Bahreïn : des Libanais expulsés pour liens avec le Hezbollah
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Bahreïn : des Libanais expulsés pour liens avec le Hezbollah

Les décisions contre le Hezbollah s'inscrivent dans un contexte d'escalade des tensions entre l'Iran et l'Arabie saoudite

Illustration du drapeau du Bahrein (Crédit : wikimedia commons)
Illustration du drapeau du Bahrein (Crédit : wikimedia commons)

Des Libanais ont été expulsés de Bahreïn pour « appartenance ou soutien au Hezbollah » chiite libanais, déclaré organisation « terroriste » par de nombreux pays arabes, a annoncé lundi le ministère bahreïni de l’Intérieur.

Le ministère n’a pas précisé, sur son compte Twitter, le nombre de personnes concernées par cette mesure et qui résident de manière permanente dans le pays ni la date des expulsions.

Mais la presse libanaise a indiqué ces derniers jours que sept à dix familles libanaises avaient été notifiées de la décision d’expulsion par les autorités bahreïnies.

C’est la première mesure du genre annoncée par un pays du Golfe depuis la décision vendredi de la Ligue arabe de classer comme « terroriste » le Hezbollah.

Le Liban et l’Irak, où la communauté chiite a un poids politique prépondérant, ont émis « des réserves » et l’Algérie a fait des « remarques », sur la décision de la Ligue arabe, avait indiqué un diplomate bahreïni, Wahid Moubarak Sayar.

Bahreïn, un royaume dirigé par une dynastie sunnite et qui connait depuis le 2011 un mouvement de contestation animé par les chiites majoritaires a, à plusieurs reprises, dénoncé le soutien du Hezbollah et de l’Iran à ce mouvement.

Début mars, les six monarchies du Conseil de coopération du Golfe (CCG) – Arabie saoudite, Qatar, Bahreïn, Koweït, Emirats arabes unis, Oman -, toutes membres de la Ligue arabe, avaient pris la décision de classer le Hezbollah, qu’elles accusent de servir de tête de pont à l’Iran, comme « terroriste ».

Réunis ensuite à Tunis, les ministres arabes de l’Intérieur avaient, à l’exception de celui du Liban, apporté leur soutien au CCG, condamnant « les pratiques et les actes dangereux du Hezbollah terroriste ».

L’annonce de l’expulsion de Libanais de Bahreïn intervient au lendemain d’une mise en garde du ministère saoudien de l’Intérieur contre toute relation avec le Hezbollah adressée tant aux Saoudiens qu’aux résidents étrangers.

Dans un communiqué, le ministère a averti les Saoudiens qu’ils risquaient de s’exposer, en cas de liens avérés avec le Hezbollah, à de « lourdes sanctions, y compris celles prévues par les lois antiterroristes ».

Les résidents étrangers s’exposent pour leur part à des ordres d’expulsion, selon le ministère.

Les décisions contre le Hezbollah s’inscrivent dans un contexte d’escalade des tensions entre l’Iran chiite et l’Arabie saoudite, chef de file des monarchies sunnites du Golfe, qui sont engagés dans des luttes d’influence par procuration, notamment dans le cadre de conflits régionaux comme en Syrie et au Yémen.

Par ailleurs, Un tribunal de Bahreïn a condamné lundi trois personnes à la prison à vie pour détention d’armes et « complot terroriste », dans l’un des nombreux procès visant les auteurs d’actes de violences accompagnant les manifestations de chiites réclamant des réformes politiques.

Le principal suspect a été arrêté en juin 2015 dans son appartement de Sitra, une banlieue chiite, au sud de Manama, en possession d’armes et d’explosifs, a indiqué, dans un communiqué, le procureur Ahmed al-Hammadi.

Il a reconnu, avec deux complices, détenir les armes « dans l’intention de commettre des actes terroristes en visant des policiers et des biens publics ».

Ce procès est le dernier d’une longue série de jugement de personnes accusées de violences dans ce petit royaume du Golfe, à majorité chiite et dirigé par une dynastie sunnite.

Le 10 mars, trois personnes ont été condamnées à la perpétuité et une quatrième à 15 ans de prison pour avoir tiré sur un autobus et l’avoir incendié lors d’une manifestation dans un village chiite.

Bahreïn est secoué par des troubles sporadiques depuis un soulèvement en 2011, dans la foulée du Printemps arabe, animé par la majorité chiite qui réclame des réformes démocratiques et une véritable monarchie constitutionnelle.

Bahreïn est un proche allié des Etats-Unis qui ont installé le siège de leur Ve Flotte dans ce royaume voisin de l’Arabie saoudite.

Les autorités de Manama attribuent régulièrement les violences à des « terroristes » qui bénéficient selon elles de la « complicité » de l’Iran.

Le pouvoir nie toute discrimination envers les chiites. De nombreux opposants sont emprisonnés à Bahreïn.

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