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Comment la Russie a défait 30 ans de construction de vie juive en Ukraine

Alors que l'ère post-soviétique avait été l'occasion d'un réveil de la vie communautaire pour les Juifs ukrainiens, les institutions juives sont devenues tristement silencieuses

Le rabbin Shaul Horowitz, à droite, rencontre un réfué juif lors d'un office dans la synagogue de Vinnytsia, en Ukraine, au mois de juin 2022. (Autorisation :  Shaul Horowitz/ via JTA)
Le rabbin Shaul Horowitz, à droite, rencontre un réfué juif lors d'un office dans la synagogue de Vinnytsia, en Ukraine, au mois de juin 2022. (Autorisation : Shaul Horowitz/ via JTA)

VINNYTSIA, Ukraine (JTA) — Dans la seule synagogue dont les portes sont encore ouvertes aux fidèles, neuf hommes et cinq femmes saluent un visiteur à l’entrée du bâtiment.

« Formidable : Nous en avons un dixième ! Allons-y ! », s’exclam David Goldish, l’un des hommes, lors d’un récent Shabbat.

La difficulté de rassembler dix hommes pour le quorum de prière, le minyan, fait partie du quotidien de nombreuses petites communautés juives d’Europe.

Et pourtant, cette difficulté s’était estompée à Vinnytsia, l’une des multiples villes ukrainiennes où des décennies de construction communautaire avaient fait redonné un nouveau souffle à la vie juive, après l’ère communiste. Des dizaines de fidèles assistaient aux offices du Shabbat dans chacune des trois synagogues de la ville, qui comptait environ 3 000 Juifs au moment où la Russie a attaqué l’Ukraine.

Et pourtant, l’invasion du pays, au mois de février, a obligé des milliers de Juifs -en particulier des jeunes familles ou des célibataires – à se joindre aux millions d’Ukrainiens non-juifs qui avaient fui les régions à haut-risque – ou qui avaient pris la décision de quitter le pays.

De loin la plus grande menace planant sur ceux qui sont restés, les attaques russes, menées sans relâche alors que les forces de Moscou renforcent leur offensive. Mais déjà, des leaders locaux Juifs, dans des villes de toute l’Ukraine, commencent à faire le bilan de la guerre pour leurs communautés – et leurs conclusions sont préoccupantes.

« On a l’impression d’être revenus trente ans en arrière parce que ceux qui étaient, en fin de compte, les piliers de la communauté ont en grande partie quitté l’Ukraine », déplore le rabbin Shaul Horowitz, émissaire du mouvement Habad-Lubavitch à Vinnytsia, auprès de JTA. « Nous avons fait marche arrière. Nous devons tout reconstruire. Repartir à zéro. »

Horowitz fait ici référence à ce qui était arrivé en 1991 quand l’Union soviétique s’était effondrée et que l’Ukraine avait gagné son indépendance. Des Juifs de toute l’ex-Union soviétique qui n’avaient jamais pu quitter la région étaient partis – 1,6 million au total en l’espace d’une décennie – et la majorité d’entre eux avaient fait leur Alyah, s’installant en Israël. Dans la mesure où l’éducation juive avait été strictement interdite, il ne restait que peu de Juifs pratiquants ou qui connaissaient véritablement les prières. Toutefois, au cours des trois dernières décennies, toute une série d’initiatives, prises largement sous l’impulsion du mouvement Habad, avait permis de rapprocher les Juifs ukrainiens du Judaïsme, entraînant l’apparition de communautés florissantes dans plusieurs villes du pays.

Aujourd’hui, la guerre semble avoir détruit une partie de ce renouveau vécu par la communauté juive ukrainienne, une minorité qui, avant la guerre, était constituée d’au-moins 47 000 personnes.

En ce qui concerne Vinnytsia, Horowitz estime que la moitié des membres de la communauté juive ont quitté l’Ukraine. Sa congrégation se réunit dans une petite synagogue à laquelle elle accède par une petite allée située à l’arrière du bâtiment, ce qui nécessite de traverser un garage automobile délabré et une grande cour où des poules se promènent en liberté.

