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Dans « One Life », Anthony Hopkins est Nicholas Winton, l’homme qui sauva des enfants juifs

Inspiré du livre de la fille de Winton, le biopic de ce héros de la Shoah qui a permis à 669 petits Tchèques de venir au Royaume-Uni sort dans les salles, non sans controverse

  • Anthony Hopkins dans le rôle de Nicholas Winton dans « One Life ». (Crédit : Peter Mountain/See Saw Films via la JTA)
    Anthony Hopkins dans le rôle de Nicholas Winton dans « One Life ». (Crédit : Peter Mountain/See Saw Films via la JTA)
  • Le président tchèque de l'époque, Milos Zeman, décore Nicholas Winton, au centre, de la plus haute décoration de la République tchèque, à savoir l'Ordre du Lion blanc, à Prague, le 28 octobre 2014. (Crédit : AP Photo/Petr David Josek)
    Le président tchèque de l'époque, Milos Zeman, décore Nicholas Winton, au centre, de la plus haute décoration de la République tchèque, à savoir l'Ordre du Lion blanc, à Prague, le 28 octobre 2014. (Crédit : AP Photo/Petr David Josek)
  • Des personnes secourues lorsqu'elles étaient enfants par le Kindertransport mis en place par Sir Nicholas Winton posent pour une photo, lors d'une prière commémorative, dans le centre de Londres, le 19 mai 2016. (Crédit : Dominic Lipinski/Pool Photo via AP)
    Des personnes secourues lorsqu'elles étaient enfants par le Kindertransport mis en place par Sir Nicholas Winton posent pour une photo, lors d'une prière commémorative, dans le centre de Londres, le 19 mai 2016. (Crédit : Dominic Lipinski/Pool Photo via AP)
  • Nicholas Winton, au centre, à la gare de Liverpool Street à Londres, le 4 septembre 2009. (Crédit : AP Photo/Kirsty Wigglesworth)
    Nicholas Winton, au centre, à la gare de Liverpool Street à Londres, le 4 septembre 2009. (Crédit : AP Photo/Kirsty Wigglesworth)
  • Des gerbes de fleurs ont été déposés en mémoire du Britannique Sir Nicholas Winton sur la statue commémorative « Kindertransport », oeuvre du sculpteur juif d'origine allemande Frank Meisler, devant la gare de Liverpool Street à Londres, le 2 juillet 2015. (Crédit : AP Photo/Matt Dunham)
    Des gerbes de fleurs ont été déposés en mémoire du Britannique Sir Nicholas Winton sur la statue commémorative « Kindertransport », oeuvre du sculpteur juif d'origine allemande Frank Meisler, devant la gare de Liverpool Street à Londres, le 2 juillet 2015. (Crédit : AP Photo/Matt Dunham)
  • La reine Camilla de Grande-Bretagne, à droite, s'entretient avec Helena Bonham Carter, à gauche, et le fondateur et PDG de la Forward Arts Foundation, William Sieghart, lors de la réception donnée pour les 30 ans de la Forward Arts Foundation à Clarence House, dans le centre de Londres, le 11 octobre 2023. (Photo de Yui Mok / POOL / AFP)
    La reine Camilla de Grande-Bretagne, à droite, s'entretient avec Helena Bonham Carter, à gauche, et le fondateur et PDG de la Forward Arts Foundation, William Sieghart, lors de la réception donnée pour les 30 ans de la Forward Arts Foundation à Clarence House, dans le centre de Londres, le 11 octobre 2023. (Photo de Yui Mok / POOL / AFP)

JTA — En 1988, l’animatrice de l’émission de télévision britannique « That’s Life », Esther Rantzen, révélait à son invité, Nicholas Winton, agent de change britannique, que le public de l’émission était composé des enfants juifs – aujourd’hui adultes – qu’il avait sauvés au temps de la Shoah.

Régulièrement, ces images refont surface et font le tour des réseaux sociaux et c’est aujourd’hui sur grand écran que va s’apprécier l’histoire de Winton, dans le film dramatique « One Life », où l’acteur Anthony Hopkins, deux fois oscarisé, lui prête ses traits.

C’est à Hopkins que la fille de Winton, décédée pendant le tournage, sept ans après son père, avait pensé. Mais le film suscite d’ores et déjà son lot de critiques – et un rapide réexamen – du fait de la bande annonce, muette sur la judéité des enfants. L’histoire que raconte le film est beaucoup plus complexe, qui fait intervenir Ghislaine Maxwell, une bague en or, le Talmud et bien sûr le destin tragique de la communauté juive européenne.

