Crise politique au Soudan : Israël ne traite plus les demandes d’asile
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Crise politique au Soudan : Israël ne traite plus les demandes d’asile

La décision a été rendue publique après que la Haute cour a demandé au ministère de l'Intérieur d'expliquer le retard sur les 3 400 demandes en attente

Des milliers de demandeurs d'asile en provenance d'Erythrée et du Soudan protestent contre la négligence du gouvernement israélien pour examiner les demandes d'asile, contre la politique gouvernementale de détention, lors d'une manifestation sur la Place Rabin, au centre de Tel Aviv, le 5 janvier 2013. (Tomer Neuberg / FLASH90)
Des milliers de demandeurs d'asile en provenance d'Erythrée et du Soudan protestent contre la négligence du gouvernement israélien pour examiner les demandes d'asile, contre la politique gouvernementale de détention, lors d'une manifestation sur la Place Rabin, au centre de Tel Aviv, le 5 janvier 2013. (Tomer Neuberg / FLASH90)

Le ministère de l’Intérieur a arrêté d’examiner les demandes d’asile des ressortissants soudanais, en raison de la crise politique qui frappe la nation africaine, selon un reportage mercredi.

Le ministère des Affaires étrangères a déclaré que les manifestations « ont créé un climat d’incertitude sur la dynamique au Soudan », et le ministère de l’Intérieur a donc décidé, selon Haaretz, de ne plus traiter les demandes.

La décision est devenue publique après que la Haute cour a tranché mardi, en réponse à une pétition demandant que l’Etat prenne une décision sur les demandes en attente.

La pétition demandait que le tribunal statue sur la question après que l’Autorité de la Population et de l’Immigration a reporté les décisions pour 3 400 demandeurs d’asile soudanais. Le gouvernement a déclaré que ces décisions devront désormais attendre que la situation politique au Soudan se stabilise. Il n’a pas précisé comment cela sera défini.

Le président soudanais Omar Bechir, à Khartoum, le 22 février 2019. (Crédit : ASHRAF SHAZLY / AFP)

Le Soudan est en proie à une crise politique depuis que l’armée a renversé le président Béchir en avril, après une mobilisation importante. Les généraux qui ont pris le pouvoir ont résisté à la demandé des manifestants de le remettre à une administration civile.

Les tensions entre les deux parties sont montées d’un cran après un raid brutal sur un camp de manifestants près des quartiers généraux de l’armée, à Khartoum, qui a tué des dizaines de manifestants, le 3 juin.

La semaine dernière, les dirigeants du mouvement pro-démocratie du Soudan ont salué un accord de partage du pouvoir avec le conseil militaire, une victoire pour leur « révolution ».

Il y a environ 35 000 demandeurs d’asile en Israël, la majorité en provenance du Soudan et de l’Erythrée, qui sont entrés au sein de l’Etat juif à partir de 2005. Un grand nombre d’entre eux ont fui les persécutions dans leurs pays d’origine mais les politiciens de droite affirment que ces arrivants ne sont venus dans le pays que pour des raisons économiques.

En 2017, Israël a adopté la loi du Dépôt, pour encourager les demandeurs d’asile à partir. Selon les dispositions de cette loi, les employeurs des demandeurs d’asile doivent déduire 20 % du salaire individuel et placer la somme correspondante sur un fonds spécial de dépôt, qui n’est disponible qu’en cas de départ du pays.

Toutefois, il y a peu de contrôle – ou aucun – sur ces fonds de la part des autorités israéliennes et les demandeurs d’asile n’ont presque aucune possibilité de vérifier la tenue de ces comptes pour s’assurer que les montants concernés ont bien été déposés.

Selon un rapport publié au mois de mai, les entreprises qui emploient des demandeurs d’asile n’auraient pas versé la somme de 700 millions de shekels sur ce fonds de dépôt.

En plus des 20 %, les employeurs sont responsables du dépôt de 16 % supplémentaires des salaires sur le fonds – de la même manière qu’ils versent des sommes similaires sur des plans de retraite pour les travailleurs israéliens.

Une femme s’occupe d’enfants de familles de migrants africains dans une garderie du sud de Tel Aviv, le 28 mai 2015. Les visages des enfants ont été floutés pour protéger leur identité. (Jack Guez/AFP)

En 2018, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a renforcé ses plans d’expulsion contrainte vers l’Ouganda et vers le Rwanda en direction d’environ la moitié des demandeurs d’asile qui se trouvent en Israël, un programme qui avait été auparavant entrepris de manière clandestine.

Au mois d’avril, il avait finalement accepté un plan mis en place par le Haut-commissariat aux réfugiés des Nations unies qui prévoyait la réinstallation des réfugiés dans d’autres pays. Mais, cédant à la pression des activistes, il avait annulé ce plan quelques heures plus tard. Depuis, la communauté des demandeurs d’asile continue à vivre dans un flou juridique qui lui permet de vivre, de travailler et d’accéder aux services sociaux en Israël conformément à des conditions strictes.

Melanie Lidman a contribué à cet article.

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