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Analyse

Ce n’est pas parce que Trump rejette l’antisémitisme que MAGA fera de même

Le président américain a déclaré ne pas « avoir besoin des antisémites, je pense que nous ne les aimons pas » ; mais sa position n’est pas nécessairement celle de ses électeurs

Le président américain Donald Trump, avant de monter à bord de l'Air Force One pour se rendre à Détroit, à la base militaire d'Andrews, dans le Maryland, le 13 janvier 2026. (Crédit : Evan Vucci/AP)
Le président américain Donald Trump, avant de monter à bord de l'Air Force One pour se rendre à Détroit, à la base militaire d'Andrews, dans le Maryland, le 13 janvier 2026. (Crédit : Evan Vucci/AP)

Il y a près de dix ans, en pleine campagne présidentielle américaine de 2016, Jared Kushner avait publié un essai très médiatisé qui s’ouvrait sur ces mots : « Mon beau-père n’est pas antisémite. »

Si Kushner s’était senti obligé de rassurer l’opinion publique sur le fait que Donald Trump ne détestait pas les Juifs, c’était à la suite d’un mème que Trump venait de diffuser sur les réseaux sociaux, montrant sa rivale Hillary Clinton sur un fond d’argent, accompagnée des mots « Candidate la plus corrompue de tous les temps », inscrits à l’intérieur d’une étoile de David.

Ce message, rapidement supprimé, avait cristallisé les inquiétudes de nombreux Juifs américains, qui redoutaient alors que le candidat républicain soit antisémite lui-même, soit trop complaisant envers les antisémites parmi ses partisans.

Le directeur de l’ADL, Jonathan Greenblatt, déclarait qu’il était « grand temps » que Trump « prenne position contre l’antisémitisme, le sectarisme et la haine ». Un sondage de l’ADL réalisé en 2017 montrait que 33 % des Américains considéraient Trump comme antisémite tandis que 50 % ne partageaient pas cette opinion.

Depuis, en tant que président des États-Unis, Trump a pris plusieurs mesures présentées comme visant à lutter contre l’antisémitisme. Mais dans le même temps, une querelle publique a éclaté au sein de sa base la plus fidèle sur la question de savoir si des antisémites assumés devaient ou non être accueillis au sein du mouvement.

Dans une longue interview accordée la semaine dernière au New York Times (NYT), Trump s’est exprimé sur le sujet et a condamné l’antisémitisme. Interrogé sur la question de savoir si les antisémites avaient leur place au sein de son mouvement Make America Great Again (MAGA), il a répondu : « Non, je ne pense pas. Je pense que nous n’avons pas besoin d’eux. Je pense que nous ne les aimons pas. »

Faut-il en conclure que le mouvement MAGA va désormais se débarrasser de l’antisémitisme ? Pas nécessairement. D’une part parce que Trump a, par le passé, montré une réticence persistante à désavouer explicitement les antisémites figurant parmi ses soutiens – une attitude qu’il a de nouveau illustrée dans cette interview. D’autre part, parce que le mouvement MAGA ne suit pas toujours son leader à la lettre.

À plusieurs reprises, certains des partisans les plus loyaux du président se sont éloignés de lui sur des sujets clés, et il est arrivé que Trump finisse par reprendre leurs positions.

Le candidat républicain à la présidence, l’ancien président Donald Trump, au centre, et le candidat républicain à la vice-présidence, le sénateur JD Vance, R-Ohio, deuxième à partir de la droite, accompagnés de Tucker Carlson, du représentant Byron Donalds (Floride) et du président de la Chambre des représentants Mike Johnson (Louisiane), assistent à la première journée de la Convention nationale républicaine, à Milwaukee, le lundi 15 juillet 2024. (Crédit : J. Scott Applewhite/AP)

Une grande partie des luttes intestines entre républicains ces derniers temps ont porté sur Nick Fuentes, podcasteur fièrement antisémite disposant d’une audience importante, et qui a récemment accordé une interview pour le moins complaisante au commentateur conservateur Tucker Carlson. Lorsque le NYT a demandé à Trump de condamner Fuentes, connu pour ses positions négationnistes sur la Shoah, le président s’y est refusé.

