Comment la Shoah a façonné la politique de Bernie Sanders
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Comment la Shoah a façonné la politique de Bernie Sanders

Dans un rare entretien sur ses racines juives, le candidat démocrate estime que la comparaison entre l'Amérique de Trump et l'Allemagne d'Hitler est recevable

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Le sénateur du Vermont Bernie Sanders, candidat à l'investiture présidentielle, s'exprime lors du Forum présidentiel de l'Association d'éducation nationale pour des écoles publiques fortes, le 5 juillet 2019 à Houston. (AP Photo/David J. Phillip)
Le sénateur du Vermont Bernie Sanders, candidat à l'investiture présidentielle, s'exprime lors du Forum présidentiel de l'Association d'éducation nationale pour des écoles publiques fortes, le 5 juillet 2019 à Houston. (AP Photo/David J. Phillip)

WASHINGTON — Bernie Sanders pense que le président américain Donald Trump constitue une menace spécifique contre le corps politique. Selon lui, l’homme le plus puissant aux Etats-Unis est un démagogue et un raciste. Il cible et opprime des minorités raciales et ethniques et attise les tensions et la division.

Mais c’est l’hostilité de Trump vis-à-vis des migrants qui dérange le plus le candidat à l’investiture démocrate pour les présidentielles. Au cours d’une rare interview publiée la semaine dernière dans laquelle Sanders s’est dévoilé sur son histoire personnelle, il a accusé le président d’essayer de « diaboliser des gens parce qu’ils n’étaient pas nés dans ce pays ».

« C’est clairement quelque chose que je prends personnellement », a-t-il fait savoir.

La raison : Eli, son père, a émigré de l’actuelle Pologne en 1921 à l’âge de 17 ans. Il s’appelait Eliasz Gitman, mais, comme Bernie Sanders l’a indiqué, son nom a été « modifié en cours de route ».

« Je suis fier d’être le fils d’un immigrant », a-t-il déclaré.

Presque toute la famille de son père restée en Pologne a été tuée pendant la Shoah.

De « L’album d’Auschwitz », des Juifs attendent dans un bosquet à côté des chambres à gaz. (Yad Vashem)

Interrogé par Yahoo News, Bernie Sanders a dit que l’histoire de sa famille a influencé sa politique et ses visions sur l’immigration. « Je pense que la chose qui a eu le plus d’impact sur moi était la Shoah et… ce que cela a fait à la famille de mon père et à six millions de personnes », a-t-il expliqué.

Alors que le sénateur du Vermont a souvent été réticent lors de la campagne présidentielle de 2016 devant l’idée d’évoquer son judaïsme, il n’a pas manqué de le faire cette fois-ci. Il a souvent fait référence à ses origines juives et, l’été dernier, mentionné l’histoire de sa famille paternelle dans le lancement de sa campagne lors d’un discours. « Presque toute sa famille a été exterminée par Hitler et la barbarie nazie », a-t-il confié.

Dans l’entretien avec Yahoo, il a comparé Trump et Adolf Hitler. Il n’est pas allé aussi loin que son alliée politique, l’élue Alexandria Ocasio-Cortez, qui a qualifié – à tort – les centres de détention d’immigration à la frontière sud de « camps de concentration », mais a concédé des analogies évidentes dans l’intolérance des deux hommes.

Le président américain Donald Trump observe une minute de silence à la Maison Blanche pour marquer le 18ème anniversaire des attaques du 11 septembre, le 11 septembre 2019 à Washington, DC. (Photo de Nicholas Kamm / AFP)

« Nous avons un président qui est un démagogue, et cette comparaison tient au fait que le président est raciste », a expliqué Bernie Sanders. « Et il est incroyable qu’en 2019 nous ayons un président qui ne recourt pas à un discours ambigu, mais qui soit ouvertement raciste ».

Il a poursuivant en disant qu’il « a clamé que Barack Obama, premier président afro-américain de ce pays, n’est pas né aux Etats-Unis. Ce n’est rien d’autre que du racisme. Ses attaques contre les musulmans ne sont rien de moins que du racisme. Ses attaques contre les Américains d’origine mexicaine sont racistes. Voilà ce que vous avez eu ».

« Pas vraiment un expert du Talmud »

Le candidat à l’élection présidentielle 2020 a également parlé de son enfance avec des parents immigrés vécue dans un quartier de Brooklyn qui, à l’époque, était principalement occupé par d’autres immigrants juifs.

Son père était vendeur de peinture, pendant que sa mère restait à la maison pour éduquer Bernie Sanders et son frère Larry. Même si elle disposait de peu d’argent, la famille a donné la possibilité aux enfants d’étudier dans une école hébraïque. Mais, selon les propres souvenirs du démocrate, il n’était pas un élève très brillant.

Le sénateur du Vermont Bernie Sanders, candidat à l’investiture présidentielle, accueille des militants dans une université de Brooklyn le 2 mars 2019, dans le quartier de Brooklyn de New York City. (Spencer Platt/Getty Images/AFP)

« Je suis très fier d’être juif », a-t-il assuré. « Je dirais que je n’étais pas vraiment un spécialiste du Talmud. Je pense que nous passions une bonne partie du temps à lancer des boulettes de papier ».

S’il a bien appris à écrire et lire en hébreu, Bernie Sanders a dit qu’il y avait un problème : il n’a jamais compris ce que cela voulait vraiment dire.

Il se souvient que ses amis prenaient plutôt la chose comme un jeu, en faisant des compétitions pour savoir qui pourrait lire le texte le plus rapidement. « Nous faisions de la lecture de vitesse », a-t-il dit. ‘Nous faisions des courses de lecture en hébreu. Incroyable, mais vrai ».

Bernie Sanders a grandi dans un petit appartement au loyer réglementé à Midwood, où « toute » sa famille « parlait yiddish ». Certains se sont adaptés à l’Amérique plus rapidement que d’autres. « Mon père a rapidement appris l’anglais… assez bien. Il n’avait pas d’accent », s’est-il souvenu. « Ma grand-mère avait un accent très fort ».

Le journaliste lui a ensuite demandé quelles expressions yiddish il utiliserait pour décrire Trump.

« Oy vey« , a-t-il répondu en riant. « C’est à peu près tout ».

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