Avion russe, Paris… Une internationalisation « logique » pour l’EI
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Avion russe, Paris… Une internationalisation « logique » pour l’EI

Selon Charlie Winter, "un groupe comme l'EI réussit vraiment lorsque ses actions suscitent une frénésie médiatique"

Image extraite d'une vidéo de l'Etat islamique en hébreu promettant une « grande guerre » contre  les "petits fils des singes et des cochons "  (Capture d'écran YouTube)
Image extraite d'une vidéo de l'Etat islamique en hébreu promettant une « grande guerre » contre les "petits fils des singes et des cochons " (Capture d'écran YouTube)

La confirmation de l’attentat contre l’avion russe dans le Sinaï, qui survient quatre jours après les attaques à Paris, démontre que le groupe Etat islamique (EI) a pu en 18 mois constituer un réseau à travers le monde.

Héritier et parricide d’Al-Qaïda qui avait inauguré les attentats spectaculaires, notamment ceux du 11 septembre 2001 à New York, l’EI a réussi ces deux attaques alors que son « califat » à cheval sur l’Irak et la Syrie est attaqué de toutes parts.

Le groupe djihadiste est en effet pris pour cible dans les airs par les avions de la coalition menée par les Etats-Unis et concomitamment de la Russie, tandis qu’au sol il fait face aux Kurdes, aux rebelles syriens, aux forces du régime de Damas, à l’armée et aux milices irakiennes et à des combattants iraniens.

Dans un tel contexte, les attentats comme ceux de Paris ou du Sinaï représentent « une étape logique dans la progression de la stratégie (…) globale » du groupe, assure Charlie Winter, expert de l’EI.

« Depuis longtemps, les gens (…) se demandaient s’il y aurait une surenchère entre Al-Qaïda et l’EI » et « si, dans sa tentative de prendre la tête de l’initiative djihadiste globale, l’EI ne mènerait pas une attaque spectaculaire » comme celle de l’avion russe.

Quant à celles de Paris, ce spécialiste note que « leur complexité montre qu’elles ont été bien préparées et coordonnées ».

Pour Charlie Winter, « un groupe comme l’EI réussit vraiment lorsque ses actions suscitent une frénésie médiatique. Cela lui donne de la pertinence ».

La Russie a confirmé mardi que le crash du vol A321 avec 224 personnes le 31 octobre était un attentat commis avec un 1 kg de TNT et a promis de « trouver et punir » les responsables « où qu’ils se cachent » dans le monde.

La branche égyptienne de l’EI, qui s’est baptisée en novembre 2014 « Province du Sinaï » avait revendiqué cet attentat en représailles, selon elle, aux bombardements russes des positions des djihadistes en Syrie.

‘Attaque spectaculaire’

Tout au long de sa montée en puissance, « dès que l’EI a eu l’opportunité de frapper une cible internationale, un membre de la coalition, il l’a fait », souligne le spécialiste des mouvements djihadistes Romain Caillet.

En Egypte, le groupe a ainsi en partie détruit le consulat italien au Caire, décapité le Croate Tomislav Salopek kidnappé non loin de la capitale et tué un Américain travaillant pour une compagnie pétrolière dans la même zone un an auparavant.

Si l’attaque contre l’avion reflète « une évolution interne » au sein du groupe Province du Sinaï, elle a probablement été « influencée par le fait qu’il fait (désormais) partie de l’EI », estime Mokhtar Awad, analyste au Center for American Progress.

Awad n’écarte pas qu’elle ait été directement commanditée par la direction centrale de l’EI « parce qu’elle fait avancer ses intérêts beaucoup plus clairement que ceux de la Province du Sinaï ».

Mais d’autres experts restent plus circonspects, estimant que le chef de l’EI Abou Bakr al Bagdadi n’organise pas dans le détail chaque attaque hors du territoire qu’il contrôle. Cette tâche revient plutôt aux commandants locaux qui les mènent en conformité avec la stratégie établie par le « calife ».

Quelle communication ?

Il est de ce fait « difficile » de déterminer si la Province du Sinaï a pris ses ordres auprès de la direction centrale du groupe, selon Caillet. « Comment communiquent-ils sur des informations hyper-sensibles? Est-ce qu’ils communiquent? Il y a un débat chez les spécialistes » sur l’étendue du contrôle de l’EI sur ses branches, ajoute-t-il.

« Personne ne sait vraiment quel est le degré de communication » entre la direction et les commandants locaux, renchérit Charlie Winter. « L’attaque pourrait avoir été planifiée en Syrie, la bombe fabriquée par l’EI dans le Sinaï et l’exécutant pourrait avoir été russe. Mais il est possible qu’elle ait relevé purement (de la branche) du Sinaï. Différentes options sont possibles ».

Mais ces attaques pourraient aussi refléter des changements au sein des effectifs de l’EI. « De nombreux combattants étrangers ont commencé à quitter la Syrie et l’Irak et retournent chez eux bien entraînés et capables de commettre des attaques », souligne Clint Watts, du Foreign Policy Research Institute en Pensylavanie. Dans le même temps, « d’autres éprouvent des difficultés à gagner l’Irak ou la Syrie et choisissent d’agir dans leur pays »

Selon un rapport du comité de la sécurité intérieure du Congrès américains, les « groupes terroristes » rassembleraient 25 000 combattants étrangers, venus de 100 pays, dont 4 500 Occidentaux.

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