Au cœur de la décision surprise de Nita Lowey de quitter le Congrès
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Au cœur de la décision surprise de Nita Lowey de quitter le Congrès

Après 32 ans au Capitole, une militante pro-israélienne affirme que les inquiétudes suscitées par la diminution du soutien des démocrates à Israël sont "exagérées"

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

La représente démocrate de New York Nita Lowey, présidente de la puissante Commission du budget à la chambre des représentants, à Washington, le 9 avril 2019. (Crédit : AP Photo/Andrew Harnik)
La représente démocrate de New York Nita Lowey, présidente de la puissante Commission du budget à la chambre des représentants, à Washington, le 9 avril 2019. (Crédit : AP Photo/Andrew Harnik)

WASHINGTON – Lorsque Nita Lowey est arrivée au Congrès en 1988, les femmes représentaient moins de 7 % de la Chambre des représentants. Aujourd’hui, elles représentent 23 % de la Chambre (et un quart du Sénat), le plus grand nombre jamais enregistré dans l’histoire de Washington.

Le Jewish New York Democrat a joué un rôle non négligeable dans l’ascension des femmes politiques aux postes de pouvoir et d’influence au Capitole.

Au début des années 2000, elle a été la première femme à présider le Comité de la campagne du Congrès démocrate. En 2019, elle est devenue la première femme à présider le puissant Comité des crédits de la Chambre des États-Unis, qui détient les « cordons de la bourse » et est chargée d’adopter le budget fédéral et d’approuver les dépenses officielles du gouvernement – y compris l’aide étrangère.

La position de Lowey lui a permis de jouer un rôle clé dans la négociation de la fin du plus long arrêt des activités gouvernementales de l’histoire du pays l’an dernier.

Pourtant, au sommet de sa carrière, elle en a surpris plus d’un lorsqu’elle a annoncé le mois dernier qu’elle se retirerait du Congrès après le prochain cycle électoral.

« C’était pendant les Fêtes juives, en fait », a-t-elle dit au Times of Israel, en expliquant sa décision. « J’étais assise à la synagogue à Yom Kippour et j’ai beaucoup réfléchi. »

Les élus démocrates Nita Lowey et Eliot Engel de l’Etat de New York interviennent lors de la conférence annuelle de l’AIPAC, le 25 mars 2019. (Crédit : AIPAC via JTA)

Son départ signifie aussi quelque chose d’autre pour les couloirs du Congrès : le départ de l’un des défenseurs d’Israël les plus solides et les plus traditionnellement favorables. Elle s’est fait l’avocate sans relâche d’une assistance militaire accrue à Israël, ainsi que d’une solution à deux États.

« Je suis au Congrès depuis longtemps », a dit Lowey. « Ce fut un privilège pour moi d’être à la tête du Comité des crédits de la Chambre et de présider le sous-comité sur les [opérations] étrangères, où j’ai pu travailler sur les questions concernant Israël et d’autres questions directement liées à la sécurité d’Israël. Mais j’ai décidé que le moment était venu. »

« Franchement, a-t-elle ajouté, je n’aurais jamais imaginé faire partie du Congrès pendant 32 ans. »

L’évolution du paysage du Congrès

Le départ à la retraite de Lowey survient à un moment tumultueux de l’histoire du pays. Le président américain Donald Trump fait actuellement l’objet d’une enquête de destitution pour avoir supposément exercé des pressions sur le président ukrainien Volodymyr Zelensky pour qu’il enquête sur son adversaire politique intérieur, l’ancien vice-président Joe Biden.

Lowey, pour sa part, soutient la destitution du président. « Oui, d’après les informations dont je dispose, je voterais oui », a-t-elle dit.

Mais elle ne dit pas si elle pense que la Chambre finira par approuver la destitution et forcera le Sénat à ordonner la tenue d’un procès.

« J’ai appris à faire face à la réalité d’un vote et à ne prédire aucun résultat », a-t-elle dit. « Je ne ferais pas cela, mais j’espère qu’il y aura un vote équitable et que de nombreux républicains se joindront aux démocrates pour reconnaître que Donald Trump n’est pas qualifié pour être président des États-Unis. Son comportement est une honte. »

En même temps, son départ à la retraite intervient alors que les points de vue et les attitudes à l’égard de la politique israélo-américaine semblent changer à Washington.

Trois des quatre principaux candidats démocrates à la présidence – la sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren, le sénateur du Vermont Bernie Sanders et le maire de South Bend Pete Buttigieg – ont déclaré qu’ils envisageraient d’utiliser l’aide américaine à Israël pour faire pression sur le pays afin qu’il abandonne sa politique d’implantations en Cisjordanie et entame des négociations de paix avec les Palestiniens.

L’actuel leader Biden, pour sa part, a qualifié l’idée de « scandaleuse ».

Lowey a exprimé un désarroi similaire à l’égard de la proposition. « Je suis très préoccupée non seulement par les commentaires de Bernie, mais aussi par ceux d’Elizabeth Warren », a-t-elle dit. « Je pense qu’il est important de se rappeler – et je rappelle à mes collègues – que le financement à Israël n’est pas un cadeau ou de la charité. »

« Une part importante du financement que nous fournissons revient aux États-Unis sous forme d’achat d’équipement militaire américain », a-t-elle poursuivi. « Les États-Unis et Israël s’associent pour développer des capacités de missiles de pointe qui contribuent à la sécurité nationale de nos deux pays. Ainsi, avec les tensions qui éclatent dans presque toutes les zones du Moyen Orient, nos relations avec Israël, à mon avis, sont plus importantes que jamais. »

Le candidat démocrate à la présidentielle et ancien vice-président Joe Biden durant une rencontre à la mairie, à Fort Dodge, dans l’Iowa, le 31 octobre 2019 (Crédit : AP Photo/Charlie Neibergall)

Bien que Lowey ne se soit pas prononcée en faveur d’un candidat en particulier, elle a déclaré qu’elle était actuellement en faveur de Biden pour la présidentielle de 2020.

