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Cessez-le-feu à Gaza : Ankara et Le Caire exhortent Washington à intervenir

Selon Hakan Fidan, l'Indonésie, et l'Azerbaïdjan entre autres veulent que la Turquie rejoigne l'ISF ; Badr Abdelatty demande le déploiement rapide d'une forces de maintien de la paix

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Un Gazaoui sur une charrette tirée par un âne passant près d'un bloc de béton marquant la « Ligne jaune » tracée par l'armée israélienne, à Bureij, dans le centre de la bande de Gaza, le 4 novembre 2025. (Crédit : Bashar Taleb/AFP)
Un Gazaoui sur une charrette tirée par un âne passant près d'un bloc de béton marquant la « Ligne jaune » tracée par l'armée israélienne, à Bureij, dans le centre de la bande de Gaza, le 4 novembre 2025. (Crédit : Bashar Taleb/AFP)

DOHA — La Turquie et l’Égypte accusent Israël de violer quotidiennement le cessez-le-feu à Gaza. Le ministre des Affaires étrangères d’Ankara a déclaré que le président américain Donald Trump devrait intervenir si Washington ne voulait pas voir la trêve s’effondrer.

Lors d’une interview sur la scène du Forum de Doha, au Qatar, le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a déclaré que Donald Trump devrait avoir une « conversation très approfondie » avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu à ce sujet.

« S’ils n’interviennent pas, je crains que le plan échoue en raison des violations quotidiennes du cessez-le-feu par les Israéliens », a précisé Fidan. Ni lui ni son homologue égyptien n’ont évoqué les nombreuses violations commises par le groupe terroriste palestinien du Hamas.

Alors que les États-Unis cherchent à résoudre la question du désarmement du Hamas dans les semaines à venir, Fidan a fait valoir que la priorité ne concernait pas le désarmement du Hamas mais devrait être de déployer la Force internationale de stabilisation (ISF) le long de la « Ligne jaune » à Gaza afin de séparer les troupes israéliennes des terroristes du Hamas et de mettre fin aux affrontements meurtriers quasi quotidiens.

Fidan reprenait ainsi les propos du ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, qui, lors de la conférence, avait appelé au déploiement de forces de maintien de la paix à Gaza afin de mettre un terme aux violations présumées commises par Israël.

« Je pense que [Trump] aura une bonne discussion avec Netanyahu avant la fin de l’année », a poursuivi Fidan, laissant entendre que Trump exercerait une forte pression sur Netanyahu lorsque ce dernier se rendra à Washington pour rencontrer le président fin décembre.

Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, assistant à une session lors de la journée d’ouverture du Forum de Doha, une conférence diplomatique annuelle, à Doha, le 6 décembre 2025. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

Israël insiste sur le fait que ses soldats n’ont fait qu’agir en réponse aux violations commises par les terroristes du Hamas, notamment les tirs visant les troupes de Tsahal. Selon l’armée, des soldats éliminent presque quotidiennement des terroristes qui franchissent la ligne de cessez-le-feu et s’approchent d’eux de manière menaçante.

Les États-Unis espèrent que le Hamas acceptera, dans les prochaines semaines, de rendre progressivement ses armes, mais le groupe terroriste n’a rien laissé entendre qui indiquerait qu’il serait disposé à le faire – au contraire.

Selon Fidan, le Hamas a presque entièrement « répondu aux demandes » en restituant tous les otages – vivants et morts – à l’exception du corps du sergent-chef Ran Gvili. Le Hamas devait le faire dans les 72 heures suivant le 10 octobre, mais l’accord de cessez-le-feu prévoyait une certaine marge de manœuvre au cas où la recherche des corps enfouis sous les décombres de Gaza prendrait plus de temps.

Fidan a pris acte du veto exercé par Israël à l’encontre de la participation de la Turquie à l’ISF, et a confirmé l’information publiée par le Times of Israel selon laquelle cela a contrarié d’autres pays potentiellement contributeurs qui considèrent la présence d’Ankara comme une sorte de police d’assurance.

Le président américain Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à la Knesset, le 13 octobre 2025. (Crédit : Chip Somodevilla/Pool via AP)

Interrogé spécifiquement sur l’Indonésie et l’Azerbaïdjan, Fidan a répondu : « Ils veulent que [la Turquie] fasse partie de l’ISF parce qu’ils savent que nous pouvons jouer un rôle de premier plan et leur faciliter la tâche en leur apportant davantage de légitimité et de soutien de la part du peuple. »

« L’Indonésie, l’Azerbaïdjan et certains autres pays musulmans et arabes avec lesquels nous travaillons en étroite collaboration souhaitent que la Turquie intègre cette force afin que leurs troupes puissent être déployées », a-t-il affirmé.

Le ministre turc des Affaires étrangères affirme que les négociateurs américains sont débordés, ce qui ralentit l’avancement du plan Trump

Dans une critique mesurée à l’égard des États-Unis, Fidan a déclaré que les négociateurs américains n’avaient pas la marge de manœuvre nécessaire pour faire avancer l’accord sur Gaza, ce qui a compliqué les efforts de transition vers la deuxième phase du plan en vingt points du président Trump.

L’envoyé spécial américain Steve Witkoff et le gendre du président Donald Trump, Jared Kushner, accompagnés de l’envoyé économique du Kremlin Kirill Dmitriev, avant une réunion avec le président russe, au Kremlin, à Moscou, le 2 décembre 2025. (Crédit : Alexander Kazakov/Agence publique russe Sputnik/Pool/AFP)

« Parmi les problèmes pratiques liés à cette question, il y a le fait que les responsables américains chargés de la médiation dans le dossier de Gaza sont également chargés de la médiation entre l’Ukraine et la Russie », a poursuivi Fidan, faisant référence aux principaux conseillers de Trump, Steve Witkoff et Jared Kushner.

