Constructions au-delà de la Ligne verte: Netanyahu aurait rejeté l’opposition US
Rechercher

Constructions au-delà de la Ligne verte: Netanyahu aurait rejeté l’opposition US

De hauts-responsables de Biden auraient désapprouvé les constructions à Jérusalem-Est et en Cisjordanie à trois reprises au cours du dernier mois

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

La police israélienne monte la garde devant une habitation palestinienne occupée par des habitants d'implantation pendant une manifestation  dénonçant l'expulsion de familles palestiniennes dans le quartier Sheikh-Jarrah de Jérusalem, à la veille d'une audience de la Haute-cour sur le sujet, le 5 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Maya Alleruzzo)
La police israélienne monte la garde devant une habitation palestinienne occupée par des habitants d'implantation pendant une manifestation dénonçant l'expulsion de familles palestiniennes dans le quartier Sheikh-Jarrah de Jérusalem, à la veille d'une audience de la Haute-cour sur le sujet, le 5 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Maya Alleruzzo)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu aurait rejeté les objections faites par l’administration Biden de manière répétée au cours du dernier mois concernant l’expansion des constructions israéliennes à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, selon des informations rendues publiques jeudi.

Depuis le début du mois d’avril et à trois reprises, des responsables américains seraient entrés en contact avec le bureau du Premier ministre pour exprimer leur opposition aux initiatives prises par l’État juif de l’autre côté de la Ligne verte, a rapporté la Douzième chaîne.

Le premier appel a eu lieu au début du mois dernier, après l’avancée, en commission de planification, de la construction de 540 nouveaux logements dans le quartier de Har Homa, à Jérusalem-Est – les premières à avoir été approuvées dans la partie orientale de la ville, à majorité palestinienne, depuis l’investiture du président Joe Biden.

C’est le chargé d’affaires de l’ambassade américaine en Israël, Jonathan Shrier, qui a fait part de l’objection des États-Unis. Netanyahu a rejeté ces inquiétudes, a fait savoir la chaîne.

Le conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan pendant un point-presse à la Maison-Blanche, le 4 février 2021, à Washington, le 4 février 2021 (Crédit : AP/Evan Vucci)

À la fin du mois, Jake Sullivan, conseiller à la sécurité nationale américaine, a fait part de préoccupations similaires concernant l’approbation donnée à des constructions à Jérusalem-Est et en Cisjordanie. Netanyahu a rétorqué que « Jérusalem n’est pas une implantation mais la capitale d’Israël », a indiqué le reportage, qui n’a pas précisé la nature de la réponse donnée aux inquiétudes de l’éminent officiel américain aux projets de construction prévus en Cisjordanie.

Un troisième message des Américains a été envoyé mercredi, exprimant des craintes face à la situation dans le quartier de Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, où des groupes juifs ultra-nationalistes cherchent à expulser de leurs habitations des dizaines de Palestiniens.

Dans ce cas également, Netanyahu aurait fait la sourde oreille.

Il était attendu que la question des constructions israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est – que les Palestiniens considèrent comme faisant partie intégrante de leur futur État – devienne un point de contention majeur entre Jérusalem et l’administration Biden, qui est favorable à une solution à deux États dans le conflit israélo-palestinien.

Toutefois, Biden semble plus modéré dans ses critiques sur le sujet que certains de ses collègues plus progressistes, et les proches de l’administration expliquent que Washington espère éviter un conflit public avec Jérusalem sur cette problématique et sur d’autres. De telles querelles étaient plutôt communes lorsque Biden était vice-président au sein de l’administration de Barack Obama, qui avait accordé une plus grande priorité au dossier israélo-palestinien que ce n’est le cas du président actuel.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu en visite dans le quartier de Har Homa à Jérusalem-Est, le 20 février 2020, où un nouveau quartier doit être construit. (Crédit : Debbie Hill/Pool via AP)

Mais alors que l’administration Biden a fait la promesse de soutenir « un ordre international strictement basé sur le droit », elle risque de faire l’objet de pressions croissantes de la part de Démocrates plus progressistes qui pourraient demander un durcissement de la politique mise en œuvre à l’égard d’Israël pour ce qu’ils considèrent comme des violations de la loi internationale, avec les constructions entreprises au-delà de la Ligne verte.

Au moins six Démocrates de la Chambre ont publié des tweets, mercredi, dénonçant les expulsions prévues à Sheikh Jarrah et les répressions policières au cours des manifestations les dénonçant.

