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Charm el-Cheikh : Israël et l’AP renouvellent leur promesse de réduire la violence

La déclaration commune issue lors du sommet égyptien reconnaît le "droit légal" de Ramallah à contrôler la sécurité de la zone A, où l’armée israélienne opère régulièrement

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Des manifestants palestiniens brûlant des pneus lors d'une petite manifestation à l'appel du Hamas contre le sommet régional de Charm el-Cheikh, en Égypte, à l'est de la ville de Gaza, près de la frontière avec Israël, le 19 mars 2023. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)
Des manifestants palestiniens brûlant des pneus lors d'une petite manifestation à l'appel du Hamas contre le sommet régional de Charm el-Cheikh, en Égypte, à l'est de la ville de Gaza, près de la frontière avec Israël, le 19 mars 2023. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

Les délégations d’Israël et de l’Autorité palestinienne (AP) se sont réunies dimanche à Charm el-Cheikh, en Égypte, pour un sommet régional relativement rare, mais aux enjeux limités, au cours duquel elles se sont de nouveau engagées à désamorcer les tensions régionales en amont de la période du ramadan, qui commencera la semaine prochaine.

Le sommet de dimanche, auquel ont participé des délégations des États-Unis, de Jordanie et d’Égypte, faisait suite à une rencontre similaire organisée à Aqaba, en Jordanie, le mois dernier. Il s’agissait de la première conférence de haut niveau entre les dirigeants israéliens et palestiniens depuis des années. Les deux parties ont également convenu de se rencontrer une troisième fois le mois prochain.

Le sommet de Charm el-Cheikh, comme celui d’Aqaba, a été entaché par un attentat terroriste perpétré dans la ville palestinienne de Huwara. L’armée israélienne a affirmé qu’un terroriste avait « ouvert le feu sur un véhicule israélien » dimanche avant d’être blessé par des tirs de soldats et de « l’un des deux civils à bord de la voiture », et d’être capturé dans cette ville du nord de la Cisjordanie.

Deux jeunes frères israéliens ont été tués dans l’attaque du 26 février. À la suite de cet attentat, des extrémistes ultra-nationalistes avaient organisé une émeute dans la ville, incendiant des maisons et des voitures et agressant des Palestiniens, faisant de nombreux blessés et tuant un Palestinien dans des circonstances encore incertaines.

Ces attaques ont mis en évidence l’impact limité de ces réunions sur la désescalade des tensions, alors que le gouvernement le plus à droite de l’Histoire d’Israël est associé à une AP historiquement affaiblie et à un public palestinien toujours frustré et désillusionné par la mauvaise gouvernance de Ramallah et le maintien de l’autorité militaire israélienne.

Les dirigeants israéliens et palestiniens ont accepté de se rencontrer dimanche sous la pression des États-Unis, de l’Égypte et de la Jordanie, qui cherchent à apaiser les tensions avant le début du ramadan, qui, ces dernières années, a ouvert la voie à de nouvelles violences entre les deux camps.

Les tensions entre Israël et les Palestiniens ont été intenses ces douze derniers mois, l’armée israélienne menant des opérations antiterroristes quasi-quotidiennes en Cisjordanie suite à plusieurs attentats terroristes palestiniens particulièrement meurtriers. Ces tensions se sont encore intensifiées ces dernières semaines, sur fond de raids israéliens et de représailles palestiniennes, ainsi que d’une recrudescence des violences des résidents d’implantations.

Une série d’attaques à Jérusalem et en Cisjordanie, ces derniers mois, a fait 14 morts et plusieurs blessés graves du côté israélien.

Au moins 85 Palestiniens ont été tués depuis le début de l’année, la majorité d’entre eux alors qu’ils commettaient des attaques ou pendant des affrontements avant les services de sécurité. Certains étaient toutefois des civils non-impliqués et d’autres ont perdu la vie dans des circonstances qui font actuellement l’objet d’une enquête.