Des hommes prient à la synagogue de Vinnytsia, en Ukraine, le 24 juin 2022. (Crédit : Cnaan Liphshiz/ JTA)

En ce vendredi soir, les fidèles préfèrent passer le temps hors de la synagogue, à l’air frais, plutôt que de rester à l’intérieur, un intérieur sombre et mal ventilé, rempli d’odeurs de chou, de poisson frit et de cholent – ce plat traditionnel de haricots et de viande qu’un grand nombre de Juifs mangent pour le Shabbat.

Ce plat, qui est servi avec de la vodka après la prière et qui est une tradition incontournable dans certaines synagogues de cette partie du monde, semble justifier, au moins en partie, l’attrait pour cette rencontre communautaire de certains fidèles, souvent les plus âgés, qui s’en vont immédiatement après avoir mangé avec appétit.

« La majorité de ceux qui pouvaient partir sont déjà partis », explique Mikhail Krilyuk, un célibataire de 35 ans propriétaire d’une entreprise d’exportation locale.

« Ceux qui avaient de l’argent, un passeport ou un SUV pour aller à la frontière ont pris leurs affaires et ils sont partis. Ce genre de personnes qui permettaient à cette communauté de se serrer les coudes », ajoute Krilyuk qui, pour sa part, a décidé de rester, conformément à l’ordre donné à tous les hommes de moins de 60 ans de ne pas quitter le pays au cas où ils doivent, un jour, prendre les armes contre les soldats russes.

Les résidents de Vinnytsia semblaient pourtant avoir le sentiment d’être en sécurité, ignorant le cri des sirènes qui déchirait fréquemment l’air, le mois dernier.

“Oh, les alertes ? Ne vous inquiétez donc pas », avait dit Oksana Politova, une habitante de la ville, à un journaliste apparemment soucieux dans l’un des cafés bordant la rivière alors que l’alarme se faisait entendre. « C’est un système national d’alerte et les roquettes peuvent donc tomber n’importe où. Sans compter que parfois, c’est juste une fausse alerte. »

Sur cette photo fournie par les services d’urgence ukrainiens, des véhicules endommagés par des bombardements russes à Vinnytsia, en Ukraine, le 14 juillet 2022. (Crédit : Ukrainian Emergency Service via AP)

Mais le 14 juillet, une roquette russe a frappé Vinnytsia — pour la seconde fois depuis le début de la guerre. Elle a tué 23 personnes qui se trouvaient aux côtés d’une statue emblématique représentant un avion de chasse qui avait été installée au centre de cette ville située à environ 160 kilomètres au Sud-Ouest de Kiev.

« Cela ne fait que prouver ce que je dis aux Juifs locaux depuis que la guerre a commencé : il n’y a plus un seul endroit sûr en Ukraine, ils doivent partir », s’exclame Koen Carlier, un ressortissant belge qui vit depuis plus d’une décennie à Vinnytsia où lui et son épouse, Ira, dirigent le bureau ukrainien du groupe Christians for Israel qui aide les membres de la communauté juive à immigrer en Israël.

A LIRE : Des chrétiens aident des Juifs ukrainiens à fuir la guerre et à immigrer en Israël

Les Juifs de la ville ne s’attendaient guère à cet assaut contre une localité tranquille et relativement aisée, qui n’a pas de signification exceptionnelle en matière de stratégie pour la Russie.

« Malgré cette attaque, les Juifs, ici, sont majoritairement restés. Ils n’ont nulle part ailleurs où aller », commente Horowitz, 44 ans, auprès de JTA. « Mais cela nous a tous choqués. Cela a entraîné la panique dans la communauté. » Aucun Juif n’a été blessé dans cette frappe mais deux – et notamment le chauffeur de la communauté, Simha Haim – ont été traumatisés.

Au cours de la dernière décennie, Horowitz avait consacré ses efforts à rassembler les Juifs de la région, à en faire une communauté. Aujourd’hui, il les encourage tous à quitter le pays s’ils en ont les moyens et il les aide à le faire.

Les Juifs de Kiev, une ville qui est la cible fréquente des bombardements russes, assiste, impuissante, à une guerre qui détruit toutes les avancées réalisées là-bas par la communauté depuis la chute du communisme.

Avant la guerre, Kiev pouvait s’enorgueillir d’abriter l’une des communautés juives non-orthodoxes les plus importantes d’Europe de l’Est, où elles sont rares : la congrégation Hatikvah, forte d’environ 500 familles.

La moitié est partie, selon le rabbin de Hatikvah, Alexander Dukhovny.

