Rechercher

Ces enseignants juifs de NY qui refusent la vaccination pour motif religieux

Les éducateurs se tournent vers des rabbins en dehors de leur propre communauté pour les aider à contourner l'obligation de vaccination en vigueur pour les enseignants de la ville

Rivka Taub Rivera, professeur d'éducation physique dans une école publique de New York, a commencé son congé de maternité plus tôt que prévu pour éviter d'avoir à se conformer à une obligation de vaccination qui est entrée en vigueur pour les enseignants de la ville le 4 octobre 2021. (Courtesy Rivera/ via JTA)
Rivka Taub Rivera, professeur d'éducation physique dans une école publique de New York, a commencé son congé de maternité plus tôt que prévu pour éviter d'avoir à se conformer à une obligation de vaccination qui est entrée en vigueur pour les enseignants de la ville le 4 octobre 2021. (Courtesy Rivera/ via JTA)

JTA – Lorsque Rivka Taub Rivera a décidé de demander une exemption religieuse au mandat de vaccination dans la ville de New York pour les enseignants, elle ne s’est pas tournée vers les rabbins de Borough Park, le quartier orthodoxe de Brooklyn où elle vit.

Elle a plutôt demandé à Michoel Green, un rabbin Habad qui s’est ouvertement opposé à la vaccination, de soumettre la lettre requise de la part d’un responsable religieux. Basé dans le Massachusetts, Green a été désaffilié par l’organisation Habad en raison de ses messages anti-vaccination postés sur les réseaux sociaux et est devenu un héros pour certains Juifs orthodoxes qui s’opposent aux vaccins.

« Je ne vais pas mentir, lorsque la communauté Habad et l’establishment politique s’opposent à vous parce que vous vous exprimez et que vous avez une voix unique, alors vous faites probablement quelque chose de bien », a déclaré Rivera, qui enseigne l’éducation physique dans une école primaire d’un quartier aisé de Brooklyn.

Rivera fait partie d’une minorité de Juifs qui affirment que leurs croyances religieuses les empêchent de se faire vacciner, même si les dirigeants de toutes les grandes obédiences juives ont largement approuvé les vaccins contre la COVID-19.

Dimanche, le département d’éducation de la ville n’avait pas encore statué sur sa demande d’exemption, et Mme Rivera, enceinte de neuf mois, n’avait pas changé d’avis sur la vaccination. Elle est donc devenue l’un des milliers d’enseignants de la ville à être potentiellement exclus de leurs salles de classe après l’entrée en vigueur lundi du mandat de vaccination le plus important du pays.

La grande majorité des enseignants de la ville de New York étaient vaccinés avant que le maire Bill de Blasio n’annonce le mandat le 23 août, et la plupart des autres l’ont été depuis. Mais des milliers d’enseignants n’étaient toujours pas vaccinés vendredi, lorsque la juge Sonya Sotomayor de la Cour suprême des États-Unis a refusé d’examiner une action en justice en leur nom, ce qui signifie que, s’ils n’ont pas reçu leur premier vaccin au cours du week-end, ils devront soit prendre un congé sans solde, soit démissionner avec une indemnité de licenciement.

Bien que les enseignants puissent demander des exemptions religieuses au mandat de vaccination, une option demandée par leur syndicat, les responsables de la ville ont clairement indiqué qu’ils n’avaient pas l’intention de les approuver. Les demandeurs d’exemption doivent présenter une lettre d’un responsable religieux, et un accord contraignant entre la ville et le syndicat stipule que « les demandes seront refusées lorsque le chef de l’organisation religieuse s’est prononcé publiquement en faveur du vaccin… ou lorsque l’objection est de nature personnelle, politique ou philosophique ».

Ces directives sont plus compliquées à appliquer lorsqu’il s’agit du judaïsme que dans certaines religions, comme le catholicisme, où la doctrine est fixée de manière centrale. (Dans le judaïsme, les principales obédiences publient des directives à l’intention de leurs membres, mais chaque rabbin prend des décisions pour sa communauté, et les désaccords sont fréquents.)

Toutes les principales obédiences non orthodoxes ont publié des déclarations approuvant les vaccins contre la COVID-19. Dans le monde orthodoxe, où les directives de santé publique liées à la COVID-19 ont été plus âprement débattues, une liste a circulé sur les réseaux sociaux au sujet de rabbins orthodoxes qui ont exprimé leur opposition à la vaccination soit publiquement soit en privé, y compris certains à Borough Park. Mais beaucoup d’autres rabbins orthodoxes se sont déclarés favorables à la vaccination, notamment par le biais de campagnes concertées visant à augmenter les taux de vaccination dans les communautés orthodoxes. La Yeshiva University, école phare de New York, exige que ses étudiants et son personnel soient vaccinés.

