Au nord, la routine reste imperturbable, malgré les craintes de représailles
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Au nord, la routine reste imperturbable, malgré les craintes de représailles

Le maire de Metula, ville au cœur de l'opération, affirme que seuls certains fermiers sont impactés par l'opération, mais l'armée reste en état d'alerte

Des soldats israéliens devant un véhicule militaire près de Metula, le 4 décembre 2018. (Crédit : JALAA MAREY / AFP)
Des soldats israéliens devant un véhicule militaire près de Metula, le 4 décembre 2018. (Crédit : JALAA MAREY / AFP)

Les Israéliens qui résident à la frontière libanaise ont déclaré mardi matin qu’ils tentaient de maintenir un semblant de normalité, alors que les forces israéliennes ont annoncé le lancement d’une opération d’envergure destinée à détruire les tunnels transfrontaliers et établi une zone militaire fermée dans le secteur.

Bien que les responsables de la sécurités craignent que le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah tente de réagir à l’opération avec des attaques transfrontalières, les autorités dans le nord du pays ont conseillé aux résidents de maintenir leurs activités quotidiennes.

David Azoulay, maire de Metula, une ville frontalière qui compte 1 600 habitants et qui est au coeur de la zone militaire fermée, a déclaré que la vie suivait son cours et que les seuls impactés par l’opération étaient les fermiers qui possèdent des terres à la frontière. Ils ont reçu l’instruction de ne pas travailler dans leurs vergers, a indiqué Ynet.

« Les écoles maternelles, les crèches, le Canada Center [patinoire], tout fonctionne normalement », a assuré Azoulay. « Le Commandement du Nord [de l’armée israélienne] m’a tenu au courant pendant la nuit, l’opération a commencé avant l’aube. Je suis en contact permanent avec les résidents et nous donnerons des mises à jour toutes les heures. »

Le conseil régional de Metula a ouvert une salle de crise mais a indiqué qu’elle n’était pas opérationnelle pour le moment. Le personnel a été mis au courant de la situation et se rendra disponible si besoin, a indiqué Ynet.

Asher Greenberg, un fermier de Metula, a déclaré à la radio militaire qu’il cueillait des pommes dans son verger sans craintes et a estimé pour sa part que « ni le Hezbollah ni les Iraniens ne cherchent les problèmes ».

Menachem Horowitz, un journaliste qui vit à Kiryat Shmona, a également déclaré que la vie suivait son cours. « Il ne se passe rien en territoire libanais, les habitants du nord vivent tranquillement leur vie pacifique », a-t-il confié à la radio militaire.

Des soldats israéliens devant une machine d’excavation près de Metula, à la frontière avec le Liban, le 4 décembre 2018. (Crédit : JALAA MAREY / AFP)

L’armée a déclaré que l’opération se limitait au territoire israélien pour le moment, mais qu’elle devrait prendre davantage d’ampleur dans les jours à venir, suggérant que des soldats pourraient avoir à traverser la frontière pour se rendre au Liban.

Les responsables de la sécurité en Israël ont mené des évaluations sécuritaires pour prédire la réaction du Hezbollah à l’opération de l’armée israélienne, mais la plupart des analystes estiment que les risques d’une escalade sont très minces – hormis Yossi Kuperwasser, ex-chef de la division de recherche du renseignement militaire de Tsahal, qui a affirmé qu’il y avait « un fort risque d’escalade et Israël doit donc agir avec vigilance ».

L’armée a renforcé sa présence au nord, mais n’a pas mobilisé les soldats de réserve.

L’opération a été lancée après des années de plaintes par les résidents qui affirment que le Hezbollah, groupe terroriste libanais soutenu par l’Iran, pourrait creuser des tunnels souterrains. L’armée avait rejeté ces plaintes.