« Les retraités, les personnes en situation de handicap – ils sont encore là. Mais un grand nombre des jeunes familles qui avaient la possibilité de partir l’ont fait pour des destinations différentes », explique-t-il.

Le rabbin Alexander Dukhovny, au centre, pendant un office à Cherkasy, en Ukraine. (Autorisation : Rabbi Alexander Dukhovny)

Certains reviendront, pense Dukhovny. Il a vu des membres de la communauté qui avaient pris la fuite dans les premiers jours de la guerre revenir lors d’un office du vendredi soir qui avait été suspendu en raison des attaques russes et qui a récemment repris – un signe de retour à la normalité que la congrégation « fête avec beaucoup de joie », explique-t-il.

Mais des milliers ne reviendront jamais – en particulier pour les 12 000 personnes approximativement qui sont parties vivre, au premier semestre de l’année 2022 seulement, en Israël en vertu de la Loi du retour qui concerne les Juifs et leurs proches (le chiffre, pour toute l’année 2021, avait été de 3 129.)

Les Juifs d’Ukraine avaient prospéré malgré de nombreuses crises traversées, parmi lesquelles l’annexion russe de la Crimée, en 2014, et la révolution orange, avec les instabilités politique et financière qui avaient suivi ces deux événements.

En plus de dizaines de synagogues, de bains rituels, d’écoles et de crèches juives qui avaient ouvert leurs portes au fil des 30 dernières années, la communauté juive pouvait s’enorgueillir d’institutions si grandes et si remarquables qu’elles étaient devenues les symboles de sa vigueur présumée.

L’ambassade la plus brillante de cette vie juive en Ukraine est assurément le complexe Menorah de Dniepr, une ville de l’Est du pays qui a subi de multiples agressions russes.

Un rendu du Centre Menorah à Dnepropetrovsk, Ukraine, qui serait le plus grand centre de la communauté juive en Europe. (Crédit : communauté juive de Dneproperovsk / JTA)

Construit par le mouvement Habad dans la ville où vivait son dernier dirigeant quand il était enfant, ce centre communautaire juif, qui a coûté 100 millions de dollars, comprend des salles de réception, une synagogue, des mikvaot qui ont tout d’un spa, plusieurs restaurants casher et, jusqu’à une date récente, les branches locales de banques israéliennes pour les citoyens ayant la double nationalité.

La bâtiment surplombe la ligne d’horizon de la ville qui, avant la guerre, comptait au moins 10 000 Juifs, du haut de ses 22 étages qui comprennent une hannoukiah géante. Il s’agirait du centre Juif le plus grand d’Europe et il a été construit grâce aux financements apportés par les oligarques juifs ukrainiens, et notamment par Igor Kolomoisky.

La vie n’a pas beaucoup changé au Centre Menorah – ni pour les Juifs de Dniepr – suite à la guerre, raconte Oleg Rostovchev, porte-parole de la communauté juive de Dniepr.

« Certains sont partis mais il y a encore des milliers de Juifs ici », confie-t-il à JTA.

Mais un membre de la communauté qui s’est adressé à JTA sous couvert d’anonymat, citant des répercussions négatives possibles pour avoir communiqué « des informations non officielles » – ce sont les termes qu’il emploie – explique qu’environ la moitié des Juifs de Dnipro sont partis. « Ou peut-être que c’est simplement une impression dans la mesure où ceux qui vivent à moitié en Israël et à moitié ici ne viennent plus », ajoute-t-il.

A Odessa, autre centre majeur de vie juive ukrainienne, au moins 50 % des Juifs sont partis, selon plusieurs locaux. Et à Kharkiv, autre pôle du judaïsme en Ukraine qui a été la cible de bombardements intensifs en Ukraine, il ne reste pratiquement plus personne, commente Moshe Moskovitz, le rabbin Habad de la ville.

Une employée de l’AJC donne des produits alimentaires à un membre de la communauté juive de Kharkiv, en Ukraine. (Autorisation : JDC).

Dans certains endroits de Kiev, les déplacements des Juifs, qui ont quitté une région du pays pour une autre, compense quelque peu les départs des membres de la communauté locale.

Sergey Poliakov est un réfugié juif qui s’est installé à Vinnytsia. Employé de la chocolaterie Roshen, à Kherson, lui et sa fiancée se sont enfuis vers Vinnytsia quand la ville a été attaquée par les Russes.

