Bulgarie : la seule synagogue médiévale retrouvée sur un site du 13è siècle ?
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Bulgarie : la seule synagogue médiévale retrouvée sur un site du 13è siècle ?

Sa situation dans ce qui est traditionnellement considéré comme un quartier juif et son architecture inhabituelle laissent penser que le bâtiment abritait un lieu de culte unique

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

  • Le fond d'un récipient décoré d'une étoile de David découvert dans ce qui est peut-être une synagogue du 13è siècle dans la ville antique de Tarnovo, en Bulgarie (Autorisation : Dr. Mirko Robov)
    Le fond d'un récipient décoré d'une étoile de David découvert dans ce qui est peut-être une synagogue du 13è siècle dans la ville antique de Tarnovo, en Bulgarie (Autorisation : Dr. Mirko Robov)
  • Le site de fouilles de ce qui pourrait être une synagogue du 13è siècle, seul témoignage archéologique d'une communauté juive médiévale à Tarnovo, en Bulgarie, sur la colline de Trapezitsa. (Autorisation : Dr. Mirko Robov)
    Le site de fouilles de ce qui pourrait être une synagogue du 13è siècle, seul témoignage archéologique d'une communauté juive médiévale à Tarnovo, en Bulgarie, sur la colline de Trapezitsa. (Autorisation : Dr. Mirko Robov)
  • Le quartier juif de Trapezitsa, en Bulgarie, au Moyen-Age, est noté sous le numéro 1 (Crédit : Mirko Robov, 1988)
    Le quartier juif de Trapezitsa, en Bulgarie, au Moyen-Age, est noté sous le numéro 1 (Crédit : Mirko Robov, 1988)
  • L'archéologue bulgare Mirko Robov sur le site de fouilles médiéval de Tarnovo, en Bulgarie (Autorisation)
    L'archéologue bulgare Mirko Robov sur le site de fouilles médiéval de Tarnovo, en Bulgarie (Autorisation)

Ce qui pourrait être le seul vestige archéologique unique témoignant d’une communauté juive au Moyen-Age en Bulgarie a été découvert dans l’ancienne capitale du pays, Tarnovgrad (aujourd’hui Veliko Tarnovo).

Lors d’une conférence de presse organisée le 11 novembre à Sofia, l’archéologue Mirko Robov a émis une hypothèse : celle qu’une vaste structure de deux pièces datant du 13e siècle et dans laquelle il est en train de faire des fouilles ne soit pas une église, comme il l’avait initialement pensé, mais bien une synagogue.

Ce lieu de culte qui pourrait être juif a été découvert aux abords d’un complexe fortifié, situé sur la colline de Trapezitsa, dans la ville.

Depuis que les fouilles ont commencé sur le site en 2014, seul un quart de la structure a été sorti de terre, a déclaré Mirko Robov au Times of Israel cette semaine lors d’un entretien réalisé par courriel.

Il s’agit d’un vaste bâtiment construit aux environs de 1240 et qui aura survécu jusqu’à la chute de Tarnovo, pendant la conquête ottomane, en 1393. La ville avait alors été complètement rasée.

Veliko Tarnovo, qui se situe dans le nord de la Bulgarie, est souvent qualifiée de « cité des Tsars » – une allusion à son passé historique de capitale du Second empire bulgare. Située à proximité de la Turquie des temps modernes, sa position, le long du fleuve Yantra, en fait un important point aux niveaux stratégique et commercial – les marchands y transitaient.

La vieille ville siège sur trois collines, Tsarevets, Sveta Gora et Trapezitsa, où la synagogue présumée aurait été trouvée.

L’un des seuls pays européens à avoir compté plus de Juifs dans ses frontières après la Seconde Guerre mondiale qu’avant, la Bulgarie s’enorgueillit d’une communauté juive vieille de 2 000 ans – dont une partie aurait vécu dans un quartier juif situé sur la colline de Trapezitsa pendant le Moyen-Age.

