Dans le nouveau monde illustré de Netanyahu, Israël a seulement 5 ennemis
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AnalyseUne carte pleine de couleurs... avec très peu de noir

Dans le nouveau monde illustré de Netanyahu, Israël a seulement 5 ennemis

Le Premier ministre cette semaine a préparé une carte pour montrer aux députés comment il voit la place d'Israël parmi les autres nations

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu présente la carte des relations d'Israël avec le monde, lors d'une session de la commission de contrôle de l'Etat de la Knesset, le 25 juillet 2016. A ses côtés, la présidente de la commission, Karin Elharar, députée de Yesh Atid. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu présente la carte des relations d'Israël avec le monde, lors d'une session de la commission de contrôle de l'Etat de la Knesset, le 25 juillet 2016. A ses côtés, la présidente de la commission, Karin Elharar, députée de Yesh Atid. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu aime les cartes. Comme il considère que c’est un outil utile pour illustrer sa vision géopolitique, il en amène souvent pour ses discours publics, ses briefings avec la presse et ses audiences à la Knesset.

« Puis-je révéler aux membres de la presse qu’il y a une grande carte dans mon bureau, et qu’elle a été agrandie », a-t-il déclaré la semaine dernière lors d’une rencontre avec le président paraguayen Horacio Cartes à Jérusalem. « Autrefois, c’était le Moyen-Orient. Maintenant, elle englobe une bonne partie de l’hémisphère oriental ».

La carte du monde que Netanyahu a brandi lundi, à la commission du contrôle d’Etat de la Knesset, où il a défendu son dossier de politique étrangère, offre des indications précieuses sur sa vision de la place d’Israël dans la famille des nations. (Il y a un quart de siècle, alors qu’il prenait du grade pour devenir le leader du Likud, alors dans l’opposition, Netanyahu a publié un livre intitulé « Une place parmi les nations : Israël dans le monde »).

La carte, dont une copie a été mise à la disposition du Times of Israel, est destinée à mettre en évidence les tendances positives dans les relations étrangères d’Israël.

Elle divise les pays du monde en différentes catégories : ceux avec lesquels Jérusalem a « récemment développé/amélioré » ses relations sont marqués en rouge ; les Etats qui entretiennent de « bonnes relations » avec Israël sont en bleu ; et les « Etats ennemis ouvertement hostiles » sont en noir.

Avec le reste du monde, en vert, « Israël n’a pas de relations spéciales », selon l’entourage du Premier ministre, qui a créé la carte spécialement pour la séance de la Knesset de lundi.

Le Premier ministre est largement considéré comme ayant une perspective assez sombre en ce qui concerne les relations de la communauté internationale avec Israël, ou peut-être plus précisément en ce qui concerne la fiabilité de certains alliés, mais sa nouvelle carte dément en fait cela.

Élaborée dans le but politique précis d’affirmer que les liens mondiaux sont en plein essor sous le ministre des Affaires étrangères actuel (Netanyahu), le message multicolore, dans l’ensemble, est qu’Israël a beaucoup, beaucoup, beaucoup d’amis.

Et, fait plus remarquable, que même parmi les nations qui pourraient se considérer comme profondément hostiles à l’Etat juif, seules très peu méritent la marque noire du véritable ennemi.

Carte du monde indiquant le statut des relations internationales d'Israël, présentée à la Knesset par le Premier ministre  Benjamin Netanyahu le 25 juillet 2016
Carte du monde indiquant le statut des relations internationales d’Israël, présentée à la Knesset par le Premier ministre Benjamin Netanyahu le 25 juillet 2016

Les pays en rouge sont ceux que le Premier ministre a cherché à mettre en évidence puisqu’ils prouvent de manière évidente le succès de sa politique étrangère.

Ces taches d’un rouge accrocheur indiquent des liens avec des puissances diplomatiques et économiques améliorés avec le Japon, la Chine, la Russie, la Corée du Sud, Singapour et l’Inde ; le renforcement de la coopération avec la Grèce et Chypre; la normalisation avec la Turquie ; et des liens solides avec l’Azerbaïdjan, où Netanyahu envisage de se rendre bientôt. Une omission frappante dans cette catégorie est celle de l’Egypte, que la carte montre en vert, malgré un rapprochement notable entre Le Caire et Jérusalem.

Dix pays d’Afrique sont colorés en rouge : l’Ethiopie, l’Ouganda, le Rwanda, le Kenya, (des Etats où Netanyahu s’est rendu plus tôt ce mois-ci), la Tanzanie (qui a récemment annoncé son intention d’ouvrir sa première ambassade en Israël), la Guinée (qui, la semaine dernière, a rétabli des relations diplomatiques avec Jérusalem après une interruption de 49 ans), le Tchad (où le directeur général du ministère des Affaires étrangères Dore Gold s’est rendu la semaine dernière), le Sud-Soudan, la Zambie et la Côte-d’Ivoire.

