archéologue Lauren Davis parcourt un sentier étroit entre les vestiges d’édifices – une ruelle préhistorique. « C’est très semblable à ce que l’on voit aujourd’hui dans les immeubles, séparés par des allées », dit Mme Davis.

Travaux d’excavation sur le site néolithique de Motza. (Yaniv Berman, Autorité israélienne des Antiquités)

Selon les archéologues, cette ruelle est « la preuve d’une planification avancée de la cité ». De même, les archéologues ont découvert que le plâtre était parfois utilisé pour créer des planchers et sceller diverses installations pendant la construction des domiciles et des bâtiments des habitants.

En plus des traces de vie, les archéologues ont découvert plusieurs tombes. Selon Davis, au milieu d’une strate datant d’il y a 10 000 ans, des archéologues ont découvert une tombe datant d’il y a 4 000 ans. « Dans ce tombeau se trouvent deux individus – des guerriers – qui ont été enterrés avec un poignard et une pointe de lance », dit-elle.

Le Dr. Jacob Vardi, de l’Autorité des antiquités, directeur des fouilles sur le site antique de Motza près de Jérusalem. (Yaniv Berman, Autorité israélienne des Antiquités)

« Il y a aussi une trouvaille étonnante, dit Davis, qui est un âne entier, domestiqué, qui a été enterré devant la tombe, probablement quand ils l’ont scellée ». L’âne, ajoute Vardi, était apparemment destiné à servir les guerriers du monde à venir.

Selon Amit Reem, l’archéologue du district de Jérusalem de l’AIA, malgré les travaux routiers, un pourcentage important du site préhistorique autour des fouilles est préservé et tout sera répertorié.

De nombreux bracelets ont été trouvés sur le site de fouilles de Motza. Leur taille montre qu’ils ont probablement été donnés à des enfants. (Yaniv Berman, Autorité israélienne des Antiquités)

Chaque structure architecturale est répertoriée à l’aide d’une modélisation 3D. « Quand nous aurons terminé les fouilles ici, dit Vardi, nous pourrons continuer à faire des recherches sur le site en laboratoire, ajoutant qu’il s’agit d’une utilisation sans précédent de cette technologie.

« De plus, l’AIA a l’intention de raconter l’histoire du site au moyen d’une exposition et d’illustrations. À Tel Motza, à proximité de ce site, des vestiges archéologiques sont préservés pour le grand public, et des activités de conservation et d’accessibilité sont menées à Tel Bet Shemesh et à Tel Yarmut », a annoncé le communiqué de l’AIA.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...