« Trapezitsa était la deuxième forteresse la plus importante à Tarnovo. En tant que capitale, Tarnovo était une ville avec une diversité ethnique. L’un des groupes ethniques dont la présence a été documentée était les Juifs », explique l’archéologue.

Le quartier juif de Trapezitsa, en Bulgarie, au Moyen-Age, est noté sous le numéro 1 (Crédit : Mirko Robov, 1988)

Si la présence effective d’une synagogue devait se confirmer à l’issue des recherches, ce serait la seule à avoir été découverte en Bulgarie datant de cette époque. Seule une poignée ont été retrouvées sur tout le continent.

« Bien sûr, j’ai besoin de données supplémentaires pour avoir une certitude. Et j’espère que je serai en mesure de les collecter au cours de la prochaine saison de fouilles archéologiques… A ce stade, je pense juste être sur la bonne voie », dit-il.

Il y a, en Bulgarie, une synagogue bien plus ancienne – datant du 3e siècle – qui a été découverte lors de fouilles réalisées dans la ville de Plovdiv.

Selon le centre pour l’Art juif de l’université hébraïque de Jérusalem, la communauté juive bulgare pourrait même remonter « à l’époque de la destruction du Premier temple, quand un petit groupe de Juifs est arrivé dans la péninsule des Balkans après avoir traversé l’Asie mineure. Sur la base des découvertes de pièces datant de la révolte de Bar Kochba dans la zone, les historiens maintiennent que des esclaves juifs étaient arrivés après l’échec de cette révolte, en l’an 132 de l’ère commune ».

Le site de fouilles de ce qui pourrait être une synagogue du 13e siècle, seul témoignage archéologique d’une communauté juive médiévale à Tarnovo, en Bulgarie, sur la colline de Trapezitsa. (Autorisation : Dr. Mirko Robov)

Il y a également plusieurs exemples de structures du 19e siècle encore en place dans le pays. Mais tandis que l’existence d’une communauté juive, au Moyen-Age, est documentée dans plusieurs textes contemporains, il y a une absence de preuves archéologiques que cette structure pourrait contribuer à combler.

« Ce bâtiment que nous venons de trouver n’est pas une église, car il se caractérise par une architecture et un plan de construction différents », note Mirko Robov. « Il est recouvert de l’intérieur, mais il n’y a pas de peintures sur les murs ». « C’est la raison pour laquelle je relie la structure à des pratiques religieuses d’un groupe ethnique différent », commente-t-il.

Cette synagogue présumée est bâtie en deux sections : une partie orientale, qui a été recouverte de mortier dépouillé d’ornements, construite en utilisant des piliers et qui accueille une abside sur son côté est et qui, selon l’archéologue, diffère des autres églises de la ville.

Et la seconde section, une pièce d’une largeur impressionnante de 11,5 sur 14 mètres, a été édifiée à l’aide de boue et de pierres et rattachée à l’ouest de la structure de mortier. Il y a une entrée ouest qui se fermait par une seule porte, explique Mirko Robov.

L’archéologue bulgare Mirko Robov sur le site de fouilles médiéval de Tarnovo, en Bulgarie (Autorisation)

« Deux types de bâtiment comportaient une abside à l’ouest – les églises et les salles à manger. Il ne s’agit là ni de l’un, ni de l’autre. La manière dont la structure a été conçue et l’agencement de sa construction, depuis l’Est, impliquent un dessein culturel spécifique », dit Robov.

Il ajoute que tous les toponymes ou noms de sites liés à la population juive de la ville, pendant le Moyen-Age, ont été retrouvés dans des secteurs du fort de Trapezitsa ou dans ses environs. Il y avait notamment un quartier juif ; un cimetière juif, au nord-ouest de la colline, à son pied ; et un endroit situé en bas de la colline, au sud-ouest, appelé Chifutluk.

