Rechercher

Commerce avec la Russie : la Turquie mise en garde par Washington

Selon les chiffres officiels, les exportations turques vers la Russie entre mai et juillet ont augmenté de près de 50 % par rapport à l'année dernière

Le vice-président américain de l'époque Joe Biden, (à gauche), pose pour les photographes avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, (à droite), avant une rencontre au palais Yildiz Mabeyn à Istanbul, le 23 janvier 2016. (Kayhan Ozer/ Service de presse présidentiel, Pool via AP/File)
Le vice-président américain de l'époque Joe Biden, (à gauche), pose pour les photographes avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, (à droite), avant une rencontre au palais Yildiz Mabeyn à Istanbul, le 23 janvier 2016. (Kayhan Ozer/ Service de presse présidentiel, Pool via AP/File)

Washington a mis en garde les entreprises et institutions turques faisant du commerce avec la Russie contre le risque de sanctions américaines à leur égard, a annoncé mardi la principale organisation patronale turque Tüsiad.

« Une lettre signée par le secrétaire américain adjoint au Trésor, Adewale Adeyemo, sur le risque de sanctions pour les entreprises en Turquie en lien avec les personnes et institutions visées par les sanctions contre la Russie, a été transmise à la Tüsiad », a affirmé l’organisation patronale dans un communiqué.

La lettre, datée de lundi et dont le contenu a été publié par le Wall Street Journal (WSJ), met en garde les compagnies turques d’un « risque accru » pour elles face « aux tentatives de la Russie d’utiliser » la Turquie « pour échapper aux sanctions ».

« Les entreprises turques ne peuvent s’attendre à faire du commerce avec les individus ou entités russes sanctionnés et maintenir des liens avec les Etats-Unis. (…) Les banques turques ne peuvent espérer avoir des liens avec les banques russes sanctionnées et conserver leurs relations avec les banques mondiales, ainsi qu’avoir accès aux dollars américains », a mis en garde le département du Trésor dans sa lettre adressée aux deux organisations patronales turques, selon le WSJ.

Le président russe Vladimir Poutine, à droite, et le président turc Recep Tayyip Erdogan au palais de Saadabad, à Téhéran, en Iran, le 19 juillet 2022. (Crédit : Sergei Savostyanov/Sputnik, Kremlin Pool Photo via AP)

Le président russe Vladimir Poutine et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan avaient annoncé début août un accord pour renforcer la coopération énergétique et économique, à l’issue de leur rencontre à Sotchi, en Russie.

Ankara avait aussi annoncé un paiement partiel en roubles du gaz russe et un élargissement du champ d’application du système russe du paiement Mir en Turquie.

Inquiétudes de Washington

Selon les chiffres officiels, les exportations turques vers la Russie entre mai et juillet ont augmenté de près de 50 % par rapport à l’année dernière.

M. Adeyemo, a effectué une rare visite en juin à Ankara pour exprimer les inquiétudes de Washington sur les oligarques et les entreprises russes qui se servent de liens en Turquie pour échapper aux sanctions.

Tout en condamnant rapidement l’offensive russe en Ukraine, la Turquie a opté pour la neutralité entre les deux pays et ne s’est pas jointe aux sanctions occidentales contre Moscou.

Les autorités turques n’ont pas pour l’instant officiellement réagi à la lettre du département du Trésor.

L’adjoint au ministre turc des Finances, Yunus Elitas, s’est cependant entretenu par téléphone avec son homologue américain vendredi.

Soulignant que la Turquie entretient des relations économiques et politiques profondes avec l’Ukraine et la Russie, M. Elitas a affirmé que la position de la Turquie sur les sanctions n’avait pas changé, a annoncé le ministère dans un communiqué.

« La Turquie ne permettra cependant pas la violation des sanctions par quelque individu ou institution que ce soit », a ajouté M. Elitas.

Selon des analystes, renforcer la coopération avec la Russie pourrait aider l’économie turque en difficulté à l’approche des élections de 2023.

Le président turc avait justifié sa politique de ne pas prendre part aux sanctions contre la Russie par la forte dépendance de la Turquie au pétrole et au gaz russe.

Selon Timothy Ash, de BlueBay Asset Management, plutôt que les grandes compagnies soucieuses de préserver un libre accès aux marchés financiers américains, de « petites entreprises, axées sur le marché intérieur » sont plus susceptibles de coopérer avec des entités russes visées par les sanctions.

« Le message relayé d’en haut en Turquie semble approuver le commerce avec la Russie et recommander d’exploiter les occasions pour contrebalancer les coûts des sanctions, voire d’en tirer des profits », a affirmé M. Ash dans un commentaire envoyé par e-mail.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...