Arnaqué par les options binaires ? Voici quelques conseils pour récupérer votre argent
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‘Je les ai traqués jusqu’à ce qu’ils soient malades et fatigués de m’entendre’

Arnaqué par les options binaires ? Voici quelques conseils pour récupérer votre argent

Le Times of Israël a parlé à des dizaines de victimes des options binaires. Une petite minorité a réussi à retrouver son argent. Voici comment

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Une femme âgée donne son numéro de carte de crédit au téléphone. Illustration. (Crédit :  Istock Highway-starz photography)
Une femme âgée donne son numéro de carte de crédit au téléphone. Illustration. (Crédit : Istock Highway-starz photography)

Felicia, une mère célibataire de la région Asie Pacifique, est revenue chez elle un jour et a trouvé son fils adolescent en larmes. Espérant surprendre sa mère, il avait « investi » plus de 100 000 dollars, en utilisant ses cartes de crédit, dans ce qu’il pensait être un site honnête d’options binaires, et avait cru gagner de l’argent. Mais l’entreprise ne l’a pas laissé retirer l’argent de sa mère, ni les soi-disants gains, et il a réalisé tardivement qu’il avait été arnaqué par l’une des nombreuses sociétés frauduleuses d’options binaires qui sévissent depuis Israël.

Felicia a été sur internet et a demandé des conseils sur « Forex Peace Army », un site de défense des consommateurs spécialisé dans les industries du Forex et des options binaires. Un informateur anonyme lui a envoyé un message privé avec le nom et les informations personnelles du propriétaire du site d’options binaires, une information souvent gardée secrète dans cette industrie.

Felicia a commencé à envoyer des e-mails personnels au propriétaire en lui demandant de lui rendre son argent, et affirmant qu’elle se rendait à Tel Aviv pour le voir. Elle lui a demandé des nouvelles de ses animaux, et de son voyage en Amérique du Sud. Elle a sous-entendu qu’elle avait des contacts haut placés au ministère israélien de la Justice.

En deux semaines, le propriétaire du site internet a capitulé. « Je suis très déprimé, et je veux en finir avec ça », a-t-il écrit. Peu après, il lui a rendu tout son argent.

Felicia, qui nous a demandé de ne pas publier son vrai nom, est l’une des rares chanceuses. Selon l’Autorité des marchés financiers (AMF), près de 100 % des clients d’options binaires perdent une partie ou la totalité de leur argent.

Ceci est dû au fait que le revenu des entreprises provient directement des pertes des clients. Dans certaines entreprises, en particulier dans celles qui sont régulées à Chypre, des employés ont dit au Times of Israël que certains clients pouvaient retirer de l’argent s’ils refusaient un « bonus » – de l’argent « donné » au client par l’entreprise, qui, grâce à ses clauses en caractères minuscules, les encourage à acheter plus, et est ensuite utilisé comme prétexte pour les empêcher de retirer leurs fonds -, résistaient à des ventes agressives, et sont très catégoriques dans leurs demandes.

Le scénario le plus commun, et de loin, est cependant que les clients ne récupèrent leur argent uniquement s’ils menacent de dénoncer leur facture de carte de crédit ou s’ils ne causent d’une manière ou d’une autre de gros problèmes à l’entreprise.

Au cours des derniers mois, le Times of Israël a détaillé la fraude massive des entreprises israéliennes d’options binaires, en commençant en mars par un article intitulé « Les loups de Tel Aviv », et a estimé que l’industrie représente plus de 100 entreprises en Israël, dont la plupart sont frauduleuses et emploient diverses ruses pour voler l’argent de leurs clients.

Ces compagnies trompent leurs victimes en leur faisant croire qu’elles proposent des investissements lucratifs à court terme, mais dans l’écrasante majorité des cas, les clients finissent par perdre tout leur argent, ou presque et ce du jour au lendemain. Des milliers d’Israéliens travaillent dans ce domaine, qui aurait arnaqué des milliards de dollars à des victimes du monde entier pendant la dernière décennie.

La députée Karin Elharar, présidente de la commission de Contrôle de l'Etat de la Knesset, pendant une session sur la répression de la fraude des options binaires, le 2 janvier 2017. (Crédit : Luke Tress/Times of Israël)
La députée Karin Elharar, présidente de la commission de Contrôle de l’Etat de la Knesset, pendant une session sur la répression de la fraude des options binaires, le 2 janvier 2017. (Crédit : Luke Tress/Times of Israël)

Le bureau du Premier ministre a condamné en octobre les « pratiques sans scrupules » de l’industrie, et a appelé à son interdiction dans le monde entier.

En réponse aux articles du Times of Israël, la commission de Contrôle de l’Etat de la Knesset a organisé une session spéciale le 2 janvier sur l’échec du gouvernement à arrêter la fraude des options binaires.

La présidente de la commission, la députée Karin Elharar, du parti Yesh Atid, a demandé que la police commence à appliquer la loi contre les entreprises frauduleuses d’options binaires dès le prochain mois, et que l’Autorité des titres israélienne présente d’urgence un projet de loi permettant de fermer toute l’industrie.