La plupart des violences récentes se sont déroulées en Cisjordanie, mais le ramadan fait courir le risque d’une propagation de la violence à Jérusalem-Est, où des dizaines de milliers de Palestiniens se rassembleront chaque jour sur le Sanctuaire noble – le mont du Temple – ce qui pourrait ajouter un élément religieux aux tensions.

Comme elles l’avaient fait après la réunion d’Aqaba, les parties ont publié dimanche un communiqué conjoint dans lequel elles s’engagent à « prévenir toute nouvelle violence ».

Le communiqué souligne le « droit juridique » de l’AP d’exercer sa responsabilité en matière de sécurité dans la zone A de la Cisjordanie.

Ce territoire à contiguïté majoritairement palestinienne représente environ 20 % de la Cisjordanie et a été placé sous le contrôle sécuritaire et civil de l’AP dans le cadre des Accords de Taba de 1995 – ou Oslo II.

Tsahal pénètre cependant régulièrement dans la zone A et ces incursions ont augmenté de manière significative au cours de l’année écoulée, Israël cherchant à lutter contre une vague de terreur qui provient essentiellement du nord de la Cisjordanie, où l’AP a perdu un contrôle important.

À lire: Pourquoi le gouvernement le plus à droite de l’Histoire a rencontré l’AP à Aqaba

Lors du précédent sommet régional, qui s’est tenu le mois dernier à Aqaba, Israël avait exhorté l’AP à faire davantage pour reprendre le contrôle du nord de la Cisjordanie, déclarant aux participants que plus Ramallah agirait contre les groupes armés de la région, moins Tsahal aurait à pénétrer dans la zone A pour des raids qui sont devenus particulièrement meurtriers ces derniers mois, a déclaré à l’époque un fonctionnaire israélien au Times of Israel.

L’AP a rétorqué que les opérations de Tsahal nuisaient encore plus à sa légitimité. Si la répression des groupes terroristes est dans l’intérêt de Ramallah, car nombre d’entre eux s’opposent à son pouvoir, l’AP a fait valoir que coopérer avec Israël sur ce front sans que Jérusalem ne prenne des mesures parallèles pour renforcer la souveraineté palestinienne ne fait que l’affaiblir davantage aux yeux de l’opinion publique palestinienne, qui a vivement critiqué le sommet de dimanche avec le gouvernement radical du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Bien qu’Israël ait affirmé lors du sommet d’Aqaba que les forces de sécurité de l’AP jouaient un rôle plus actif en Cisjordanie, cette question n’a pas été incluse dans le communiqué commun publié à l’issue de cette réunion. La décision de l’inclure dans le communiqué publié après le sommet de Charm el-Cheikh indique un certain progrès sur la question.

Des manifestants palestiniens brûlant des pneus lors d’une petite manifestation à l’appel du Hamas contre le sommet régional de Charm el-Cheikh, en Égypte, à l’est de la ville de Gaza, près de la frontière avec Israël, le 19 mars 2023. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

« Les deux parties ont réaffirmé leur engagement inébranlable à l’égard de tous les accords conclus, en particulier le droit de l’AP à assumer les responsabilités en matière de sécurité dans la zone A de la Cisjordanie, conformément aux accords existants, et travailleront ensemble à la réalisation de cet objectif », indique le communiqué de Charm el-Cheikh, qui met à la charge de l’AP l’obligation d’agir dans la zone A tout en reconnaissant subtilement par omission qu’Israël n’a pas le droit légal d’opérer dans cette zone.

Le Bureau du Premier ministre a publié un communiqué après le sommet de dimanche, indiquant que la délégation israélienne « a souligné que pour éviter une escalade pendant le ramadan et après, les parties doivent agir de manière décisive contre le terrorisme, sans compromis ».

Le communiqué conjoint indique qu’Israël et l’AP ont également convenu d’établir un « mécanisme pour freiner et contrer la violence, l’incitation et les déclarations et actions incendiaires », qui rendra compte aux autres pays participant à Charm el-Cheikh, à savoir les États-Unis, l’Égypte et la Jordanie, lorsque les parties se réuniront pour une troisième session dans la station balnéaire du Sinaï, le mois prochain.

