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« Ce n’était qu’une question de temps » : l’attaque à Sydney, fruit d’une « incitation à la haine » continue

Selon les dirigeants communautaires, le gouvernement n'a pas réagi à la montée de l'antisémitisme depuis l'attaque du 7 octobre 2023, laissant les Juifs dans la crainte

Une femme serre son enfant dans ses bras après une fusillade lors d'un événement organisé à l'occasion de Hanoukka à Bondi Beach, à Sydney, le 14 décembre 2025 (Crédit : DAVID GRAY / AFP).
Une femme serre son enfant dans ses bras après une fusillade lors d'un événement organisé à l'occasion de Hanoukka à Bondi Beach, à Sydney, le 14 décembre 2025 (Crédit : DAVID GRAY / AFP).

Pour de nombreux Australiens, l’attaque terroriste perpétrée dimanche lors d’un allumage de Hanoukka à Bondi Beach, près de Sydney, semblait inévitable, après des années d’intensification de la violence et des discours antisémites.

Selon les autorités, au moins 11 personnes ont été tuées, ainsi que l’un des deux tireurs qui ont ouvert le feu lors d’une fête de Hanoukka à laquelle participaient quelque 2 000 Juifs de la région de Sydney. Au moins 13 personnes ont été grièvement blessées, parmi lesquelles deux policiers.

« Je suis horrifiée et dévastée par ce qui s’est passé, mais je ne suis pas surprise », a déclaré Lynda Ben-Menashe, présidente du Conseil national des femmes juives d’Australie, au Times of Israel. « Ces deux dernières années, de mois en mois, l’antisémitisme n’a cessé de croître, et le gouvernement n’a pas écouté nos appels. Lorsque l’incitation à la haine n’entraîne pas de conséquences visibles, alors la violence s’ensuit toujours. »

Depuis que le Hamas a attaqué Israël le 7 octobre 2023, déclenchant la guerre à Gaza et provoquant une vague d’antisémitisme à travers le monde, la communauté juive australienne, forte de 120 000 membres, a en effet été parmi les plus touchées.

Cette dernière année, les Juifs d’Australie ont ainsi vu des synagogues, des écoles et des maisons incendiées et deux infirmiers menacer de tuer des patients juifs dans leur hôpital. Ils ont en outre été témoins de la découverte d’une caravane remplie d’explosifs, qui était destinée à causer un attentat meurtrier dans une synagogue de Sydney.

« J’essaie de comprendre l’impact que cela va avoir sur la communauté juive d’Australie », a déclaré Jeremy Leibler, président de la Fédération sioniste d’Australie. « Il s’agit peut-être de la pire attaque contre les Juifs dans le monde depuis le 7-Octobre, et c’est la deuxième pire fusillade de masse de l’histoire de l’Australie. J’ignore ce qui va se passer maintenant. »

Parmi les victimes de l’attaque figuraient plusieurs leaders de la communauté juive du pays. Le rabbin Eli Schlanger, émissaire du mouvement Habad Loubavitch à Sydney, a été tué, a-t-on appris auprès du mouvement religieux.

Un membre de la communauté juive réagissant alors qu’il se rend avec la police sur les lieux d’une attaque terroriste, à Bondi Beach, à Sydney, le 14 décembre 2025. (Crédit : David Gray/AFP)

Arsen Ostrovsky, avocat spécialisé dans les droits de l’homme et directeur de la branche de Sydney de l’Australia/Israel & Jewish Affairs Council (AIJAC), et Evan Zlatkis, directeur des médias au Conseil exécutif des Juifs australiens, font partie des blessés.

« C’est ce que le gouvernement actuel a laissé se produire dans notre pays, sans rien faire », a affirmé Tali Shine, une présentatrice australienne, au Times of Israel après l’attaque. « L’absence de réaction face aux manifestations radicalisées devant l’Opéra [peu après le 7-Octobre] a donné le ton [pour la poursuite des attaques contre la communauté juive]. »

Montée de l’antisémitisme

Le Conseil exécutif des Juifs australiens (ECAJ), il y a deux semaines, a révélé que le pays avait connu 1 654 incidents antisémites au cours de la période de 12 mois allant du 1er octobre 2024 au 30 septembre 2025, soit environ cinq fois la moyenne annuelle enregistrée durant les 10 années qui ont précédé l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023.

L’année précédente, la première après l’attaque du 7-Octobre, le nombre d’incidents recensés – 2 062 – était encore plus élevé, a noté l’ECAJ. Les Australiens ont désormais le sentiment que l’antisémitisme s’est généralisé dans tous les aspects de la vie du pays, a constaté le groupe.