Rien ne prédisposait Winton à jouer un quelconque rôle dans cette épopée. Né à Londres en 1909 dans une famille de juifs allemands, Winton (à l’origine « Wertheim ») reçoit le baptême de l’Église anglicane et, à l’âge adulte, se tient à distance de toute religion.

À 29 ans, il est courtier en valeurs mobilières et projette de partir skier en Suisse avec des amis lorsque son compagnon de voyage, l’enseignant Martin Blake, l’appelle pour lui dire que l’escapade est annulée : il part pour Prague. « J’ai une mission des plus intéressantes et j’ai besoin de ton aide », se souvient Winton. « Viens aussi vite que tu le peux. Pas besoin d’emmener les skis. »

Le président tchèque de l’époque, Milos Zeman, décore Nicholas Winton, au centre, de la plus haute décoration de la République tchèque, à savoir l’Ordre du Lion blanc, à Prague, le 28 octobre 2014. (Crédit : AP Photo/Petr David Josek)

Blake travaille alors avec le Comité britannique pour les réfugiés de Tchécoslovaquie, organisation créée pour aider les Juifs et d’autres groupes minoritaires pris pour cibles par les nazis dans les Sudètes récemment annexées.

C’est finalement l’appel d’une travailleuse sociale et militante juive tchèque, Marie Schmolka, qui décide Winton à participer au projet d’inspiration tchèque Kindertransport, organisé par la professeure d’université britannique Doreen Warriner. Schmolka, qui est rarement citée dans le récit des actions de Winton et qui n’apparaît pas dans le film, s’était rendue là où les réfugiés étaient concentrés de façon à recueillir des preuves et obtenir le soutien de la communauté internationale, plaidant auprès des ambassadeurs étrangers accrédités à Prague ou des agences juives à l’étranger, dans l’espoir de leur trouver une terre d’accueil. La Grande-Bretagne décide d’accepter les enfants non accompagnés.

Tout au long des trois premières semaines de janvier 1939, Winton agit depuis un hôtel de Prague, en recueillant et coordonnant les demandes de parents à la recherche d’un foyer pour leurs enfants en dehors de la Tchécoslovaquie. Il prend des photos des enfants, ce qui, expliquera-t-il plus tard, a aidé à convaincre les familles d’accueil, bien mieux que ne l’aurait fait une simple liste de noms.

De retour en Grande-Bretagne, tout en travaillant toujours à la Bourse, Winton, ses assistants et sa mère collectent des fonds, falsifient les documents de voyage des enfants et passent des annonces dans les journaux pour leur trouver des familles d’accueil.

Des personnes secourues lorsqu’elles étaient enfants par le Kindertransport mis en place par Sir Nicholas Winton posent pour une photo, lors d’une prière commémorative, dans le centre de Londres, le 19 mai 2016. (Crédit : Dominic Lipinski/Pool Photo via AP)

Le 14 mars 1939, à la veille de l’invasion des régions tchèques de Bohême et de Moravie par l’Allemagne nazie, le premier des huit trains transportant 669 enfants, pour la plupart juifs, fait route vers la Grande-Bretagne. Un neuvième train, programmé pour le 3 septembre, est intercepté – l’Allemagne a envahi la Pologne deux jours plus tôt, ce qui signe le début de la guerre et la fermeture des frontières. Aucun des quelque 250 enfants à bord de ce train ne survivra.

Au début de la guerre, Winton travaille pour la Croix-Rouge en tant qu’ambulancier, en France et en Angleterre, pendant le Blitz de Londres, avant de rejoindre la Royal Air Force pour former des pilotes et recueillir des preuves photographiques des destructions. Dans les années qui suivent la guerre, il rejoint l’Organisation internationale pour les réfugiés et s’occupe de la restitution des biens spoliés par les nazis.

Son action en faveur des enfants passe totalement inaperçue des décennies durant. À la fin des années 1980, l’épouse de Winton, Grete Gjelstrup, découvre un album, dans le grenier, avec les noms et photos des enfants, ainsi que des lettres de leurs parents.

« Il y a des choses que les maris ne disent pas à leur femme », confie Winton à Matej Minac, qui a réalisé plusieurs films sur son histoire.

Gjelstrup montre le livre à l’historienne de la Shoah Elizabeth Maxwell, l’épouse du magnat des médias Robert Maxwell (et mère de Ghislaine Maxwell, condamnée à une peine de prison pour son rôle dans les abus sexuels de Jeffrey Epstein) qui raconte dans la presse l’histoire de Winton, qui a sauvé la vie de centaines d’enfants, et pour finir, à « That’s Life ! », qui lui permet de revoir certains enfants qu’il a sauvés.

