Cet agriculteur qui ne jure que par ses grenades (et ses nèfles et ses abricots)
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Cet agriculteur qui ne jure que par ses grenades (et ses nèfles et ses abricots)

Amiram Moerman dit qu'il doit son salut face à la COVID à son jus de grenade, mais il s'insurge contre le nouveau gouvernement et ses tentatives de changer l'industrie locale

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Amiram Moierman, 85 ans, cultivateur de fruits de toute une fois qui se bat contre la proposition du gouvernement sur les taxes douanières sur les importants, dans son verger du Moshav Karmei Yosef au mois de juin 2021. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
Amiram Moierman, 85 ans, cultivateur de fruits de toute une fois qui se bat contre la proposition du gouvernement sur les taxes douanières sur les importants, dans son verger du Moshav Karmei Yosef au mois de juin 2021. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Amiram Moerman adore ses grenades.

En fait, Moerman, âgé de 85 ans, affirme que ce sont les deux jus qu’il a bus quotidiennement – ces jus à la couleur rouge vermeil – qui l’ont guéri d’un récent assaut de la COVID-19.

« Ce jus, c’est comme du vin », affirme Moerman, se référant aux grenades Emek qui s’épanouissent en ce moment dans ses vergers. « Le dispensaire médical fait des recherches sur moi, parce que la grenade m’a aidé à guérir. »

Les vertus curatives de la grenade sont connues – et c’est particulièrement le cas pour Moerman, qui cultive deux espèces du fruit depuis des années : l’Emek et la ‘Wonderful’, plus amère, qui va mûrir d’ici un mois.

Les fruits, et plus précisément la grenade, les nèfles du Japon qui ont la couleur de la pêche, et les abricots : cela fait des décennies que Moerman leur consacre son existence dans ce coin du Moshav Karmei Yosef, où il travaille sur un verger d’une quarantaine d’hectares.

C’est là qu’il a fait croître un empire du fruit, continuant ainsi l’ouvrage commencé par ses parents sur un stand de vente de fruits à Tel Aviv. C’est l’un de ses trois enfants, Tomer Moerman, qui assure aujourd’hui la relève.

Tomer Moerman, à gauche, travaille avec son père, Amiram, dans l’entreprise familiale depuis quelques années. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Toutefois, depuis ces derniers jours, Moerman est furieux contre le gouvernement et contre la réforme qui a été proposée et qui permettrait d’alléger les restrictions imposées aux importations de produits agricoles. Ses partisans vantent cette réforme en affirmant qu’elle permettra de faire baisser les prix, tandis que les critiques affirment qu’elle nuira à l’industrie locale.

« Ils ne comprennent pas que le coronavirus tout entier est lié à l’alimentation », déplore-t-il. « Nos températures sont en train de changer, et qui peut donc avoir confiance dans des produits provenant d’achats alimentaires qui ont été effectués dans d’autres pays ? D’où viendra donc notre alimentation ? »

C’est une bataille qu’il mène depuis des années.

J’avais rencontré Moerman pour la toute première fois au mois de juin, assis à une table de pique-nique installée dans son verger, entre un récipient contenant des abricots et un autre rempli de nèfles du Japon. À la fin de notre conversation, la table avait disparu sous une pile soignée de noyaux d’abricots, à côté d’une autre pile de noyaux lisses et marrons de nèfles.

« Vous ressentez l’énergie que vous donne cet abricot ? », m’avait-il demandé.

Et c’était vrai – ce n’était pas un abricot comme les autres. Mais plutôt un abricot Golden Nugget, plus gros que ceux qui sont présentés dans les étals des supermarchés, facile à séparer, avec une chair douce et juteuse avalée en seulement deux bouchées. Ces abricots, dans le verger de Moerman, mûrissent à peu-près à la même saison que les nèfles du Japon, ces fruits d’un orange harmonieux similaire en taille aux prunes d’Italie, appelés shesek en hébreu, qui font en fait partie de la famille des pommes, des poires et des pêches mais qui sont également connues sous le nom de prunes chinoises.

Les nèfles du Japon et les abricots cultivés par la famille Moierman dans leur verger du Moshav Karmei Yosef, au mois de juin 2021. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Pour Moerman, le roi auto-proclamé des nèfles du Japon en Israël, néanmoins, les deux fruits sont également désirables, et se dégustent fréquemment pendant la saison. Il porte une telle adoration aux nèfles du Japon qu’il avait créé une virelangue à leur sujet qui avait été reprise de manière incessante à la radio, au milieu des années 1970.

Une publicité commerciale pour les nèfles du Japon s’était ainsi appuyée sur un jeu de mots entre shesek et cheshek, qui signifie désir. « Yesh li cheshek l’shesek« , qui peut se traduire par « J’ai le béguin pour les nèfles du Japon ».