« Ce qui m’amène à l’hypothèse que cette structure religieuse qui vient d’être découverte pourrait être liée aux Juifs de la métropole de Tarnovo », commente le chercheur.

La découverte de quelques artefacts décorés d’un hexagramme – ou étoile de David – laisse également penser à un lien avec la population juive, au moins dans la perception moderne du symbole : même si elle est présente dans des bâtiments et dans des textes très anciens, l’étoile à six branches n’était pas seulement utilisée par les Juifs jusqu’à une période ultérieure de l’histoire.

Le fond d’un récipient décoré d’une étoile de David découvert dans ce qui pourrait être une synagogue du 13e siècle dans la ville antique de Tarnovo, en Bulgarie (Autorisation : Dr. Mirko Robov)

Ceci étant dit, le symbole de l’étoile de David figure sur des artefacts retrouvés dans la ville antique de Tarnova, note Mirko Robov, l’un découvert sur le site de la colline de Trapezitsa et deux autres trouvés dans un palais médiéval de la colline de Tsarevets.

L’archéologue explique que le symbole n’est pas commun sur les poteries contemporaines du secteur et que « nous pouvons donc parler d’une sémantique spécifique de l’hexagramme ».

Selon lui, l’une des origines possibles du nom de la colline, « Trapezitsa », pourrait être liée aux commerçants juifs qui y avaient vécu dans le passé. Le mot « trapeza », explique-t-il, est « une table utilisée pour les échanges d’argent – une activité qui était attribuée à la communauté juive ».

Selon un livre écrit en 2009 et intitulé « Ségrégation – Intégration -Assimilation : groupes religieux et ethniques dans les villes médiévales du centre et de l’est de l’Europe », les Juifs jouissaient un statut relativement élevé à Tarnovo, au 13e siècle, en raison des origines juives de la seconde épouse du Tsar Ivan Alexander, Sarah-Theodora. Le livre cite un texte contemporain, « la vie de Theodosius de Tarnovo », dans lequel ce dernier évoque les mauvais comportements des Juifs – qui insultaient notamment les prêtres – en raison de « l’assurance que leur procure leur influence à la cour royale ».

Indépendamment de la dite-influence de la communauté, le quartier juif de Trapezitsa était isolé et situé à l’extérieur des murs de la forteresse.

« Quoique très puissants et riches, les Juifs, dans la capitale médiévale, étaient discriminés dans l’espace par rapport au reste des citoyens – comme cela avait été recommandé par l’archevêque Demetrios, » écrivent les auteurs.

Une carte de la possible synagogue du 13e siècle situé dans la ville fortifiée de Tarnovo, sur la colline de Trapezitsa, en Bulgarie (Autorisation : Dr. Mirko Robov)

Ils citent également le recours à la conversion forcée au christianisme comme moyen d’assimilation. Et, fait révélateur, il est aussi possible que les gouvernants bulgares aient suivi la tradition byzantine consistant à forcer les Juifs à être leurs propres exécuteurs – « comme symbole d’humiliation ».

Le travail archéologique actuel réalisé sur la colline de Trapezitsa a commencé en 2006, mais pour l’archéologue Robov, l’exploration pourrait s’arrêter là. Il est peu probable que les chercheurs soient en mesure de confirmer que la structure est bien une synagogue jusqu’à ce que le bâtiment ait été intégralement fouillé.

« Si le ministère bulgare de la Culture ne refuse pas de financer mon site de fouilles (c’est la raison pour laquelle mes travaux connaissent des interruptions significatives), en 2020, la structure entière sera complètement explorée et documentée », assure Mirko Robov.

Le site de fouilles de ce qui pourrait être une synagogue du 13e siècle, seul témoignage archéologique d’une communauté juive médiévale à Tarnovo, en Bulgarie, sur la colline de Trapezitsa. (Autorisation : Dr. Mirko Robov)
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