Illustration : Des membres de la communauté juive orthodoxe se rassemblent autour d’un journaliste alors qu’il mène une interview au coin d’une rue, le 7 octobre 2020, dans le quartier de Borough Park, à Brooklyn, dans la ville de New York. (Crédit : AP Photo/John Minchillo)

Cela ne fait pas vaciller Stephanie Edmonds, enseignante juive d’histoire au lycée qui ne veut pas être vaccinée.

« Je ne pense pas que le judaïsme soit un monolithe, et je ne pense pas qu’un chef religieux, quelle que soit son courant, puisse parler au nom de tous les membres de cette religion », a-t-elle déclaré à la Jewish Telegraphic Agency samedi soir. « Il est certain que pour le judaïsme, il n’y a pas de voix singulière qui puisse parler de la relation d’un individu avec Dieu. »

Edmonds était en larmes vendredi après-midi lorsqu’elle a parlé à CNN depuis sa salle de classe du Bronx, où elle a affirmé qu’elle s’apprêtait à donner ce qu’elle pensait être sa dernière classe dans une école publique de la ville de New York. Elle a déclaré à CNN qu’elle participerait à un recours collectif que les enseignants ont intenté contre la ville au sujet des mandats.

Elle a déclaré qu’elle avait pris la décision de ne pas se faire vacciner après avoir beaucoup prié, tout en reconnaissant qu’aucun principe du judaïsme n’interdisait la vaccination. « J’ai une objection religieuse profondément ancrée. Je crois que cela va à l’encontre de ma foi », a-t-elle déclaré.

Mme Edmonds a expliqué à JTA avoir été élevée dans une synagogue réformée dans son Connecticut natal et qu’elle y a célébré sa bat mitzvah. Elle a ensuite été impliquée au sein du mouvement Hillel à l’Université du Connecticut et a vécu pendant un semestre lors de ses études en Israël, où elle a ramassé des dattes dans un kibboutz près d’Eilat.

Je n’ai pas l’impression de devoir justifier mes pratiques religieuses devant un jury ou devant le public.

Mais elle ne s’est pas rendue depuis longtemps à la synagogue ou à un quelconque évènement juif – ce qui la place dans la lignée d’une grande partie de Juifs américains. Elle n’a donc pas présenté de lettre d’un rabbin dans sa demande d’exemption, qui fait l’objet d’un appel après avoir été initialement rejetée. La semaine dernière, il a été demandé à Mme Edmonds d’expliquer plus en détail ses convictions anti-vaccin lors d’une audience pour son appel, une expérience qu’elle dit ne pas avoir appréciée.

« Je n’ai pas l’impression de devoir justifier mes pratiques religieuses devant un jury ou devant le public », a-t-elle déclaré.

Mme Rivera, qui a grandi dans une famille hassidique mais préfère aujourd’hui les synagogues orthodoxes traditionnelles, a déclaré qu’elle n’avait aucune objection à expliquer sa résistance à la vaccination en termes juifs, même si elle a ajouté que ses objections étaient plus profondes que cela. Elle dit connaître des personnes qui sont tombées gravement malades à cause de la COVID-19 – et des personnes qui, selon elle, ont été sauvées après avoir reçu des traitements discrédités par l’establishment médical, notamment le cocktail de médicaments promu par un médecin juif nommé Vladimir Zelenko.

Dr. Vladimir ‘Zev’ Zelenko. (Capture d’écran YouTube)

« Dans la loi de la Torah, vous n’avez pas le droit de vous injecter un vaccin qui n’offre aucun avantage médical curatif significatif au patient, même s’il est prétendument bon pour les autres », a-t-elle affirmé. « On nous a dit de nous faire vacciner parce que nous savons que c’est pour le bien de tous, mais nous pouvons quand même recevoir et transmettre la COVID. Je ne pense pas qu’Hachem voudrait que je sacrifie mon autonomie corporelle pour cela. »