Fidan a pris soin de saluer leurs efforts tout en reconnaissant que le binôme est tout simplement débordé, car il tente de résoudre deux conflits majeurs en même temps.

Il a expliqué que, si la Turquie n’avait pas d’objection à assumer les responsabilités d’un garant de l’accord, le document de cessez-le-feu qu’elle avait signé ne lui conférait pas un tel rôle et qu’elle était limitée dans ce qu’elle pouvait faire pour maintenir le cessez-le-feu, car Israël ne lui permettait pas d’être présente sur le terrain à Gaza.

Interrogé sur les affirmations de la famille du tristement célèbre terroriste palestinien, Marwan Barghouti, qui purge cinq peines de prison à perpétuité pour son rôle dans des attentats terroristes meurtriers perpétrés pendant la Seconde Intifada, au cours desquels cinq Israéliens ont été tués, et qui affirme avoir de nouveau été passé à tabac par des gardes israéliens, Fidan a déploré qu’il s’agisse là d’un cas parmi « des milliers » d’autres dans lesquels des Palestiniens seraient torturés dans les prisons israéliennes.

Israël dément catégoriquement ces accusations et affirme que les personnes placées sous sa garde sont traitées conformément au droit international. Toutefois, un audit mené par le Bureau du défenseur public israélien a révélé que les prisonniers palestiniens incarcérés pour atteinte à la sécurité en Israël sont soumis à des conditions de plus en plus difficiles depuis octobre 2023 ; beaucoup d’entre eux ne mangeraient pas suffisamment.

Selon Fidan, Israël agit en toute impunité, car il sait « que la communauté internationale est impuissante à l’empêcher d’utiliser la force ».

« Mais la communauté internationale peut faire d’autres choses », a-t-il poursuivi, soulignant les mouvements de protestation croissants contre Israël menés par des jeunes à travers le monde, ainsi que la récente vague de reconnaissances d’un État palestinien.

« M. Netanyahu nuit gravement à l’avenir d’Israël », a-t-il affirmé.

Le ministre égyptien des Affaires étrangères : Rafah ne sera pas utilisée comme « porte d’entrée pour les déplacements »

Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, a également fait part de ses inquiétudes concernant les violations présumées du cessez-le-feu à Gaza par Israël.

S’exprimant lors d’une session distincte de la conférence, il a appelé au déploiement « dès que possible » de l’ISF à Gaza, affirmant qu’Israël profitait de l’absence d’observateurs internationaux sur le terrain à Gaza pour bafouer quotidiennement le cessez-le-feu.

« En ce qui concerne la Force internationale de stabilisation, nous devons déployer cette force dès que possible sur le terrain, car l’une des parties, à savoir Israël, viole chaque jour le cessez-le-feu et accuse l’autre partie de le violer, nous avons donc besoin d’observateurs », a déclaré Abdelatty.

Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, s’exprimant lors de la journée d’ouverture du Forum de Doha, une conférence diplomatique annuelle, à Doha, le 6 décembre 2025. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

Abdelatty a révélé que l’Égypte souhaitait que l’ISF se déploie le long de la « Ligne jaune », à l’intérieur de Gaza, où Israël s’est retiré au début du cessez-le-feu, le 10 octobre.

Cette ligne de déploiement semble faire l’objet d’un consensus croissant parmi les parties prenantes, car aucun pays ne souhaite stationner de manière permanente ses troupes dans ce qui est désormais connu sous le nom de « zone rouge », c’est-à-dire la partie occidentale et côtière de Gaza, sous le contrôle de facto du Hamas.

S’exprimant dans la bande de Gaza face à des soldats réservistes, le chef d’état-major de l’armée israélienne, Eyal Zamir, a affirmé dimanche que la Ligne jaune, marquant un premier retrait de l’armée israélienne à l’intérieur du territoire, constituait « une nouvelle frontière – une ligne de défense avancée pour les localités (israéliennes) et une ligne d’attaque ».

Le ministre égyptien des Affaires étrangères a également adopté une autre position de plus en plus populaire parmi les contributeurs potentiels à l’ISF, à savoir que cette force devrait être engagée dans le maintien de la paix et non dans l’imposition de la paix.

Cette position contredirait probablement le souhait des États-Unis de voir l’ISF jouer un rôle clé dans le désarmement du Hamas, à moins que le groupe terroriste palestinien n’accepte de renoncer volontairement à ses armes dans le cadre d’un accord négocié, ce qui semble actuellement peu probable.

Un camion chargé d’aide humanitaire attendant de passer du côté égyptien de Rafah pour se rendre au poste-frontière de Kerem Shalom dans la bande de Gaza, le 20 octobre 2025. (Crédit : AFP)

Concernant le passage frontalier de Rafah, entre l’Égypte et Israël, fermé depuis mai 2024, Abdelatty a affirmé qu’Israël en était responsable, car il n’était disposé à l’ouvrir qu’à condition qu’il s’agisse d’une voie de transit à sens unique pour les habitants quittant Gaza.

L’Égypte ne permettra pas que Rafah soit utilisée « comme une porte pour déplacer ou chasser des personnes de leur patrie », a-t-il estimé.

« Il n’y a aucune justification éthique ou morale pour déplacer les Palestiniens. »

La seule exception pour les Gazaouis qui devraient être autorisés à partir concerne ceux qui ont besoin d’un traitement médical ; même ceux-ci devraient toutefois être tenus de revenir une fois leur traitement terminé, a-t-il ajouté.

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