Winton est surnommé « le Schindler britannique », en référence à l’industriel allemand Oskar Schindler, qui a sauvé la vie de 1 200 Juifs au moment de la Shoah. Selon « One Life », le livre écrit en 2014 par sa fille et biographe, Barbara Winton, et à l’origine de ce film, plus de 6 000 enfants et petits-enfants du Kindertransport tchèque doivent la vie à Nicholas Winton. (Le livre s’appelait à l’origine « If It’s Not Impossible [NDLT : Si ce n’est pas impossible] ».) Certains de leurs descendants sont figurants dans la scène « C’est la vie ! ».

Après avoir donné son accord pour l’adaptation cinématographique de son livre, Barbara Winton demande une chose : que Hopkins joue le rôle de son père.

Barbara Winton permet aux réalisateurs d’avoir accès aux lettres de son père et à d’autres documents d’archives.

Elle meurt en septembre 2022, alors que « One Life » est encore en tournage.

« One Life » fait allusion à une citation plusieurs fois reprises et paraphrasée de la Mishna, à savoir : « Qui sauve une vie, sauve le monde », qui a été inscrite dans une chevalière en or remise à Winton en 1988 à l’occasion d’une conférence sur la Shoah organisée par Elizabeth Maxwell à Oxford par certains des enfants sauvés. Winton portera cette chevalière jusqu’à la fin de sa vie.

Cette citation est également présente dans le film de 1993 de Steven Spielberg « La liste de Schindler », dans une scène où, à la fin de la guerre, les Juifs sauvés par Schindler lui remettent une chevalière en or fabriquée à base d’or dentaire et revêtue d’une citation très ressemblante. Selon Jozef Gross, l’orfèvre créateur de cette chevalière, ne portait pas cette inscription.

La polémique a éclaté tout début janvier au sujet de la bande annonce du film, au Royaume-Uni, qui ne disait pas que la majorité des enfants en danger étaient juifs. Certains dossiers de presse faisaient simplement état d’enfants originaires « d’Europe centrale ».

Face aux réactions négatives sur les réseaux sociaux, IMDb, le site Internet de la Warner Bros. UK et la chaîne de cinémas britannique Vue ont modifié leur présentation du film en parlant d’enfants « juifs pour l’essentiel ».

La National Portrait Gallery de Londres, qui présentait des portraits d’enfants sauvés par Winton en accompagnement du film, a également modifié le texte de ses descriptions.

« Les conservateurs du musée ont également modifié la présentation faite sur le site Internet afin de rendre justice à l’identité des personnes qui ont bénéficié du Kindertransport », a écrit un représentant de la National Portrait Gallery dans un courriel à la Jewish Telegraphic Agency. « La version originale partait du principe que c’était implicite, compte tenu de la nature de l’exposition, mais suite à des commentaires, nous avons estimé qu’il était important de clarifier ce point. »

Le film est juif d’une autre manière, car c’est l’actrice Helena Bonham Carter, dont la famille est juive, qui joue le rôle de la mère de Winton, Babette Wertheim.

La reine Camilla de Grande-Bretagne, à droite, s’entretient avec Helena Bonham Carter, à gauche, et le fondateur et PDG de la Forward Arts Foundation, William Sieghart, lors de la réception donnée pour les 30 ans de la Forward Arts Foundation à Clarence House, dans le centre de Londres, le 11 octobre 2023. (Photo de Yui Mok / POOL / AFP)

« Je devais jouer ce rôle, c’est dans mon ADN, car je viens d’une famille juive autrichienne », a déclaré Bonham Carter au Jewish News de Londres. « Et en plus de cela, des deux côtés, mes deux grands-parents ont aidé beaucoup de Juifs à obtenir un visa pour fuir l’Europe nazie. »

Bonham Carter déclare que Winton est un héros, et que le film est fait pour expliquer, « ce qui a poussé cet homme, cet homme exceptionnel, si modeste, à faire des choses absolument extraordinaires ».

Nicholas Winton est décédé en 2015 à l’âge de 106 ans.

Durant des décennies, son héroïsme pendant la guerre est passé inaperçu mais dans les dernières années de sa vie, il a connu les honneurs et récompenses. En 2003, il a été fait chevalier par la reine Elizabeth II pour son action durant la guerre, avant d’être élevé dans l’Ordre du Lion blanc, la plus haute distinction de la République tchèque, en 2014. Une petite planète porte même son nom.

Pour autant, il a répété des années durant que ce qu’il avait fait n’avait rien d’héroïque.

« Je n’ai jamais été en danger », confiait Winton à un journal britannique en 2011. « J’ai fait quelque chose d’important, mais je l’ai fait en toute sécurité, depuis mon domicile d’Hampstead. »

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