Même les dirigeants rabbiniques de l’obédience dans laquelle Green a été ordonné, le Habad, s’écartent de cette position. Le rabbin Yehuda Sherpin, qui rédige une chronique sur la loi juive pour le site Chabad.org, a fait remarquer que la Torah exigeait que les individus prennent des mesures pour sauver leur vie, comme les vaccins, en temps de peste. « Protéger sa propre santé n’est pas seulement une question de bon sens, c’est en fait une mitzvah », a-t-il écrit dans une chronique intitulée « Que dit la loi juive à propos de la vaccination », qui ne traite pas directement de la COVID-19. « Cela signifie que même si vous ne voulez pas le faire, pour quelque raison que ce soit, vous êtes quand même obligé de le faire. »

Rivera a dit qu’elle a eu la COVID-19 au printemps dernier et qu’elle est convaincue être protégée par les anticorps qu’elle a développés en réponse à cette infection, citant les conseils d’un médecin local qui, selon elle, a refusé d’écrire une lettre approuvant une exemption médicale par crainte de représailles. La position selon laquelle une exposition antérieure à la COVID-19 peut constituer une protection suffisante contre le virus est largement répandue dans de nombreuses communautés orthodoxes, qui ont durement été frappées dès les premières heures de la pandémie de l’année dernière ; les médias orthodoxes ont fait pression sur l’administration de Blasio pour obtenir des données sur l’immunité naturelle.

« Il n’y a pas eu de vague pandémique à Borough Park depuis un an », a déclaré M. Rivera.

Dans une vidéo, des rabbins orthodoxes de Baltimore et de Long Island (New York) exhortent les membres de leur communauté à se faire vacciner contre la COVID avant les Grandes Fêtes. (Capture d’écran : YouTube)

Mme Rivera a également déclaré être nerveuse quant aux effets du vaccin sur son enfant à naître. Les Centers for Disease Control exhortent les femmes enceintes à se faire vacciner, citant l’incidence élevée de complications chez les patientes enceintes qui contractent la COVID et les données montrant la sécurité et l’efficacité du vaccin. Seul un tiers environ des femmes enceintes sont vaccinées, ce qui reflète l’anxiété généralisée et la désinformation concernant les effets des vaccins sur la fertilité. Ces inquiétudes sont particulièrement répandues dans les communautés orthodoxes, où la fertilité est primordial. En guise de réponse, plusieurs rabbins orthodoxes de Long Island et de Baltimore ont collaboré à une vidéo publiée à l’occasion de Rosh HaShana, soulignant que les vaccins n’avaient eu aucun effet négatif observable sur la fertilité, et encourageant leurs communautés à se faire vacciner.

Pour l’instant, elle contourne le mandat de vaccination en démarrant son congé de maternité plus tôt. Le syndicat des enseignants a récemment négocié des congés payés pour les éducateurs, de sorte qu’elle sera payée pendant six semaines et pourra ensuite prendre des vacances pendant six autres semaines. À ce moment-là, elle espère que l’obligation sera assouplie, soit parce que la pandémie aura diminué, soit parce qu’un nouveau maire sera entré en fonction et aura levé l’obligation de vaccination. (Eric Adams, qui est susceptible de remporter les élections municipales de novembre, n’a pas parlé en détail des obligations en matière de vaccination, mais a déclaré en août, avant l’obligation pour les enseignants, qu’il pensait que M. de Blasio allait « dans la bonne direction » sur cette question.)

Si le mandat reste en vigueur, Mme Rivera affirme qu’elle ne sait pas ce qu’elle fera. Elle ne veut vraiment pas se faire vacciner, mais son mari est actuellement sans revenu après avoir fermé son restaurant casher, un restaurant de poulet frit nommé Krispy Nuggets, parce qu’il ne pouvait pas embaucher suffisamment de travailleurs.

C’était avant que Bill de Blasio n’annonce que la vaccination serait obligatoire pour les personnes mangeant dans les restaurants de la ville, un mandat qui a mis la pression sur les restaurants casher dont une partie importante de la clientèle est opposée à la vaccination. « Honnêtement, cela a peut-être été une bénédiction déguisée, car nous n’aurions jamais accepté la ségrégation », a-t-elle déclaré.

Mme Rivera a déclaré que certains des autres enseignants juifs qu’elle connaissait et qui ne voulaient pas se faire vacciner l’avaient fait au cours des dernières semaines, lorsqu’il est devenu évident qu’ils devaient le faire pour continuer à être payés. Elle dit connaître également des enseignants travaillant dans des yeshivot de Brooklyn qui n’ont pas été vaccinés.

« Pour la plupart, les autres éducateurs juifs que je connais travaillent dans des écoles privées », a-t-elle déclaré. « Et ce n’est pas un enjeux crucial pour eux comme ça l’est pour nous. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...