Recouvrements

D’anciens employés d’entreprises d’options binaires ont dit au Times of Israël que le premier geste d’un client arnaqué devrait être d’essayer de revenir sur la transaction par carte de crédit. La menace même d’un recouvrement peut parfois permettre à un client de récupérer son argent, a déclaré Adam Nujidat, ancien employé d’une entreprise d’options binaires de Ramat Gan.

« Si l’entreprise dépasse un certain pourcentage de recouvrements, elle peut avoir des problèmes dans l’utilisation des cartes de crédits », a déclaré Nujidat, qui a témoigné en janvier devant la commission de la Knesset, « donc ils préfèrent parfois simplement rendre son argent à un client. Mais peu de clients d’options binaires savent même que cette option existe. »

Si l’entreprise ne vous rend pas votre argent, il faut contacter la société qui gère votre carte de crédit, ou la banque, et demander un recouvrement, en donnant comme raisons la fraude, le mensonge et l’abus de confiance, ont déclaré d’anciens de l’industrie. (Les vendeurs d’options binaires israéliens mentent quotidiennement sur leur identité, leur emplacement et leur expérience financière.)

Cartes de crédit. Illustration. (Crédit : Avatar)
Cartes de crédit. Illustration. (Crédit : Avatar)

« Ne payez personne pour vous aider à obtenir le recouvrement », a déclaré Mitch, qui a demandé que son vrai nom ne soit pas publié en raison de la nature discrète de son travail. « C’est quelque chose que vous devez faire vous-même. »

Si vous pensez avoir été arnaqué par une entreprise d’options binaires, a expliqué Mitch, vous devez d’abord essayer de négocier directement avec elle. Si, comme c’est souvent le cas, l’entreprise vous répond de placer plus d’argent pour récupérer vos investissements perdus, ne le faites pas, puisque vous ne reverrez probablement jamais cet argent-là non plus. Si l’entreprise refuse de vous rendre votre argent, vous aurez au moins des documents à montrer à votre banque pour prouver que vous avez tenté de bonne foie de récupérer vos fonds, a-t-il souligné.

Mitch a également conseillé aux clients arnaqués de fournir à leur banque autant de documents que possible pour démontrer les fausses promesses faites, mais de s’assurer de tout envoyer en un seul e-mail.

« Ne transférez pas juste plein d’e-mails à la banque. Prenez le temps d’organiser tous les documents en un seul fichier PDF. Si vous ne prenez pas le temps d’organiser vos preuves, l’employé de banque surmené ne fera probablement rien pour vous. »

Mitch a ajouté que si pouvez vous assurer de l’emplacement réel de l’entreprise d’options binaires qui vous a arnaqué, vous devez fournir l’information à la banque. Beaucoup d’entreprises d’options binaires affirment être en Angleterre ou en Ecosse. Si vous pouvez montrer qu’elles sont réellement en Israël, à Chypre ou en Bulgarie, cela renforcera votre dossier.

Le Times of Israël a parlé à plusieurs victimes de la fraude des options binaires qui ont pu récupérer leur argent simplement en donnant les vrais noms et adresses des propriétaires de l’entreprise.

Une victime britannique, qui a perdu 35 000 dollars à cause d’une entreprise de Tel Aviv, a engagé un détective privé pour trouver l’identité et l’adresse de l’entreprise. Il a ensuite écrit l’e-mail suivant : « Ecoutez, je sens l’odeur puante de l’arnaque, des transactions non autorisées faites depuis un autre pays alors que je pensais que vous étiez au Royaume-Uni. Mes contacts à Tel Aviv, par le fruit d’un hasard total, sont très nombreux. Vous pourriez bientôt avoir la chance de me recevoir en visite en décembre à Ramat Gan. »

Le quartier de la bourse du diamant à Ramat Gan, où sont situées de nombreuses entreprises d'options binaires, le 23 juin 2015. Illustration. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Le quartier de la bourse du diamant à Ramat Gan, où sont situées de nombreuses entreprises d’options binaires, le 23 juin 2015. Illustration. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

La victime arnaquée a ensuite donné l’adresse de l’entreprise et le nom du président de l’entreprise, un citoyen israélien. Il a rapidement récupéré son argent.

Une autre victime, de Finlande, s’est rapprochée de l’autorité des marchés finnoise après ses pertes. Elle lui a demandé que l’Autorité des titres israélienne (ATI) lance une enquête. Dès qu’elle a informé l’entreprise de ce qu’elle avait fait, il lui a été proposé de récupérer tout son argent.

En effet, l’ATI a dernièrement été « inondée » d’appels personnels de victimes des options binaires qui demandent au régulateur public israélien de les aider à récupérer leur argent. L’ATI a annoncé qu’elle lancerait une enquête au nom des clients arnaqués si, et uniquement si, elle recevait une demande officielle du régulateur public du pays de la victime.