« Pendant des années, j’ai averti qu’il y avait des tunnels à la frontière, et c’était bien connu, je ne suis pas vraiment surpris », a déclaré Gadi Shabtai, du kibboutz Rosh Hanikra au site Walla. « Pour moi, il est clair qu’au fil des ans [l’armée] a tenté de cacher ce problème, pour ne pas semer la peur et la panique chez les résidents du nord, aux abords de la ligne de confrontation. Nous avons prévenu il y a longtemps que les tunnels creusés au fil des ans atteignent la frontière, et que tout ce qu’il restait à faire, c’était de creuser les quelques derniers mètres et de traverser » la frontière.

« Nous ne sommes pas surpris », a affirmé Sivan Yechiel, un membre d’une communauté locale. « Nos résidents ont été très préoccupés, et le sont toujours. »

L’armée a refusé de donner une estimation sur le nombre de tunnels ni sur leur taille, mais a indiqué que l’opération pourrait prendre quelques semaines.

Azoulay, maire de Metula, était un officier dans le Corps du Génie militaire de l’armée israélienne. Il a, dans le passé, affirmé qu’il n’y avait aucun tunnel, en raison de la difficulté à creuser dans le terrain rocailleux, a indiqué un article de Ynet.

Un véhicule de construction israélien passe à côté d’un mur de béton en construction le long de la « Ligne bleue » séparant Israël et le Liban, alors que des membres des Forces armées libanaises observent depuis une tour de garde, près de la ville israélienne de Rosh Hanikra, le 5 septembre 2018. (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)

« Aujourd’hui, j’ai regardé à nouveau, et la terre est très difficile à creuser ici », a déclaré Azoulay. « Là où ils regardaient à mon époque, il n’y avait pas de tunnels, et je suis ravi qu’ils les aient trouvés et qu’ils neutralisent la menace. »

Israël a mené une guerre sévère contre le Hezbollah en 2006. Suite à cette guerre, qui a donné lieu à des milliers de tirs de roquettes sur le nord d’Israël, la région frontalière connait un calme relatif.

Si certaines flambées de tensions ont pu éclater depuis, elles étaient quasiment toujours dirigées contre des soldats israéliens en exercice à la frontières, et ont été rapidement contenues.

Ces dernières années, l’armée israélienne et le ministère de la Défense ont renforcé les défenses le long de la frontière israélo-libanaise : construction de bermes, débroussaillage de toute la végétation, création de falaises artificielle et construction d’un mur de béton de neuf mètres de haut.

Ces barrières sont censées à la fois protéger les civils et les soldats israéliens des attaques de snipers et empêcher l’infiltration des agents du Hezbollah en Israël.

Selon un haut-responsable de l’armée israélienne, il y a près de sept ans, le Hezbollah a créé une unité de forces spéciales, l’unité Radwan, chargée précisément de traverser la frontière israélienne et de faire un maximum de dégâts, à la fois dans le but de détruire et pour la « symbolique » d’une attaque de ses troupes en territoire israélien.

A photo of Nasrallah on the fence of the Lebanese border, 2008 (photo credit: Hamad Almakt/Flash 90)
A photo of Nasrallah on the fence of the Lebanese border, 2008 (photo credit: Hamad Almakt/Flash 90)

Un porte-parole de l’armée israélienne, le lieutenant-colonel Jonathan Conricus, a indiqué aux journalistes que ces « tunnels d’attaque » n’étaient pas encore opérationnels et que la population du nord d’Israël n’était pas menacée.

« Nous considérons les activités du Hezbollah comme une violation flagrante de la souveraineté israélienne, et cela prouve une nouvelle fois le mépris total du Hezbollah pour les résolutions des Nations unies », a-t-il dit.

Ces tensions surviennent quelques heures après que le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est envolé pour Bruxelles, où il a rencontré le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo pour discuter de la menace iranienne aux frontières d’Israël, ce qui semble faire référence au Hezbollah.

Israël a souvent averti que le Hezbollah prévoyait de mener des raids transfrontaliers en cas de conflit, dans le but précis de conquérir une ville civile près de la frontière.

Judah Ari Gross et Raphael Ahren ont contribué à cet article.

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