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Au Qatar, on apprécie son bagel casher

Pour les haredim, manger casher pendant la Coupe du monde implique de se rendre dans une chambre d'hôtel secrète, où un rabbin Habad distribue des sandwichs, non sans fierté

Eli Chitrik, 21 ans, tenant un bagel casher mis gratuitement à la disposition des fans juifs qui assistent à la Coupe du monde à Doha, au Qatar, le 23 novembre 2022. (Crédit : Ash Obel/The Times of Israel)
Eli Chitrik, 21 ans, tenant un bagel casher mis gratuitement à la disposition des fans juifs qui assistent à la Coupe du monde à Doha, au Qatar, le 23 novembre 2022. (Crédit : Ash Obel/The Times of Israel)

DOHA, Qatar – La capitale du Qatar possède plus que sa part de restaurants étoilés au Michelin, mais le restaurant le plus exclusif de Doha pourrait bien se trouver dans une chambre d’hôtel secrète ou sont servis des bagels casher aux fans juifs venus assister à la Coupe du monde.

Pour se rendre dans le premier établissement casher du Qatar, il faut quitter les lumières et les gratte-ciel de Doha à une distance de 15 minutes en voiture pour se rendre dans un hôtel. Mais quel hôtel ? Pour des raisons de sécurité, cela doit rester « secret ».

Dans le hall en marbre de l’hôtel, les habitants se pressent autour d’une télévision qui diffuse un match de la Coupe du monde de football, sans se rendre compte que le bâtiment est le lieu d’une première historique pour la vie juive au Qatar.

Derrière une porte d’hôtel sans prétention – dont l’emplacement a été communiqué par WhatsApp aux personnes choisies – on trouve deux caisses orange fournies par Qatar Airways, remplies de bagels emballés, chacun portant un tampon indiquant qu’il a été préparé conformément aux lois alimentaires juives.

Derrière la porte se trouve également le rabbin Eli Chitrik, 21 ans, qui gère discrètement cette opération, permettant aux Juifs religieux présents pour la Coupe du monde d’avoir accès à de la nourriture casher, le tout gratuitement, et vraisemblablement grâce à un sponsor anonyme.

« Jusqu’à présent, j’ai servi une dizaine de personnes aujourd’hui », a déclaré Chitrik au Times of Israel, avec toute la panoplie du parfait religieux étalé sur le lit à côté de lui.

Il a ajouté que chacun des visiteurs a ramené de la nourriture pour ses amis et sa famille. « Il y a beaucoup de monde. »

Derrière une porte d’hôtel sans prétention dans le quartier Al-Sadd de Doha se trouve le premier établissement casher du Qatar, le 23 novembre 2022. (Crédit : Ash Obel/Times of Israel)

La réunion clandestine dans une chambre d’hôtel sombre peut paraître un tantinet illicite, mais Chitrik a insisté sur le fait que toute l’opération était au niveau, rejetant les informations qui ont fait surface plus tôt dans la semaine affirmant que la nourriture casher avait été interdite par les autorités du Qatar.

« Fake news. C’était une blague. J’ai trouvé ça drôle. J’ai vu l’article alors que j’étais dans une cuisine casher, c’est pourquoi j’ai trouvé ça amusant. Mon père m’a envoyé l’article, alors je lui ai envoyé une photo de moi dans la cuisine casher », a-t-il déclaré.

Campagne de diffamation

Actuellement, le Qatar n’a aucune relation avec Israël, et son radiodiffuseur public, Al Jazeera, souvent accusé de servir la politique étrangère du Qatar, a longtemps adopté une ligne dure contre l’État juif.

Le père d’Eli, le rabbin Mendy Chitrik, de la communauté ashkénaze de Turquie et président de l’Alliance des rabbins dans les États islamiques, a déclaré qu’un manque de pro-activité de la part du monde juif pour « investir » dans la nourriture casher pour les visiteurs de la Coupe du monde a donné la fausse impression qu’il n’y en aurait pas lors du tournoi. Il a ajouté que ce n’est que grâce à l’intervention de dernière minute du rabbin Marc Schneier qu’un peu de nourriture casher a pu être mise à disposition.

« C’est vraiment louable. Ce n’est peut-être pas un repas 5 étoiles, mais au moins les gens auront des produits de base casher », a déclaré l’aîné des Chitrik, qui a mis en place l’opération avec Schneier, une figure de proue impliquée dans la création de liens entre Juifs et musulmans dans le Golfe.

Un bagel casher aux légumes grillés fourni aux fans juifs de la Coupe du monde en visite à Doha, au Qatar, le 23 novembre 2022. (Crédit : Ash Obel/The Times of Israel)

Chaque jour, Eli Chitrik supervise le personnel de cuisine de Qatar Airways qui prépare 100 bagels. Le menu de mercredi comportait deux options : un bagel au levain avec des olives, des légumes grillés, du houmous et de la roquette, et une deuxième option avec du poivron rouge, des olives kalamata, des tomates, du concombre et de la roquette. Le vendredi, en préparation du Shabbat, les bagels seront remplacés par de la hallah.

Mendy Chitrik et Schneier ont déclaré à la Jewish Telegraphic Agency que s’ils voient une forte demande, ils espèrent augmenter les offres au-delà des seuls bagels.

Jusqu’à présent, l’établissement casher a servi des fans affamés des États-Unis, d’Argentine, d’Allemagne, d’Australie, d’Israël, du Brésil, d’Uruguay et de Turquie.

Chitrik gère également une page Instagram appelée « KosherInQatar », où il télécharge des images d’aliments importés, principalement des États-Unis, qui ont une certification casher.

Eli Chitrik lors du match des États-Unis contre le Pays de Galles à la Coupe du monde à Doha, au Qatar, le 21 novembre 2022. (Autorisation)

En plus d’abriter un service de traiteur clandestin casher, la chambre d’hôtel est également le domicile d’Eli Chitrik pour la durée du tournoi, qui durera près d’un mois. À la fin du tournoi, il prévoit de quitter la scène gastronomique casher du Qatar et de retourner à son travail aux Émirats arabes unis.

Bien qu’il n’annonce pas son emplacement, Chitrik, qui a grandi à Istanbul, insiste sur le fait qu’il se sent en sécurité au Qatar sans avoir à cacher sa judéité.

« Je porte un chapeau partout où je vais », s’est-il exclamé, faisant référence non pas à la casquette de baseball que certains Juifs pratiquants portent pour cacher leur identité religieuse, mais aux chapeaux noirs très identifiables portés par de nombreux Juifs hassidiques.

Lorsqu’il n’a pas de chapeau, Chitrik arbore une kippa bleue et orange vif, destinée, selon lui, à attirer l’attention des gens.

« Je ne la cache pas », a-t-il dit. « Tout le monde doit voir que je suis Juif. De quoi devrais-je avoir peur ? »

La Jewish Telegraphic Agency a contribué à cet article.

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