Le Premier ministre Netanyahu avec le ministre en chef de l'Etat indien du Maharashtra, Devendra Fadnavis, à Jérusalem, le 29 avril 2015 (Haim Zach/GPO)
Le Premier ministre Netanyahu avec le ministre en chef de l’Etat indien du Maharashtra, Devendra Fadnavis, à Jérusalem, le 29 avril 2015 (Haim Zach/GPO)

En août 2015, Netanyahu a déclaré que l’Amérique latine était « l’un des principaux objectifs de l’Etat d’Israël dans le cadre de ses efforts pour développer les marchés qui contribueront à augmenter la croissance économique ». En l’état, sur sa carte, seuls trois pays y sont colorés en rouge : la Colombie, le Paraguay et l’Argentine.

Le Brésil, septième économie du monde – avec lequel Israël cherche à développer des liens commerciaux, mais avec lequel il a connu une brouille diplomatique du fait de la nomination avortée de l’ancien chef des résidents d’implantation, Danny Dayan – apparaît en vert, ce qui signifie l’absence de « relations spéciales ».

Le Mexique, le Chili, le Panama et l’Afrique du Sud – pays qui ont des relations diplomatiques avec Israël et des communautés juives importantes – sont également en vert.

Il y a beaucoup d’intégrations évidentes dont certaines sont intéressantes dans les pays de couleur bleue sur la carte de Netanyahu, signalant de « bonnes relations » avec Israël : les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande (en dépit d’un incident diplomatique récent) et toute l’Europe – Est et Ouest – en dépit des tensions en cours sur l’approche critique de l’Union européenne quant à la politique israélienne vis-à-vis des Palestiniens et d’autres différends.

Mais deux pays européens sont montrés comme étant un peu moins sympathiques que les autres : la Suède et l’Irlande apparaissent en bleu clair, illustrant leurs attitudes particulièrement critiques envers Israël. La Suède est le seul pays d’Europe occidentale qui a reconnu l’Etat palestinien, mais ce que l’Irlande a fait pour mériter un bleu plus nuancé que les autres Etats pro-palestiniens et membres de l’UE est un peu flou. (Le Danemark est également en bleu clair, mais cela semble être une erreur technique).

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec une délégation de jeunes dirigeants d'Allemagne au ministère des Affaires étrangères, le 3 décembre 2015. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec une délégation de jeunes dirigeants d’Allemagne au ministère des Affaires étrangères, le 3 décembre 2015. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

« Aujourd’hui, Israël est perçu de plus en plus comme un atout et un élément influant dans le monde à cause de notre guerre contre le terrorisme et de nos réalisations technologiques », a déclaré Netanyahu au Comité de contrôle d’Etat, lundi.

« Nous avons réussi [à établir] le libre-échange avec la Chine, à augmenter de 30 % le commerce avec l’Inde, à [passer] un accord avec le Japon sur la protection des plates-formes pétrolières, à nous coordonner militairement avec la Russie, à initier des liens avec un grand nombre de pays africains, à accueillir des chefs d’Etat en visite en Israël pour la première fois, à normaliser les relations avec la Turquie, et chaque semaine je rencontre quatre chefs d’Etat. La politique étrangère d’Israël est un grand succès », a-t-il déclaré.

Une carte que Netanyahu a montrée lors du sommet 2015 de l'AIPAC à Washington DC, pour illustrer les "tentacules de la terreur" de l'Iran
Une carte que Netanyahu a montrée lors du sommet 2015 de l’AIPAC à Washington DC, pour illustrer les « tentacules de la terreur » de l’Iran

Et que dire de ces pays qui ne perçoivent pas Israël comme un atout et une influence positive?

Sur sa carte, qu’il a agitée plusieurs fois au cours de la session de deux heures de lundi, seuls cinq pays sont colorés en noir, donc identifiés comme Etats ennemis : l’Iran, l’Irak, la Syrie, l’Afghanistan et la Corée du Nord. (Le statut du Liban est indiscernable). Ce qui est le plus instructif dans cette catégorie réside sans doute dans les nations qu’elle ne comprend pas : le Yémen, l’Arabie Saoudite (deux pays où les Israéliens n’ont d’après la loi pas le droit d’entrer), le Qatar, Bahreïn, le Koweït, les Émirats arabes unis, Oman, le Soudan, le Pakistan, la Libye, l’Algérie, la Tunisie, l’Indonésie, Cuba, le Venezuela et d’autres pays avec lesquels Israël n’a pas de relations diplomatiques.

Ainsi, l’une des conclusions que l’on peut tirer de la carte de Netanyahu est que : Israël a beaucoup d’amis dans le monde – environ 30 anciens amis, 20 nouveaux amis, d’innombrables amis potentiels futurs – et très, très peu d’ennemis.

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