Ils vivent dorénavant dans la seule école juive de Vinnytsia – un large bâtiment datant de l’époque soviétique, qui est situé aux abords de la ville et dont les mikvés flambant neufs, contemporains, contrastent avec l’apparence croulante de l’édifice.

Le simple fait que l’école existe est remarquable, dit Horowitz.

« Cette ville, à l’ère communiste, ne comptait qu’une synagogue que les autorités gardaient ouverte à des fins de propagandes. Elle se trouvait sur le marché et pour s’assurer que personne n’y entrait, il y avait un poste de garde du KGB qui la surplombait. Tous ceux qui s’y rendaient étaient identifiés, suivis, enregistrés », explique Horowitz. Pendant l’époque soviétique, de nombreux Juifs qui montraient le désir de pratiquer leur culte en public ou qui appartenaient à une communauté juive étaient persécutés, souvent pour s’être engagés dans des activités sionistes – ce qui était interdit.

Certains Juifs courageux s’y rendaient néanmoins, parfois en utilisant en entrée discrète alors qu’ils prétendaient aller faire des courses, précise-t-il.

Les sept familles qui vivent dorénavant dans l’école – il y a parmi elles des familles non-juives – sont toutes venues de l’Est du pays. Les nouveaux résidents cueillent des cerises et des poires pour faire des compotes, ces soupes froides de l’été qui sont une tradition à cette saison, sur les nombreux arbres du complexe et ils ont planté des pommes de terre sur un ancien terrain de jeu.

Un samedi soir récent, une famille non-juive a gentiment convié Poliakov à venir goûter du poulet préparé au barbecue pour l’anniversaire de l’une de ses membres, Dora, une femme âgée de 44 ans.

« C’est aussi casher que possible, je vous l’assure ! », a dit Dorah, qui buvait son quatrième shot de vodka.

« Mais oui, j’en suis certain mais je vais m’en tenir à un verre d’alcool », lui a répondu Poliakov en souriant.

Poliakov, 33 ans, explique ne pas savoir si son appartement de Kherson, qu’il avait récemment acheté avec les économies réalisées, mois après mois, pendant toute sa vie, « est encore debout ou s’il a été réduit à une pile de décombres », déclare-t-il. « Tous mes voisins sont partis et c’est donc impossible de savoir. C’est une ville fantôme. Je prends, pour ma part, pour hypothèse que je n’ai plus nulle part où aller ».

Photo d’illustration : Un carrefour de Vinnytsia pendant la nuit, en Ukraine. (Crédit : CC BY-SA Andrii Zymohliad, flickr)

Avec cette conviction à l’esprit, Poliakov, Juif pratiquant gagnant un salaire très élevé, pourrait bien s’installer à Vinnytsia, l’une des villes les plus riches du pays avec une population de 370 000 personnes et des infrastructures parmi les plus grandes de l’Ukraine. Ou il pourrait faire l’Alyah, le terme désignant l’immigration au sein de l’État juif, dit-il.

Poliakov fait partie des Ukrainiens qui étaient considérés comme des piliers de leur communauté et qui ont dû partir suite à la guerre. Ils sont nombreux à être dans ce cas, selon Eduard Dolinsky, directeur du Comité juif ukrainien, l’un des plusieurs groupes représentant la communauté juive ukrainienne.

Il est trop tôt, dans le brouillard de la guerre, pour parler statistiques, indique Dolinsky. Ce dernier estime toutefois que l’émigration entraînée par l’agression russe est particulièrement élevée parmi cette catégorie de Juifs considérés comme « des piliers de la communauté » – « Ces gens qui se rendent toutes les semaines à la synagogue et pour lesquels être Juif a un sens », dit-il.

Pour de tels Juifs, des années de travail de construction communautaire autour d’Israël, de l’hébreu et du judaïsme peuvent avoir aidé à établir des relations en-dehors de l’Ukraine, notamment au sein de l’État juif, ce qui a rendu plus facile de trouver un échappatoire au cours des premières semaines chaotiques du conflit, quand nombreux étaient ceux, dans le monde entier, qui cherchaient à soutenir les Ukrainiens de manière active.