« Les violences de la police israélienne contre les Palestiniens à Sheikh Jarrah sont complètement inacceptables », a ainsi écrit le représentant du Wisconsin, Mark Pocan.

« Les militaires israéliens obligent des centaines de Palestiniens à quitter leurs logements. L’argent des contribuables américains ne doit pas financer l’annexion des terres palestiniennes ou la destruction des foyers palestiniens », a-t-il ajouté, faisant apparemment référence à une législation présentée par la représentante Betty McCollum qui cherche à interdire que l’aide américaine soit utilisée pour arrêter des mineurs palestiniens, pour détruire des habitations palestiniennes ou renforcer l’annexion de la Cisjordanie.

Ce projet de loi ne devrait pas être adopté – il ne devrait même pas être soumis au vote – mais il a suscité l’indignation massive de groupes pro-israéliens.

La Cour suprême débattra, lundi prochain, d’un appel lancé par quatre familles palestiniennes – soit plus de 70 personnes – contre leur expulsion à Sheikh Jarrah.

Un agent de police israélien immobilise un Palestinien pendant une manifestation dénonçant l’expulsion de familles palestiniennes dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem, à la veille d’une audience de la Haute cour sur le sujet, le 5 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Maya Alleruzzo)

Selon Ir Amim, un groupe de défense des droits de l’Homme de gauche dont les activités se concentrent sur Jérusalem, ce sont environ 200 familles de la partie orientale de la ville qui sont menacées d’expulsion, leurs dossiers avançant lentement à travers les instances administratives et les tribunaux israéliens. Environ 70 de ces familles résident à Sheikh Jarrah.

Ces évictions se basent partiellement sur une loi adoptée en 1970 par Israël qui autorise les Juifs à revendiquer des terres qui, à Jérusalem-Est, appartenaient à des Juifs avant 1948. Aucun texte législatif similaire n’existe pour les Palestiniens ayant perdu leurs habitations dans ce qui est devenu aujourd’hui Israël pendant la guerre de 1948, et qui s’étaient alors enfuis vers les territoires qui étaient placés sous le contrôle de la Jordanie.

La France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni se sont ralliés jeudi aux États-Unis en s’opposant aux plans de construction envisagés à Har Homa.

Les cinq pays européens ont rédigé un communiqué commun recommandant vivement à Israël de « revenir sur sa décision de faire avancer la construction de 540 logements dans le secteur de Har Homa en Cisjordanie occupée, et de mettre un terme à sa politique d’expansion des implantations dans les territoires palestiniens occupés ».

« Si elle est mise en vigueur, la décision de renforcer les implantations à Har Homa, entre Jérusalem-Est et Bethléem, portera encore davantage préjudice à la perspective d’un État palestinien viable avec Jérusalem comme capitale à la fois d’Israël et d’un État palestinien », ont-ils ajouté.

Benjamin Netanyahu (à gauche) et le vice-président américain de l’époque Joe Biden à Jérusalem, le 9 mars 2010. (Crédit : Emil Salman/Pool/Flash90)

Les constructions à Har Homa ont été promises il y a longtemps – et reportées de manière répétée. L’initiative la plus récente visant à construire davantage de logements à Har Homa remonte au mois de février dernier, lorsque Netanyahu a annoncé, à la veille des élections du mois de mars 2020, qu’il avait levé toutes les restrictions sur les travaux de construction dans la zone, ce qui avait entraîné une controverse.

Israël déclare que tout Jérusalem, y compris les quartiers capturés lors de la guerre des Six jours, en 1967, ou qui ont été ultérieurement construits au-delà de la Ligne verte, forme sa capitale indivisible et éternelle.

Mercredi, un porte-parole du département d’État a indiqué au Times of Israël être « profondément inquiet » de l’avancée d’une loi présentée à la Knesset qui légaliserait 70 avant-postes de Cisjordanie.

« Comme nous le disons depuis longtemps, il est déterminant qu’Israël s’abstienne de prendre des initiatives unilatérales susceptibles d’exacerber les tensions ou de nous éloigner encore de la paix. Ce qui comprend les évictions, les activités d’implantation et les démolitions de maisons, et ce qui inclut aussi assurément la légalisation des avant-postes israéliens en Cisjordanie que le droit israélien lui-même considère comme hors-la-loi depuis longtemps », a ajouté le porte-parole.

Ces propos du responsable du département d’État figurent parmi les plus critiques qui aient été tenus jusqu’à présent par l’administration Biden qui, si elle a appelé Israël à éviter de prendre des initiatives unilatérales, a émis des avertissements similaires en direction des Palestiniens.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...