« Nous en sommes maintenant à un stade où le racisme anti-juif a quitté les marges de la société, a été normalisé et est désormais autorisé à s’envenimer et à se propager. Il gagne du terrain dans les universités, dans les espaces artistiques et culturels, dans le secteur de la santé, sur les lieux de travail et ailleurs », peut-on lire dans le rapport.

Les secours transportent une personne sur une civière après une fusillade à Bondi Beach, à Sydney, en Australie, le dimanche 14 décembre 2025. (Crédit : AP/Mark Baker)

Selon une enquête publiée il y a plusieurs mois par le Conseil national des femmes juives d’Australie, plus de la moitié des femmes juives australiennes ne se sentent pas en sécurité. Deux cinquièmes d’entre elles dissimulent activement leur identité juive.

Environ 10 % des femmes ont déclaré envisager de quitter l’Australie, un chiffre « probablement encore plus élevé aujourd’hui », a estimé Ben-Menashe, du Conseil national des femmes juives d’Australie.

Après que la communauté a connu un nombre record d’attaques en 2023-2024, l’incendie criminel de la synagogue Adass Israel de Melbourne, en décembre, a été vu par beaucoup comme un tournant. Les Juifs ont fait part de leur frustration face à ce qu’ils considèrent comme l’incapacité du gouvernement à mettre fin aux attaques et aux discours violents.

En août, le Premier ministre australien Anthony Albanese a révélé que l’Iran était soupçonné d’être à l’origine de deux incendies criminels antisémites survenus en 2024, qualifiant ces agissements de « dangereux actes d’agression » visant à saper la cohésion sociale de son pays.

Le Premier ministre australien Anthony Albanese s’exprimant lors d’une conférence de presse conjointe avec le président indonésien Prabowo Subianto après leur réunion bilatérale, au palais Merdeka, à Jakarta, en Indonésie, le 15 mai 2025. (Crédit : Dita Alangkara/AP)

La décision prise en août par le pays de reconnaître un État palestinien à l’Assemblée générale des Nations unies a encore aggravé le sentiment croissant d’aliénation au sein de la communauté juive du pays, déclenchant également une vive guerre verbale entre le gouvernement d’Albanese et les responsables israéliens.

À la suite de l’attaque de dimanche, le Conseil australien pour les affaires israéliennes et juives s’est dit « horrifié » par la fusillade, soulignant que l’organisation avait mis en garde contre le risque de violence.

« Ce n’est pas seulement un jour terrible pour la communauté juive, pour Bondi et pour Sydney, mais aussi pour toute l’Australie et pour les valeurs qui nous sont chères, qui sont le fondement de ce qui a longtemps constitué notre société inclusive et harmonieuse », a déclaré Colin Rubenstein, directeur exécutif de l’AIJAC, dans un communiqué. « Nous sommes horrifiés par ce qui s’est passé. Nos pensées vont immédiatement aux personnes tuées et blessées, à leurs familles et à tous ceux qui ont été témoins de ce crime horrible. »

Le Premier ministre australien, Anthony Albanese (2ᵉ à droite), et le rabbin Shlomo Kohn (à droite) dans les locaux de la synagogue Adass Israel de Melbourne incendiée le 6 décembre, sur une photo prise le 10 décembre 2024. (Crédit : Département du Premier ministre et du Cabinet/AFP)

L’AIJAC met en garde depuis des années contre le fait que « les propos antisémites incessants tenus dans nos rues pourraient, si rien n’est fait, dégénérer en violences antisémites », a expliqué Rubenstein. « Nous avons averti de l’escalade des insultes verbales aux graffitis, puis aux incendies criminels, puis aux violences physiques, puis aux meurtres. »

« Nous voyons aujourd’hui le résultat des appels que nous avons trop souvent entendus lors des marches organisées dans nos villes, pour mondialiser l’Intifada et proclamer que tous les sionistes sont des terroristes », a ajouté Rubenstein. « Nos gouvernements et nos autorités doivent prendre des mesures pour mettre fin à cette incitation à la haine. »

Pour d’autres, cette attaque a prouvé que nul en Australie n’était à l’abri de la violence antisémite.

« Nous avons assisté à un déferlement constant de haine provenant de la droite, de la gauche et des islamistes. Ce n’était qu’une question de temps avant que quelque chose comme cela ne se produise », a déploré Ben-Menashe. « Le fait que cela soit arrivé dans le lieu le plus emblématique d’Australie montre bien qu’aucun Australien n’est en sécurité. »

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