Vyacheslav Likhachev, porte-parole du groupe juif ukrainien Vaad et historien qui s’est spécialisé dans les questions sociales relatives aux Juifs ukrainiens, n’est pas nécessairement d’accord, affirmant qu’un grand nombre des Juifs qui ont quitté le territoire n’étaient pas engagés dans la vie communautaire en Ukraine.

« La majorité des Juifs ukrainiens sont laïcs. Leur attachement à la communauté, dans la mesure où il existe, est culturel, ou il résulte du fait qu’ils reçoivent des aides de la part du JDC (American Jewish Joint Distribution Committee) ; c’est un attachement qui ne passe pas le mouvement Habad ou par les rabbins qui interagissent avec un petit pourcentage de la minorité juive », explique Likhachev.

Le rabbin Menachem Mendel Glitzenstein devant la synagogue de Chernivtsi, en Ukraine. (Crédit : Glitzenstein)

Alors pourquoi le départ d’un si grand nombre de Juifs pendant la guerre ?

« Parce qu’ils pouvaient le faire et parce qu’en Israël, presque tous ont des amis ou de la famille », répond Likhachev, qui ajoute que parce que des centaines de milliers de personnes ont fait leur Alyah depuis l’Ukraine dans les années 1990, « la majorité des Juifs ukrainiens se trouvent d’ores et déjà en Israël ».

Il y a des désaccords sur le nombre de ceux qui sont restés dans le pays.

Le mouvement Habad estime qu’il y avait environ 250 000 Juifs tels qu’ils sont reconnus par la Halakha – la loi juive traditionnelle – sur le territoire avec l’attaque de la Russie. Le Congrès juif européen, sur la base de données transmises par les groupes juifs locaux, évoque pour sa part jusqu’à 360 000 Juifs. Et l’Institut juif de recherche politique, dans un rapport de 2020 qui était consacré à la démographie, avait estimé qu’il y avait environ 47 000 personnes qui s’identifiaient comme Juives cette année-là en Ukraine.

Indépendamment du nombre, les petites congrégations ukrainiennes ont été particulièrement frappées par les effets de la guerre, déclare Dolinsky.

« Dans une synagogue qui accueillait 50 personnes par semaine, il n’en reste que dix », explique-t-il. « Ce qui signifie que les communautés les plus petites disparaîtront ».

A Uzhgorod, une ville située sur la frontière avec la Hongrie, la guerre a entraîné un afflux de Juifs – des habitants de l’Est du pays venus à Uzhgorod pour retrouver enfin un sentiment de sécurité.

« La synagogue est plus affairée que jamais et nous aussi », s’exclame Sarah Wilhelm, l’épouse du rabbin Mendel Willhelm, émissaire du mouvement ‘Habad à Uzhgorod, où vivent plusieurs centaines de Juifs. Mais la guerre « a rendu tout le monde plus pauvre, plus triste », continue-t-elle.

Les Juifs venus d’autres régions du pays finiront-ils par combler l’absence des membres de la communauté qui ont opté pour un départ définitif ? Dolinsky dit être plutôt pessimiste.

« Les Juifs qui ont fui l’Est du pays pour des villes situées plus à l’Ouest ne resteront pas ici. Ils vont chercher une nouvelle vie en Europe », dit Dolinsky, âgé de 52 ans qui, pendant la guerre, a quitté Kiev pour rejoindre Lutsk, à l’Ouest du pays. Lui et son épouse divisent dorénavant leur temps entre les deux villes.

Il ajoute que les conséquences de la guerre, pour la communauté juive ukrainienne, iront bien au-delà de la démographie.

La crise financière qui a suivi l’attaque russe a ruiné la devise locale, l’hryvnia, et une grande partie de l’économie du pays. Ce qui signifie que des oligarques comme Kolomoisky ou Victor Pinchuk disposeront probablement de beaucoup moins d’argent à investir dans la reconstruction de la communauté juive ukrainienne, estime-t-il. De leur côté, les Juifs du monde entier ont donné des fonds en soutien aux communautés juives soviétiques il y a trente ans – mais collecter de l’argent à l’étranger, cette fois-ci, pourrait s’avérer difficile alors qu’une nouvelle crise financière globale semble pointer à l’horizon, remarque Dolinsky.

« C’est bien pire que ce que je n’ai jamais vu par ailleurs », dit Dolinksy. « C’est une catastrophe absolue, telle que je n’en ai jamais vue au cours de mon existence. »

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