« Je ne le connais pas », a-t-il répondu. Rappelé au fait qu’il avait invité Fuentes à dîner en 2022, Trump a une nouvelle fois plaidé l’ignorance, affirmant qu’il ne savait pas que Fuentes serait présent et qu’il ne le connaissait pas.

C’est une réponse récurrente chez Trump, déjà utilisée par le passé lorsqu’on lui a posé des questions sur ses partisans antisémites. Lorsqu’on lui avait indiqué en 2016 que l’ancien leader du Ku Klux Klan, David Duke, le soutenait, Trump avait répondu : « Je ne connais pas David Duke ». (À une autre occasion, il avait toutefois affirmé désavouer ce soutien.)

Autre épisode resté célèbre, Trump avait tergiversé après le rassemblement d’extrême droite de Charlottesville en 2017, en Virginie, affirmant qu’il y avait « des gens très bien des deux côtés ». Lors d’un débat présidentiel en 2020 face à Joe Biden, lorsqu’on lui a demandé de condamner le groupe d’extrême droite Proud Boys, il avait juste déclaré : « Proud Boys, restez en retrait et tenez-vous prêts ». Peu après, le groupe reprenait cette phrase comme un slogan sur une ligne de vêtements et d’objets vendus en ligne.

Ainsi, même si Trump a clairement exprimé son opposition personnelle à l’antisémitisme, rien n’indique qu’il s’apprête à mener une campagne active pour l’éradiquer de sa base électorale. Après l’épisode des Proud Boys, le commentateur conservateur Rick Santorum avait d’ailleurs souligné que « le président n’aime pas dire du mal des personnes qui le soutiennent ».

Le président américain Donald Trump félicite Robert F. Kennedy Jr. après sa prestation de serment en tant que secrétaire à la Santé et aux Services sociaux dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 13 février 2025. (Crédit : Alex Brandon/AP)

Par ailleurs, le fait que Trump adopte une position ne signifie pas nécessairement que le mouvement MAGA la partage. Avant qu’il n’ordonne des frappes américaines contre des installations nucléaires iraniennes en juin dernier, pendant la guerre entre Israël et la République islamique d’Iran, un sondage indiquait que la majorité de ses électeurs souhaitaient que les États-Unis restent en dehors du conflit. (Les chiffres ont changé après les frappes.)

Il existe même au moins un cas notable où l’opposition du mouvement MAGA a précédé un changement de cap de Trump.

Républicains et certains démocrates avaient salué l’opération Warp Speed, qui avait permis de déployer rapidement les vaccins contre le COVID dès décembre 2020, réduisant fortement le risque de décès. Trump avait alors qualifié cette initiative de « réussite nationale monumentale ».

Mais dans les mois suivants, un fossé partisan s’est creusé sur la question de la vaccination. En septembre 2021, un sondage Gallup révélait que 92 % des démocrates étaient vaccinés, contre seulement 56 % des républicains. Une grande partie de la rhétorique anti-vaccins aux États-Unis émanait alors de la droite.

L’an dernier, Trump a fini par suivre cette tendance. Tout en continuant à vanter Warp Speed, il a renforcé le mouvement anti-vaccins en nommant Robert F. Kennedy Jr., l’un de ses principaux promoteurs, au poste de secrétaire à la Santé. Depuis, RFK Jr. a réduit plusieurs recommandations fédérales en matière de vaccination, y compris pour le vaccin contre le COVID.

Les sondages montrent que la majorité des républicains se disent personnellement opposés à l’antisémitisme (et favorables à Israël). Mais une enquête menée le mois dernier par le Manhattan Institute, un institut conservateur, révèle que seuls 48 % des membres actuels du Parti républicain estiment que les antisémites ne sont pas les bienvenus dans leur mouvement politique. Les autres déclarent être eux-mêmes antisémites (12 %), estiment que ces positions devraient être tolérées, ou que le parti devrait chercher à obtenir leurs votes. Une minorité se dit indécise.

Reste à savoir comment Trump s’adressera à ces personnes. S’il a clairement indiqué qu’il ne faisait pas partie de ce groupe, la question de savoir s’ils pourront, eux, continuer à faire partie de son mouvement MAGA demeure ouverte.

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