Israël et l’AP ont également convenu de « mettre en place un mécanisme » pour améliorer les conditions économiques du peuple palestinien ainsi que la situation financière de l’AP à court d’argent. Ce mécanisme rendra également compte aux représentants des États-Unis, de l’Égypte et de la Jordanie lors de la réunion de suivi d’avril.

Le communiqué ne précise pas la nature des « mécanismes », mais un haut fonctionnaire de l’administration Biden a indiqué aux journalistes, plus tard dans la journée, qu’une série de mesures visant à améliorer la « viabilité financière » de l’AP ont été discutées, ainsi que plusieurs mesures visant à renforcer la présence de l’AP en Cisjordanie sur le plan de la sécurité.

Le ministre des Affaires civiles de l’AP, Hussein al-Cheikh, qui dirigeait la délégation palestinienne, a déclaré au Times of Israel au début du mois qu’Israël s’était engagé, lors du sommet d’Aqaba, à débloquer des millions de dollars de recettes fiscales qu’il refusait de verser à l’AP.

Le reste du communiqué réitère les accords conclus lors de la réunion d’Aqaba, y compris l’engagement des deux parties à s’abstenir de prendre des mesures unilatérales pendant trois à six mois. Pour Israël, cela signifie ne pas faire avancer les nouvelles constructions dans les implantations pendant quatre mois et ne pas faire avancer la légalisation des avant-postes illégaux de Cisjordanie pendant six mois.

Une voiture touchée par des impacts de balles suite à une fusillade à une intersection dans la ville de Huwara, en Cisjordanie, le 19 mars 2023. (Crédit : Armée israélienne)

Ces engagements ont été rapidement démentis après le sommet du mois dernier par Netanyahu, qui a fait remarquer que l’organe du ministère de la Défense qui autorise la construction des implantations ne se réunissait de toute façon que tous les trimestres, mais qu’il avait déjà donné son feu vert à la construction du plus grand nombre de logements dans les implantations – près de 10 000 – quelques jours avant le rassemblement d’Aqaba.

Les mesures unilatérales sur lesquelles l’AP doit s’abstenir n’ont été précisées dans aucun des deux communiqués, mais un fonctionnaire israélien a déclaré au Times of Israel au début du mois qu’elles comprenaient des initiatives visant Israël dans des enceintes internationales telles que les Nations unies et la Cour pénale internationale (CPI).

Le communiqué réitère également l’engagement de maintenir le statu quo sur les lieux saints de Jérusalem, en incluant une nouvelle clause de non-responsabilité dans laquelle Israël et l’AP s’engagent à « empêcher activement toute action qui perturberait le caractère sacré de ces sites, notamment pendant le prochain ramadan, qui coïncide cette année avec Pâques et la Pâque juive [Pessah] ».

Les parties ont également réaffirmé l’importance de ce type de réunions « et sont impatientes de coopérer en vue de consolider la base de négociations directes entre les Palestiniens et les Israéliens » – un objectif que plusieurs ministres du gouvernement Netanyahu ont largement rejeté.

La délégation israélienne de dimanche était dirigée par le président du Conseil de sécurité nationale, Tzahi Hanegbi, et le chef de l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet, Ronen Bar. La délégation de l’AP était dirigée par al-Cheikh et le chef des services de renseignement, Majed Faraj. Les délégations égyptienne et jordanienne étaient dirigées par leurs ministres des Affaires étrangères respectifs, Sameh Choukri et Ayman Safadi. La délégation américaine était conduite par Brett McGurk, coordinateur pour le Moyen-Orient du Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche, et Barbara Leaf, secrétaire d’État adjointe aux affaires du Proche-Orient.

Aucune des deux parties n’a publié de photo commune après les réunions d’Aqaba et de Charm el-Cheikh.

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