Chef de la diplomatie bahreïnie à Biden: consultez-nous avant l’accord nucléaire
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Chef de la diplomatie bahreïnie à Biden: consultez-nous avant l’accord nucléaire

Cet appel survient après qu'Israël et les Saoudiens ont demandé à l'administration de ne pas revenir à l'accord sur le nucléaire iranien de 2015, comme le souhaite le président élu

Le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn, Abdullatif bin Rashid Al Zayani, s'exprime lors d'une conférence de presse avec le secrétaire d'État américain et le Premier ministre Netanyahu après leur rencontre trilatérale à Jérusalem, le 18 novembre 2020. (Menahem Kahana/Pool/Flash90)
Le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn, Abdullatif bin Rashid Al Zayani, s'exprime lors d'une conférence de presse avec le secrétaire d'État américain et le Premier ministre Netanyahu après leur rencontre trilatérale à Jérusalem, le 18 novembre 2020. (Menahem Kahana/Pool/Flash90)

Le ministre des Affaires étrangères bahreini Abdullatif al-Zayani a appelé la future administration Biden à s’entretenir avec ses alliés du Moyen-Orient avant de renégocier l’accord sur le nucléaire iranien.

Lors d’une interview accordée au site web Axios au cours d’une visite en Israël, al-Zayani a adopté un ton plus nuancé que celui d’Israël et de l’Arabie saoudite, qui ont tous deux exhorté le président élu des États-Unis Joe Biden à ne pas revenir sur l’accord de 2015, comme il a dit qu’il le ferait pendant sa campagne.

« Nous devons être consultés si les États-Unis envisagent de conclure un tel accord avec l’Iran », a déclaré al-Zayani. « Toute nation concernée par la belligérance de l’Iran devrait faire valoir ses arguments et le fera. »

« Nous ferons certainement connaître notre point de vue. Nous avons un dialogue étroit et ouvert avec les États-Unis, je suis donc sûr que les autres États de la région feront connaître ces préoccupations de manière absolument claire », a-t-il fait savoir, notant que beaucoup de choses avaient changé dans la région au cours des quatre dernières années.

Ron Dermer, ambassadeur d’Israël aux États-Unis, prend la parole lors d’un événement à Detroit, le 4 juin 2018. (AP Photo/Paul Sancya/File)

L’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Ron Dermer, a déclaré lundi que ce serait une « erreur » pour le nouveau gouvernement Biden de réintégrer l’accord nucléaire iranien négocié par l’administration Obama, comme le Démocrate s’est engagé à le faire pendant sa campagne.

« Je pense que ce serait une erreur et j’espère qu’il regardera le Moyen-Orient tel qu’il est, qu’il verra les avantages du processus [de normalisation], de la manière dont il peut poursuivre ce processus, et je pense qu’il ne faut pas revenir au même accord », a indiqué Dermer lors d’un débat avec ses homologues émiratis et bahreïnis à Washington, organisé par l’Economic Club.

Le prince Turki bin Faisal Al Saoud, ancien ambassadeur saoudien à Washington, s’est fait l’écho de cette idée mardi.

« Bien que nous aspirions tous à ce que l’Iran redevienne un État-nation pacifique normal au sein de la communauté internationale, l’expérience des quarante dernières années avec le régime iranien n’est pas encourageante », a commenté Faisal dans un discours au Conseil national des relations américano-arabes, dans lequel il a également mis en garde Biden contre la répétition des « erreurs » passées.

Le retour à l’accord nucléaire iranien de 2015, comme le souhaite Biden, « ne rendrait pas service à la stabilité de notre région. Relancer l’accord et seulement ensuite négocier les autres questions importantes piégerait la diplomatie et la soumettrait au chantage iranien », a ajouté l’envoyé.

L’accord nucléaire avec l’Iran a été conclu en 2015, lorsque Biden était vice-président. Le président américain Donald Trump s’est retiré du pacte en 2018 et a rétabli les sanctions.

Israël se prépare également à un changement majeur dans la politique américaine vis-à-vis de la région, le site d’information Walla rapportant que le ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi a constitué une petite équipe dans son bureau qui sera chargée de produire une stratégie pour s’assurer que Jérusalem reste informée des efforts de l’administration Biden pour conclure un nouvel accord nucléaire.

« Nous ne voulons pas être à nouveau mis à l’écart », a indiqué Ashkenazi lors d’un briefing à huis clos devant la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset la semaine dernière, selon Walla.

Le discours du ministre des Affaires étrangères israélien Gabi Ashkenazi retransmis sur Extra News (Capture d’écran : YouTube)

Le ministre des Affaires étrangères a préconisé que le gouvernement s’abstienne de répéter les erreurs passées qui l’ont mis à l’écart au moment où l’administration Obama négociait le Plan d’action global conjoint en 2015.

Ensuite, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a mené une campagne publique agressive contre l’accord qui a culminé avec un discours devant une session conjointe du Congrès organisée dans le dos du président de l’époque, Barack Obama.

Mais au sein de l’actuel gouvernement israélien, il n’y a pas de politique uniforme sur la question, la position d’Ashkenazi et du ministre de la Défense Benny Gantz étant considérée plus modérée que celle de Netanyahu, qui a ouvertement soutenu le régime de sanctions de Trump.

Selon Walla, Ashkenazi a fait savoir aux députés la semaine dernière que le ministère des Affaires étrangères pense que Biden tiendra sa promesse électorale et réintégrera l’accord.

Il a souligné que l’objectif de l’équipe qu’il dirigera sera de s’assurer que les préoccupations israéliennes soient prises en compte lorsque Washington et Téhéran renégocieront l’accord. Cela ne devrait cependant se produire qu’une fois que les Etats-Unis auront renoué avec l’accord et que l’Iran aura accepté de le respecter, selon Walla.

L’agence de surveillance nucléaire des Nations unies a annoncé la semaine dernière que l’Iran avait continué à augmenter son stock d’uranium faiblement enrichi bien au-delà des limites fixées dans l’accord nucléaire de 2015 avec les puissances mondiales et à l’enrichir à un degré de pureté supérieur à celui autorisé.

Des centrifugeuses au sein de l’usine d’enrichissement de l’uranium de Natanz, dans le centre de l’Iran, le 5 novembre 2019. (Atomic Energy Organization of Iran via AP)

Le ministre iranien des Affaires étrangères a déclaré mardi que Téhéran était prêt à revenir à l’accord nucléaire si Biden levait les sanctions sur l’Iran après son entrée à la Maison Blanche.

« Nous sommes prêts à discuter de la manière dont les Etats-Unis peuvent revenir à l’accord », a indiqué Zarif aux médias iraniens, selon une traduction de l’agence de presse Reuters.

« Si Biden est prêt à respecter les engagements des Etats-Unis, nous pouvons nous aussi revenir immédiatement à nos engagements complets dans l’accord… et des négociations sont possibles dans le cadre du P5+1″, a assuré Zarif, en faisant référence aux six puissances mondiales qui ont signé l’accord.

L’administration Trump prévoirait une série de sanctions de grande envergure contre l’Iran afin de rendre plus difficile pour la nouvelle administration de revenir sur l’accord nucléaire.

La semaine dernière, l’ancien assistant de Biden, Amos Hochstein, a indiqué à la Douzième chaîne que la conclusion d’un accord nucléaire avec la République islamique était « une de ses priorités » et que le futur président des Etats-Unis s’y emploierait peu après son entrée en fonction.

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