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Opinion

Avant tout, ne pas nuire : les folles déclarations d’élus et de fonctionnaires en Israël

Le point commun entre Ram Ben-Barak, David Amsalem, Idan Roll et le rabbin David Lau, c'est que tous ont perdu de vue leurs devoirs envers la population

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le grand rabbin ashkénaze d'Israël David Lau visite le lycée Neve Shmuel à Efrat, le 17 octobre 2021. (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)
Le grand rabbin ashkénaze d'Israël David Lau visite le lycée Neve Shmuel à Efrat, le 17 octobre 2021. (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)

Depuis la tribune de la Knesset, lundi soir, le député de Yesh Atid Ram-Ben Barak, dans sa hâte d’être le premier à faire part de bonnes nouvelles, avait informé ses collègues que les trois soldats qui se trouvaient à bord d’un hélicoptère de l’armée de l’air qui s’était abîmé en mer, au large de Tel Aviv, avaient été secourus et qu’ils étaient en cours d’évacuation vers un
hôpital : « Il semble que cet incident se soit terminé sans décès à déplorer », avait-il déclaré.

Tandis que certains tentaient de le réduire au silence, Ben-Barak les avait rabroués. « Pourquoi pas ? Ce sont aux informations », s’était-il exclamé.

Ben-Barak, qui s’était à ce moment-là appuyé sur des spéculations non-confirmées, refusant d’attendre une annonce officielle, s’était malheureusement trompé. Pour des raisons qui restent encore clairement indéterminées au moment de l’écriture de ce texte, deux des trois hommes qui se trouvaient à bord de l’hélicoptère AS565 Panther devaient se trouver dans l’incapacité de sortir de la carlingue et leurs corps sans vie avaient été découverts par les secours, leur ceinture de sécurité encore attachée.

Peu de temps après l’annonce, par Ben-Barak, de son information infondée, c’est un autre député, David Amsalem, issu du Likud cette fois, qui avait ressenti le besoin d’émettre sa propre déclaration – affirmant depuis la tribune qu’il avait eu connaissance d’une information qui disait que deux des soldats avaient péri dans le crash.

Ben-Barak avait eu tort, Amsalem avait eu raison, mais les deux hommes ont témoigné, ce soir-là, de la même irresponsabilité.

Quand les choses tournent mal pour les soldats, que ce soit en période de conflit ou lors d’un exercice, et qu’une perte humaine est redoutée, il y a des procédures soigneusement formulées à suivre, avec notamment la censure militaire – ou, tout du moins, ces procédures sont supposées être suivies. Les médias et – cela devrait être inutile de le dire, les politiciens et autres communicants réfléchis – doivent attendre la diffusion officielle d’informations, et ce, de manière d’autant plus cruciale si des pertes humaines sont en jeu. Ces procédures visent à garantir que les familles des victimes n’apprendront pas le terrible décès d’un proche par le biais d’un flash d’information, d’un message WhatsApp ou d’une publication sur les réseaux sociaux, mais de la bouche d’un personnel militaire formé pour intervenir dans ce type de situation tragique.

Les soldats israéliens recherchent des pièces d’un hélicoptère qui s’est abîmé en mer, au large de Haïfa, dans le nord d’Israël, le 4 janvier 2022. (Crédit : Shir Torem/Flash90)

Ben-Barak, plus que tous les autres, aurait dû comprendre les choses et respecter les procédures mises en place dans le traitement d’un tel drame. Il est lui-même un ancien soldat de combat et il a été officier dans l’unité de reconnaissance d’élite Sayeret Matkal, il a occupé un poste de commandement au sein de la division anti-terroriste de l’armée, il a rejoint le Mossad et il a grimpé tous les échelons de la hiérarchie de l’agence d’espionnage pour finalement devenir son numéro deux. Il sait mieux que la plupart des gens les risques que doivent affronter les Israéliens sur la ligne de front et l’impératif de suivre les procédures minutieusement mises au point quand les choses tournent mal.

Ram Ben-Barak lors d’une réunion de la Commission de la Défense et des Affaires étrangères à la Knesset de Jérusalem, le 5 juillet 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Ben-Barak et Amsalem, qui ont tous les deux ultérieurement présenté leurs excuses pour leur inconséquence, ne sont pas les seules personnalités au service du peuple qui ont trahi leurs obligations, ces derniers jours.

Dans ce qui n’a été que l’exemple le plus récent d’un responsable faisant fi de ses obligations dans la lutte contre la COVID-19, le vice-ministre des Affaires étrangères, Idan Roll, a trouvé irrésistible la perspective de passer le Nouvel An dans une soirée qui était organisée dans un hôtel – sans se soucier des plaidoyers gouvernementaux visant à convaincre les Israéliens de se tenir à l’écart des rassemblements. Comble de l’insouciance, il est apparu sans masque sur un dance-floor pris d’assaut par les fêtards.

Le vice-ministre des Affaires étrangères Idan Roll lors d’une cérémonie au ministère de Jérusalem, le 1er décembre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Par pure coïncidence, a-t-il dit, Roll a été testé positif à la COVID-19 mardi.

Puis, nous en arrivons au grand rabbin ashkénaze d’Israël, David Lau, fonctionnaire nommé par l’État, qui a expliqué à son patron qu’il n’approuverait plus aucune conversion au judaïsme à moins ou jusqu’à ce que le ministre des Affaires religieuses, Matan Kahana, renonce à une réforme prévue du processus de conversion.

Lau tente ainsi de faire chanter l’État en utilisant les candidats à la conversion à la foi juive comme moyen de pression : Soit Kahana met un terme à ses initiatives – attendues depuis (très) longtemps – visant à contourner l’approche excessivement dure du rabbinat à l’égard de la conversion, soit Lau fera de son mieux pour empêcher des candidats sans reproche, des candidats légitimes, de devenir Juif. Il faut remarquer que Kahana est un Juif profondément orthodoxe dont les réformes sont totalement conformes à la halakha [loi juive orthodoxe] et que ces réformes ont été coordonnées avec d’importants rabbins orthodoxes : Elles ne font que diluer le contrôle, le monopole de la conversion exercé par le rabbinat de Lau.

Le point commun entre les mauvais comportements de Ram Ben-Barak, David Amsalem, Idan Roll et David Lau, , c’est que tous ont perdu de vue leurs devoirs face au peuple qui les a élus. S’ils ne sont pas médecins, ils sont, dans leurs domaines de responsabilité différents, en charge du bien-être des citoyens. Et en cela, il est utile de leur rappeler le premier vœu du serment d’Hippocrate : celui de ne pas nuire.

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