La commission du Contrôle de l’Etat de la Knesset est en train d’entendre les témoignages des victimes des options binaires, en particulier de ceux qui se sont plaints auprès de la police israélienne. Si vous avez été victime des options binaires et avez porté plainte auprès de la police, la commission voudrait savoir quelle réponse la police a faite à votre plainte, si elle a répondu.

Suivre l’argent

Jusqu’à ce que le gouvernement israélien et les autres autorités ne s’attaquent aux entreprises frauduleuses d’options binaires (Israël finalise une législation visant à fermer toute l’industrie du pays), Mitch, qui travaille chez Wealth Recivery International, conseille aux clients arnaqués de s’en prendre aux entreprises de deux manières : en faisant pression sur les courtiers eux-mêmes, et en faisant pression sur les banques et les entreprises qui réalisent le paiement par carte de crédit.

« Même si vous trouvez le nom du propriétaire de l’entreprise, ils peuvent n’en avoir rien à faire, parce qu’ils ont des avocats pour s’occuper de ça. Mais si vous pouvez trouver le vrai nom du ou des courtiers avec qui vous avez traité, cela fait paniquer les vendeurs », a déclaré Mitch en racontant comment son entreprise a récupéré 1,5 million de dollars pour l’homme d’affaires américain Steve Koel en faisant parvenir des lettres de demande aux domiciles personnels de plusieurs courtiers.

« Une autre technique qui marche est de suivre l’argent et de faire pression sur les banques où l’argent des options binaires est planqué », a indiqué Mitch.

Mike B., un auditeur de l’Ohio, aux Etats-Unis, qui a perdu près de 25 300 dollars à cause d’une entreprise d’options binaires ayant des bureaux en Israël, a pu obtenir de récupérer son argent quand il a commencé à poser des questions sur la manière dont l’entreprise gérait ses paiements.

Il a remarqué que, sur sa facture de carte de crédit, c’était une entreprise intitulée « Grey Mountain Management », située à Ulysses House, Foley Street, à Dublin, en Irlande. Cette entreprise, a-t-il vu, affirmait fournir un service de « marque blanche » à des dizaines de sites internet d’options binaires, et donnait le nom de ses directeurs : Liam Grainger et Ryan Coates.

Il a remarqué que Liam Grainger avait été le directeur de dizaines d’autres entreprises, dont Narect Ltd. et Coral Petroleum Ltd., une entreprise qui a récemment été au centre d’un conflit à deux milliards de dollars entre des oligarques russes, ainsi que de Multisports & Image Management (M.I.M), une entreprise au cœur d’un scandale fiscal impliquant la star du Real Madrid, Cristiano Ronaldo. Bizarrement, il semble y avoir des centaines d’entreprises situées au troisième étage de Ulysses House à Dublin, dont beaucoup partagent le même petit groupe de directeurs.

Malgré sa modestie, cet immeuble de quatre étages du centre de Dublin, Ulysses House, est l'adresse officielle de centaines d'entreprises. (Crédit : capture d'écran Google Street View)
Malgré sa modestie, cet immeuble de quatre étages du centre de Dublin, Ulysses House, est l’adresse officielle de centaines d’entreprises. (Crédit : capture d’écran Google Street View)

Mike a appelé Grey Moutain Management pour se plaindre de son expérience avec l’entreprise d’options binaires israéliennes. Il a parlé à une femme qui s’est présentée comme Danielle Earle. Il a écrit à Liam Grainger et à Ryan Coates, mais après son premier e-mail, ils ont commencé à lui revenir. Il a néanmoins récupéré son argent.

« Je les ai pourchassés jusqu’à ce qu’ils en soient malades, et fatigués de moi. Grey Mountain Management m’a rendu tout mon argent. »

Eugene Williams, employé de banque d’Afrique du Sud qui a perdu plus de 27 000 dollars à cause d’une entreprise d’options binaires basée en Israël, a également vu les mots « Grey Mountain Management » sur son relevé bancaire après avoir fait un virement à un site d’options binaires appelé Edgedale Finance.

Il a demandé au département de la fraude de sa banque, Nedbank, de vérifier l’identité de la banque qui avait encaissé l’argent au nom de Grey Mountain Management. Mais malgré les efforts de la banque, il n’a pas pu obtenir cette information.

Grey Mountain Management n’a pas répondu aux demandes du Times of Israël.

Mitch, de Wealth Recovery International, reconnait que faire pression sur les vendeurs d’options binaires ou les entreprises intermédiaires ne fonctionne pas toujours.

« Parfois, vous devez aller jusqu’au litige. Si vous engagez un avocat israélien, vérifiez auprès de l’Association du barreau d’Israël qu’il est légitime, et essayez d’obtenir des recommandations dont les histoires vous semblent sincères, a-t-il déclaré. Trop de victimes ont été contactées par des personnes promettant de leur rendre leur argent. Et cela s’est révélé être une autre arnaque. »

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