« Vous en mangez une et vous ressentez du désir », explique Moerman. « Mais je ne pouvais pas dire ça, j’aurais mis en colère les ultra-orthodoxes. »

Il avait donc opté pour la virelangue, permettant de faire entrer sur le marché local ce petit fruit de forme ovale.

Moerman travaille dans les vergers depuis qu’il est enfant. Il cueillait des mangues dans un verger que son père avait acheté en 1948 pour 800 lires, puis il l’aidait à les ramener en bus chez eux avant d’aller vendre les fruits sur un stand du marché de Tel Aviv.

Sa vie d’agriculteur reflète les hauts et les bas de l’histoire de l’agriculture israélienne – depuis l’époque où le pays naissant devait cultiver ses propres produits pour nourrir la population jusqu’à aujourd’hui, où Israël importe un plus grand nombre de fruits et de légumes, faisant courir le risque aux fermiers de se retrouver sur la paille.

Les parents de Moerman étaient venus au sein de l’État juif depuis la Biélorussie avec presque rien, et ils avaient fini par acheter le magasin de fruits où travaillait son père.

Les agriculteurs vendaient directement leurs produits au magasin. C’est là que Moerman les avait rencontrés et qu’il avait finalement pris conscience de son propre désir de travailler la terre.

« L’agriculture, c’est un virus qui s’attrape », explique-t-il.

Il n’a jamais vécu sur cette terre, au Moshav Karmei Yosef, devant se rendre quotidiennement sur son verger. Feu son épouse, Esti, avait des problèmes de santé et devait rester à proximité d’un hôpital. Le couple avait donc élu domicile à Ramat Hasharon.

Il fait encore le déplacement dans ses vergers tous les jours.

« Il faut être obstiné et faire ce que vous avez envie de faire, même si c’est difficile », note-t-il.

Des nèfles du Japon dans le verger d’Amiram Moierman, au Moshav Karmei Yosef, au mois de juin 2021. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

« J’ai 25 000 enfants, mes arbres dans ce verger », s’était exclamé l’octogénaire alors que nous étions assis à la table de pique-nique, au mois de juin, désignant du doigt les arbres autour de lui, des arbres remplis de nèfles du Japon mûres, des arbres où commençaient à apparaître des grenades minuscules et des abricotiers, d’où pendaient de nombreuses petites boules oranges.

« Je viens ici tous les jours. Je leur dis bonjour, je leur donne le petit-déjeuner et le dîner, et c’est ma forêt de nèfles, d’abricots, de raisins et de grenades. »

Le commerce a été difficile, en particulier au cours des 20 dernières années – le marché ayant spectaculairement changé lorsque les compagnies agro-alimentaires Tnuva et Strauss ont fait leur apparition, achetant des fruits et des légumes cultivés par des agriculteurs avant de les revendre aux grandes chaînes de supermarché où les produits sont généralement moins chers et de qualité inférieure.

« Dans les supermarchés, il n’y a que des produits standards et quelqu’un comme moi ne cultive que des fruits de qualité supérieure », dit Moerman. « Et pourquoi importer des fruits et des légumes alors que nous avons les nôtres ? »

Un article récent de Sue Surkes, qui est paru dans le Times of Israel, a montré que les distributeurs majorent régulièrement les prix des fruits et des légumes à hauteur de 100 % et parfois même de 200 %, selon une étude qui a été réalisée par le ministère de l’Agriculture.

Le ministre de l’Agriculture, Oded Forer, cherche à diminuer les prix à la consommation en proposant une réforme controversée qui réduira les taxes douanières qui ont protégé jusqu’à présent les cultivateurs locaux. Les agriculteurs, de leur côté, insistent sur le fait qu’ils ne sont payés qu’une fraction du prix imposé aux clients dans les supermarchés et qu’ils sont inéquitablement pris pour cible par ce plan gouvernemental.

« Il n’y a pas d’avenir pour mes enfants mais c’est tout ce que j’ai à leur donner », déplore Moerman. « J’aurais dû leur acheter une maison. C’est une tragédie. Il faut être vraiment idiot pour continuer aujourd’hui. »

Alors que Moerman et son fils, Tomer, 48 ans, me ramènent à ma voiture, le jeune cultivateur de ce verger verdoyant m’explique qu’il ne reviendra plus jamais dans le milieu des entreprises et de la publicité où il travaillait dans le passé.

« Je vois beaucoup de gens revenir dans l’entreprise familiale parce que personne ne s’inquiète de vous comme on le fait dans le cadre d’une affaire familiale », dit-il.

Père et fils prendront quelques semaines de congés après la saison des grenades et avant que les nèfles du Japon ne mûrissent – avec « des dizaines de milliers de fleurs et des millions d’abeilles » au mois de novembre, explique Moerman.

« C’est comme au Japon, quand les gens vont voir les cerisiers en fleurs », continue-t-il. « J’ai envie que les gens viennent voir ça. »

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