« Si je devais voter aujourd’hui, je soutiendrais le vice-président Biden », a-t-elle dit. « Mais je n’ai pas de favori dans cette course pour le moment. J’écoute très attentivement toutes leurs positions, et couper l’aide est une chose à laquelle je m’opposerais. »

Notamment, elle n’a pas voulu donner son appui à un candidat démocrate, quel qu’il soit.

« Je ne peux pas prendre cette décision », a-t-elle dit. « Je le ferais probablement. Si c’est un choix entre l’un ou l’autre – écoutez, je peux parler des aspects positifs de Buttigieg et des autres, mais voyons où nous allons. Une chose est claire : nous devons vaincre le président Trump pour le bien du pays, pour le bien du monde. »

Mme Lowey a reconnu qu’elle partageait certaines des préoccupations de ses collègues démocrates selon lesquelles Israël s’apprête à annexer la Cisjordanie – le Premier ministre Benjamin Netanyahu a promis d’étendre la souveraineté israélienne aux implantations durant les dernières élections – mais a dit qu’elle ne pensait pas qu’une réduction de l’aide serait productive.

« Je me suis prononcée ouvertement contre l’annexion », a-t-elle précisé. « Couper l’aide n’y changera rien, mais la diplomatie oui. »

Certains démocrates et activistes progressistes ont estimé qu’Israël agissait dangereusement concernant l’expansion des implantations – et que les Etats-Unis devraient agir dans leur intérêt à long-terme en empêchant cela.

Le Major Tom Scott, commandant d’une batterie de défense antimissile Dôme de fer, se tient devant l’un des systèmes sur une photo non datée. (Armée israélienne)

Dans l’interview, Lowey a également voulu repousser la perception selon laquelle le Parti démocrate se déplace vers la gauche en ce qui concerne Israël. Les points de vue de la représentante du Minnesota, Ilhan Omar, et de la représentante du Michigan, Rashida Tlaib, qui soutiennent chacune le mouvement de boycott d’Israël, sont marginaux, a-t-elle dit.

« Les inquiétudes concernant la diminution du soutien démocrate, je pense, sont exagérées », a déclaré Mme Lowey. Elle a cité une résolution adoptée en juillet qui condamnait le BDS et affirmait son soutien à une solution à deux États. Trois cent quatre-vingt-dix-huit membres du Congrès ont voté en sa faveur, dont 209 démocrates.

Le problème, a-t-elle fait valoir, n’est pas que les démocrates s’éloignent d’Israël, mais que Trump et le Parti républicain essaient de politiser Israël et de l’utiliser pour créer un fossé entre démocrates.

« Depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, la Maison Blanche et les républicains au Congrès n’ont cessé de recourir à des tactiques politiques pour faire d’Israël une question partisane », a-t-elle dit, citant les déclarations répétées de Trump selon lesquelles les démocrates « haïssent Israël et tout le peuple juif ».

« Cela risque d’engendrer une relation délicate qui nuira à la sécurité nationale des deux pays », a ajouté Mme Lowey.

Quelle est la prochaine étape ?

La congressiste a dit que ses projets de retraite sont, pour l’essentiel, de n’avoir aucun projet. Son mari, l’avocat Stephen Lowey, a pris sa retraite il y a plusieurs années, et les deux ont l’intention de voyager et de passer du temps avec leurs trois enfants et leurs huit petits-enfants.

Il y a au moins un sujet, a-t-elle dit, pour lequel elle sera toujours impliquée : la lutte contre la montée de l’antisémitisme aux États-Unis et dans le monde.

Le rabbin Jeffrey Myers, au centre, de la Congrégation Tree of Life/Or LeSimcha, est réconforté après avoir dit une prière pour les âmes des défunts lors de la commémoration de l’attaque de la synagogue Tree of Life, le dimanche 27 octobre 2019, à Pittsburgh. (AP Photo/Rebecca Droke)

Selon le American Jewish Committee, neuf Juifs américains sur dix estiment que l’antisémitisme est un problème dans le pays, avec la crainte généralisée qu’il ne s’aggrave.

Cette enquête fait suite à la découverte, l’an dernier, par l’Anti-Defamation League (ADL), que les incidents antisémites de 2017 – l’année la plus récente pour laquelle des données sont disponibles – ont fait un bond de près de 60 % par rapport à 2016. Il s’agit de la plus forte augmentation en un an jamais enregistrée depuis que l’ADL a commencé à suivre ces données en 1979.

Elle a également eu lieu un an après le massacre à la synagogue Tree of Life de Pittsburgh, au cours duquel 11 Juifs ont été assassinés lors de la plus meurtrière attaque antisémite sur le sol américain.

Mme Lowey, qui a créé le Groupe de travail bipartite de la Chambre pour lutter contre l’antisémitisme [House’s Bipartisan Task Force for Combating Anti-Semitism] avec plusieurs de ses collègues en mai 2015, a déclaré qu’elle demeurera engagée envers la cause, même si elle ne sait pas encore comment.

« Je suis très préoccupée par l’augmentation de l’antisémitisme », a-t-elle dit. « Que ce soit au Congrès ou non, j’ai toujours été très impliquée dans cette question, et je vais continuer à y travailler. »

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